Jeudi 26 novembre 2020 à 11:00
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Malgré la résistance d’une partie de la population et plusieurs moratoires, le déploiement de la 5ème génération de technologie mobile (5G) se poursuit en Suisse et en Europe. Elle permettra d'atteindre des débits nettement plus rapides que la 4G. De quoi, selon les opérateurs, ouvrir la voie à de nouvelles activités, comme la télémédecine, et participer à l'essor des objets connectés. Mais les réseaux actuels ne sont-ils pas suffisants? Et cette nouvelle technologique est-elle vraiment sûre pour la planète et ceux qui y vivent?

Pour en discuter, nous avons ouvert le débat lors d'une conférence vidéo interactive le 26 novembre de 11h à 12h avec: 

- Philippe Nantermod. Conseiller national valaisan, il est vice-président du PLR. Il soutient le développement de la 5G.
- Dominique Bourg. Philosophe et professeur honoraire à l'université de Lausanne, il voit dans l’opposition à la 5G «un choix de civilisation» face à la crise environnementale. 

La discussion était animée par Anouch Seydtaghia, journaliste spécialiste des questions numériques pour «Le Temps».

5G: décroissance ou progrès? 

Philippe Nantermod: On pourrait croire que prix de l'électricité évolue en fonction de l'offre et de la demande. Mais c'est plutôt l'inverse. Cela va peut être changer, avec l'apparition notamment des véhicules électriques, mais le discours de dire qu'il faut refuser des technologies au besoin de réduire la consommation d'électricité, c'est le discours typique qui prône la décroissance et auquel je n'adhère pas du tout.

Dominique Bourg: Effectivement, il y a eu une baisse du prix de l'énergie, du fait de la conjocture actuelle. Mais le marché ne nous donne aucune information sur la donne physique. On évoque la masse des objets connectés à venir: nous n'allons quand même pas mettre en l'air le climat pour une cafetière connectée qui s'allume toute seule! Il ne faut pas se passer du numérique, il faut faire que son développement soit conciliable avec la nécessité face à laquelle nous sommes de réduire nos consommations d'énergie. A cela s'ajoute le problème sanitaire pour lequel nous n'avons aujourd'hui aucune réponse claire. Depuis le début des années 70, la croissance ne débouche plus nécessairement sur l'augmentation du bien-être, sur la réduction des inégalités ou sur le plein emploi.

Philippe Nantermod: Pour moi c'est un mensonge absolu de dire que la croissance n'amène plus d'amélioration de notre qualité de vie. Les 20 dernières années en Suisse, elle a été utilisée uniquement pour améliorer notre système de santé et nos retraites. La 5G doit permettre le développement de la croissance économique en ouvrant des perspectives pour les entreprises et les entrepreneurs.

Et la question sanitaire?

Philippe Nantermod: Il ne faut pas nier le contexte sanitaire, mais des études sont menées sur les effets des ondes. Avec les seuils prévus, c'est clair: on ne risque rien. C'est à ceux qui disent qu'il y a des risques de démontrer le contraire.

Dominique Bourg: On ne peut pas savoir à l'avance quels seront les résultats, nous devons aussi ajouter le problème de la sécurité. On a un problème de surconsommation d'énergie, et on va sur des techniques qui ouvrent encore plus les vannes. La véritable question s'est de savoir comment concilier l'usage du numérique avec une forme de sobriété énergétique.

Quid des électrosensibles?

Dominique Bourg: On rentre dans un monde magnétique qui n'a rien à voir avec celui d'aujourd'hui. Pour ces personnes, c'est une horreur. On change d'échelle totalement et ce n'est pas possible car on ne peut pas prédire à l'avance les effets. Si on veut vraiment rentrer dans ce nouveau monde, il est préférable d'y aller de manière précautionneuse.

Philippe Nantermod: Des analyses ont été faites avec des niveaux de radiations beaucoup plus élevées que les ondes admises par la législation suisse. Le danger serait plutôt d'avoir des grosses antennes pour couvrir des zones larges, plutôt que des petites antennes pour couvrir des zones réduites. Je ne suis pas technicien, ce sont des informations qui m'ont été transmises au Parlement. Je suis néanmoins d'accord sur un point: j'ai énormément de doute sur l'essor des objets connectés. Donc j'ai peu de crainte.

Dominique Bourg: Que ces objets-là soient un fantasme, au moins nous sommes d'accord! C'est une absurdité. Mais c'est, avec la voiture autonome, le seul usage que l'on prévoit pour le moment à la 5G. Nous sommes dans une société qui doit arriver à une forme de sobriété. Je demande qu'on entame une véritable réflexion là-dessus pour savoir comment concilier sobriété énergétique et numérique.

Un nouveau modèle de société?

Philippe Nantermod: Les opposants à la 5G veulent un modèle de société dirigiste et décroissant où l'Etat décide de tout avec une régulation de l'économie et de nos vies. Tout cela me fascine. Il faut écouter la science et ne pas la mettre de côté pour la 5G. L'arrogance, je la vois du côté de ces grands docteurs qui pensent tout savoir. Si on veut continuer à vivre bien en Suisse, avec un maintien du tissu social, de nos retraites, on a besoin d'un développement économique. Et on ne l'aura jamais avec ce qu'on nous propose: des moratoires, des interdictions de technologies...

Dominique Bourg: La difficulté, je le répète, c'est qu'on ne peut pas savoir les effets qui peuvent apparaître au long court. Mes connaissances sur l'histoire des techniques me font dire que nous sommes aujourd'hui dans une zone d'ombre. Je ne dis pas qu'il faut forcément tout interdire, mais des attitudes intermédiaires existent, notamment à accepter ces technologies quand elles nous apportent vraiment quelque chose. Ce n'est pas le cas aujourd'hui. L'enrichissement infini n'est pas l'Orient de notre société. Il faut changer de mode de vie. C'est aussi ça l'innovation, et cela se fait par le bas.

Philippe Nantermod: Changer de mode de vie? Mais je ne veux pas changer de mode de vie. Il n'est aucunement question de revenir en arrière. Nous vivons dans un monde où les gens veulent voir leur qualité de vie s'améliorer, en Suisse ou à l'étranger. Et je suis convaincu que nous pourrons avoir une consommation énergétique modérée grâce à ces nouvelles technologies.