Mardi 16 novembre 2021 à 15:59
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La Conférence sur les changements climatiques (COP26) s'est déroulée du 1er au 12 novembre 2021 à Glasgow, principale métropole d’Écosse. Cet événement avait pour but de pousser les gouvernements à prendre de nouveaux engagements pour répondre à la menace du changement climatique. Pour dresser le bilan de cette événement, nous avons mobilisé Joëlle Noailly, directrice de recherche du Centre environnement à l'Institut des Hautes études internationales et du développement. Elle a participé à une vidéoconférence animée par Pascaline Minet, responsable de la rubrique Science pour Le Temps.

La vidéo de cet événement sera disponible dans la soirée. Retrouvez ci-dessous un compte-rendu texte de la discussion.

Quel bilan dresser de la COP26? (Pascaline)

Joëlle Noailly: On a entendu beaucoup de critiques. Avec tout ce qui a été annoncé, on est sur un scénario optimiste à +1.8 degré par rapport à l'ère préindustrielle, ce qui nous rapproche de l'objectif des 2 degrés. Dans cette perspective c'est plutôt une bonne nouvelle. Mais ces engagements seront-ils vraiment tenus? C'est là toute la problématique.

Quelles ont été les principales annonces? (Cir)

J.N: Un très grand nombre de pays se sont engagés sur la neutralité carbone en 2050, 2060 pour la Chine et 2070 pour l'Inde. Les feuilles de route intermédiaires à 2030 restent par contre encore très floues. Il y a eu une annonce de réduire le méthane d'ici 2030. Cela a beaucoup contribué à descendre les températures dans les scénarios qui ont été dressés, car le méthane est un gaz 7 fois plus réchauffant que le dioxyde de carbone. Un accord sur l’innovation verte a été noué entre plusieurs pays et un groupe du secteur privé fondé par Bill Gates (Breakthrough Energy). Enfin, plusieurs groupes automobiles et pays se sont engagés à passer à la voiture électrique d'ici 2040, voire 2035 pour certains marchés. Ce sont des engagements précis, même si on regrette que certains grands groupes automobiles (notamment Toyota) et trois grands pays (Etats-Unis, Chine et Japon) n'ont pas signé l'accord.

Les pays en développement peuvent-ils vraiment développer l'énergie renouvelable? (Iv)

J.N: La pandémie a provoqué une énorme demande d'énergie. Le premier réflexe est de construire une centrale à charbon, par exemple en Chine, pour faire face à une flambée des prix. C'est donc très difficile de s'en passer quand on est un pays en développement, avec une population qui se développe, et peu de ressources. Les énergies renouvelables présentent donc des difficultés réelles pour ces pays-là. Il faut continuer à mettre la pression sur les pays riches pour que le financement aille aussi aux pays vulnérables.

La COP26 marque-t-elle le retour en grâce du nucléaire? (Julien)

J.N: Le nucléaire est une énergie grise. Elle n'émet pas de carbone, ce qui est une bonne chose. Pour autant, elle présente plusieurs inconvénients. Que faire de nos déchets? Quels risques par rapport aux catastrophes climatiques qui peuvent conduire à des accidents, comme on l'a vu à Fukushima? C'est aussi une énergie qui reste chère, beaucoup plus que le solaire ou l'éolien. Elle n'est donc pas accessible à tout le monde. Cependant, il est à parier qu'elle contribuera à réduire les émissions carbone.

La transition vers un monde à zéro émission est-elle financièrement possible à assurer? (Nathalie)

J.N: On peut avoir une économie totalement basée sur le solaire et l'éolien. On ne croyait pas cela possible il y a une vingtaine d'années. Ce n'est pas possible aujourd'hui, mais je pense qu'un jour nous pourrons produire à 100% notre électricité par du renouvelable. Il reste la question du stockage, d'avoir des batteries suffisantes. Mais la technologie avance très vite.

Donc oui, la transition vers un monde à zéro émission est possible, mais elle prendra beaucoup de temps. Cela demande aussi des investissements massifs et l'abandon des énergies fossiles. Et cela veut également dire: se heurter à des lobbys très puissants.

Que dire de l'accord signé entre les Etats-Unis et la Chine? (Marie)

J.N: Ces deux pays se sont engagés à coopérer plus étroitement ensemble, d'ici 2030. On reste néanmoins mitigé, car on ne sait pas vraiment ce qui va sortir de cette annonce. On s'attendait cependant à quelque chose de plus important, car un accord entre la Chine et les Etats-Unis pourrait vraiment débloquer beaucoup de choses.

Le marché du carbone, qui existe depuis longtemps au sein de l’UE, n’a pas eu de véritable succès. Peut-on encore considérer les marchés carbone comme une bonne solution? (Michel)

J.N: Effectivement, ce type de marché n'a pas fait preuve d'une grande réussite jusqu'à présent. L'Union européenne a néanmoins récemment mis en place un prix minimum sur ce marché de permis à polluer. On voit que depuis, du fait que le prix du carbone ne peut pas descendre plus bas, de nombreux problèmes ont été résolus. Graduellement, avec les erreurs du début, on apprend pour que ce marché évolue et fonctionne. L'UE vend aussi des permis de polluer sous la forme d'enchères, cela rapporte donc de l'argent aux gouvernements. Cet instrument sera utilisé dans le futur pour contrôler et remplir ses objectifs de 2030. J'y crois donc beaucoup.

Comment est-il possible que les pays sud-américains puissent mettre en œuvre les engagements pris lors de la COP 26, tels que l'arrêt de l'exploitation forestière excessive en Amazonie? (Stéphanie)

J.N: Il faut prendre cette annonce avec des pincettes. Très honnêtement, ce n'est pas la première fois que nous avons eu cette promesse même si, cette fois-ci, de l'argent a été mis sur la table (1,9 millard par le secteur privé). Un fond spécial a aussi été évoqué pour les populations indigènes. Mais cet argent va-t-il être vraiment bien distribué aux pays d'Amérique du sud pour stopper la déforestation? Nous n'avons pas la réponse.

Quand est-il des matières premières, et de leur impacts, pour les alternatives aux énergies fossiles? (Valentine)

J.N: On aura de plus en plus besoin de terres rares, d'extraire des minerais pour nos batteries électriques. Cela peut provoquer aussi des problèmes géopolitiques, notamment avec la Chine où se concentrent beaucoup de minerais.

Allons-nous réussir à maintenir le réchauffement global sous 1,5° degré comme le prévoit l'Accord de Paris? (Jean)

Ce sera très difficile. A Glasgow, on se projette plutôt sur 2.4 degrés, voire 1.8 sur une scénario optimiste. Dans tous les cas, il reste énormément d'incertitudes. J'ai cependant l'espoir que de nouveaux instruments arrivent. L'Union européenne va d'ailleurs bientôt mettre en place de nouvelles sanctions. Si un produit arrive sur le marché sans répondre aux normes environnementales européennes, il faudra payer un prix. Ce genre d'instrument peut inciter des pays comme les Etats-Unis ou la Chine a mettre en place des politiques en faveur du changement climatique.