Vendredi 8 octobre 2021 à 10:00
CERM, Rue du Levant 91, 1920 Martigny

Le réchauffement climatique est extrêmement visible dans les Alpes, et tout particulièrement en Valais. Les glaciers ne cessent de reculer, la neige se raréfie, les rivières sortent de leur lit – comme à Chamoson en 2019 – avec des conséquences dramatiques, les cultures sont bouleversées, les chutes de pierres se multiplient. D'ailleurs, le Conseil d'Etat vient d'annoncer la création du service des dangers naturels.

Pour autant, les solutions politiques restent difficiles à trouver. Le 13 juin, les Suisses ont rejeté la nouvelle loi sur le CO2 par 51% des voix; le rejet a été particulièrement net en Valais avec 60% de non, dû en grande partie à l'augmentation annoncée du prix de l'essence. La conseillère fédérale Simonetta Sommaruga tente aujourd'hui de trouver un nouveau compromis.

Alors que faire pour lutter contre le réchauffement climatique? Pour en discuter, nous avons mobilisé Hélène Angot (collaboratrice scientifique au laboratoire de recherche en environnements extrêmes de l'EPFL en Valais), Christophe Clivaz (conseiller national Les Vert.e.s/VS), Raphaël Mayoraz (géologue cantonal en Valais) et Philippe Nantermod (conseiller national PLR/VS) lors d'une conférence organisé par la rédaction du «Temps» et de Heidi.news à la Foire du Valais. Celle-ci était animée par le journaliste Vincent Bourquin.

Découvrez ci-dessous un compte-rendu de cet événement.

Philippe Nantermod, Raphaël Mayoraz, Vincent Bourquin, Hélène Angot et Christophe Clivaz - «Le Temps», Cédric Garrofé
Philippe Nantermod, Raphaël Mayoraz, Vincent Bourquin, Hélène Angot et Christophe Clivaz - «Le Temps», Cédric Garrofé

Quelle est la situation actuelle par rapport au changement climatique?

Hélène Angot: Il est nécessaire de se rappeler les conclusions du dernier rapport du GIEC en août 2021. A l’échelle mondiale, le constat est clair: la planète se réchauffe. Il fait 1 degré de plus qu’à l’époque préindustrielle (1850). Oui, il y a des périodes de variabilité naturelle, mais celles-ci est toujours très lente: sur plusieurs centaines et milliers d’années.

A lire: Avec son dernier rapport, le GIEC tire un nouveau coup de semonce climatique

La caractéristique principale du réchauffement climatique actuel, c’est qu’elle est extrêmement rapide. Elle est liée à l’activité humaine. Nous ne sommes pas du tout sur la bonne trajectoire. Si on ne réduit pas nos émissions, nous allons atteindre très rapidement les 1,5 degré de plus. Quelles conséquences? Les événements extrêmes vont se multiplier.

La Suisse ne fait pas exception puisque les températures de surface ont augmenté en moyenne de 2 degrés. Nous subissons donc encore plus le réchauffement climatique. D’ici la fin du siècle, les trois quarts des glaciers alpins auront disparu. Enfin, évoquons les précipitations. Cela a son importance pour l’agriculture. La planète se réchauffe par l’activité humaine, cela va s’accélérer, et cela engendre déjà des épisodes extrêmes. Ce bouleversement a des conséquences directes socio-économiques. Notamment en termes d’apport d’eau, de production d’énergie et de stabilité des sols.

Comment prévenir ces événements extrêmes?

Raphael Mayoraz: Il faut identifier les dangers, mettre en avant des mesures de surveillance. Il est par contre très difficile de mettre des alertes pour certains phénomènes, par exemple les orages. Nous n’avons pas de problème d’argent, nous avons un vrai problème de main-d’œuvre.

La population est-elle consciente de cette situation?

Christophe Clivaz: Oui, car nous subissons de plus en plus les événements extrêmes. Non, car il y a un manque de sensibilisation sur les effets que va réellement avoir ce changement climatique en Suisse.

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Philippe Nantermod: Il faut distinguer la question de l’action contre le changement climatique et ses conséquences. L’humanité s’améliore. Au cours du siècle écoulé, le nombre de morts provoqué par les catastrophes climatiques a chuté. Cela ne veut pas dire que le nombre de catastrophes a baissé, mais nous arrivons à mieux lutter contre elles. L’intelligence humaine parvient à donner des réponses.

Un flux de lave torrentielle a fait déborder la Losentse de son lit à Chamoson en 2019 - Keystone
Un flux de lave torrentielle a fait déborder la Losentse de son lit à Chamoson en 2019 - Keystone

Partagez-vous cet optimisme?

Hélène Angot: Nous faisons des progrès mais je reste très défaitiste sur le constat actuel: le climat se réchauffe trop vite, nous ne sommes pas sur la bonne route.

Raphaël Mayoraz: Le vrai problème, c’est le comportement de consommateur. Nous devons changer: qu’est-ce qui est vraiment nécessaire pour nos vies? Notre société est devenue folle: au niveau de la voiture, du textile, de l’achat de produits de nouvelles technologies...

Philippe Nantermod: Je ne partage pas ce constat. On aura des produits moins polluants à l’avenir. Par ailleurs, la croissance économique en Suisse a été utilisée ces dernières années pour financer les retraites et le système de santé. Aussi, pense-t-on sérieusement que la Chine et les Etats-Unis vont changer de système économique dans les 30 ans à venir? Il faut trouver des solutions au changement climatique avec les outils proposés par notre système actuel.

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Un changement de société n’est-il vraiment pas possible?

Christophe Clivaz: Bien sûr, il n’est pas facile de convaincre les Etats-Unis ou la Chine. Nous devons cependant montrer l’exemple. Il faut trouver un nouvel imaginaire: c’est quoi être heureux dans la vie? Nos enfants sont paradoxalement beaucoup plus sensibilisés au changement climatique alors qu’ils sont toute la journée bombardés de publicité pour les pousser à consommer. Le politique a un rôle crucial à jouer. Pour moi, par exemple, la publicité dans l’espace public doit disparaître.

Qu’est-ce que les scientifiques attendent des politiques?

Hélène Angot: Des propositions concrètes et non plus des beaux discours.

Raphaël Mayoraz: Les personnalités politiques doivent prendre des décisions impopulaires. Or pour se faire réélire, il faut être populaire. Qu'ils fassent preuve de plus de courage!

Philippe Nantermod, Raphaël Mayoraz, Vincent Bourquin, Hélène Angot et Christophe Clivaz - «Le Temps», Cédric Garrofé
Philippe Nantermod, Raphaël Mayoraz, Vincent Bourquin, Hélène Angot et Christophe Clivaz - «Le Temps», Cédric Garrofé

Si on ne fait rien, la décroissance ne va-t-elle pas s'imposer irrémédiablement par la situation?

Christophe Clivaz: Nous devons imaginer comment réduire notre empreinte matérielle. Il faudrait quasiment 3 planètes si tout le monde vivait comme un Suisse. Nous vivons aux dépens d'autres pays et des générations futures. Il faut aussi donner envie: parler de décroissance fait souvent peur à beaucoup de personnes.

Philippe Nantermod: Nous devons respecter l'Accord de Paris. Le peuple a refusé la loi sur le CO2, nous devons trouver une autre option. Le peuple refuse les solutions les plus radicales. Certains groupes veulent faire fi de la volonté populaire. On arrive dès lors aux limites du débat démocratique et il m'est impossible de m'engager dans ce débat-là.

Et au niveau de l'énergie?

Philippe Nantermod: Dans le domaine de la production de l'électricité, nous devons réouvrir le débat sur le nucléaire. Nous devrions d'ailleurs arriver à convaincre plus de personnes en Suisse de revenir au nucléaire plutôt que d'abattre le capitalisme!

Christophe Clivaz: Il faut surtout développer le soleil, l'eau, le vent, la biomasse. Ce sont des énergies nettement plus propres que le nucléaire. La gestion des déchets de combustible nucléaire usé est notamment extrêmement problématique.

La Conférence de Glasgow de 2021 sur les changements climatiques (COP26) aura lieu en novembre 2021...

Hélène Angot: Nous attendons des actions concrètes et la fin des beaux discours politiques inutiles. Les pays devraient déjà s’engager concrètement à respecter l’Accord de Paris.

Raphaël Mayoraz: Il est temps de proposer des solutions concrètes et démocratiques.

Christophe Clivaz: Les pays qui souhaitent une meilleure qualité de vie doivent prendre une autre voie que la nôtre et passer par des technologies moins consommatrices de carbones.

Philippe Nantermod: Ces conférences internationales ne doivent pas se limiter à des discussions inutiles où l'on compare ce que font les pays. Il faut agir en commun.