Mardi 17 novembre 2020 à 14:00
Pont Bessières 3, Lausanne

Face à une deuxième vague en forte accélération, les pays européens annoncent les uns après les autres de nouvelles restrictions pour faire face à la pandémie de Covid-19. Dans le monde, le SARS-CoV-2 a causé 48,2 millions d’infections confirmées et 1,2 million de décès, à l’écriture de ces lignes, le jeudi 5 novembre à 17h22, selon l’université américaine Johns-Hopkins.

A lire: L’expansion du Covid-19 en Suisse et dans le monde

Quelles sont les dernières découvertes autour de l’infection au coronavirus? Quid des traitements? La pandémie se terminera-t-elle lorsqu’un vaccin sera disponible? Une troisième vague est-elle possible? Que penser des mesures prisent par les pays européens? Quid de la Suisse? Doit-on s’attendre à de nouvelles pandémies mondiales?...

Pour en discuter, nous avons ouvert la discussion avec Valérie D'Acremont, professeure à l’Unil et médecin à Unisanté spécialiste en maladies infectieuses et Blaise Genton, professeur à Unisanté, responsable du centre de vaccination. Découvrez les réponses à vos questions ci-dessous:

  1. Question posée par Laure :
    On parle beaucoup du vaccin qui semble être vu comme le sauveur de cette pandémie et la clé du retour à la normalité d’avant la COVID-19. Mais les gens vont-ils vraiment oser se faire vacciner?
    Réponse donnée par Blaise Genton le 09.11.2020 à 20:49

    Blaise Genton: Le vaccin est une des interventions de santé publique qui va permettre de contribuer à la réduction de la transmission et de la mortalité. Elle n’est pas la seule solution à la lutte contre la pandémie. Une proportion de la population va vouloir se faire vacciner, peut-être la moitié, après une information précise. La clé, pour une meilleure acceptation de la vaccination, est de bien entendre les réticences de la population, adresser de façon appropriée leurs peurs et accepter que des personnes ne veuillent pas se faire vacciner, en tout cas dans un premier temps. Il est délétère de forcer ou de communiquer des messages négatifs (ex. si vous ne vous vaccinez pas, vous ne pourrez pas aller au restaurant… etc.).


  2. Question posée par laurentz
    Est-il exact que la stratégie des vaccins en cours de développement se base sur l'induction d'une modification génétique chez l'être humain?
    Réponse donnée par Blaise Genton le 10.11.2020 à 11:01

    Blaise Genton: Non, c’est inexact. Le mRNA est une suite d’acides nucléiques dans une particule lipidique qui va être injectée (vaccin) et donner des instructions à la cellule de l’hôte pour produire la protéine «Spike». Celle-ci va être exprimée à l’extérieur de la cellule et induire la réponse immunitaire (anticorps). Il n’y a aucune intégration quelconque. Par ailleurs, ce mRNA est dégradé très rapidement.


  3. Question posée par Dominique
    Tôt ou tard, nous allons surmonter cette épidémies. Mais le climat pèse comme une lourde menace sur nos perspectives. Que faut-il faire pour rendre nos sociétés plus résilientes, dans la santé et ailleurs?
    Réponse donnée par Valérie D'Acremont le 16.11.2020 à 13:23

    Valérie D'Acremont: Oui le climat et la perte de la biodiversité est notre urgence de santé publique numéro 1. Le Covid-19 en est une des manifestations. Pour rendre notre société plus résiliente en terme de santé, il faut repenser drastiquement notre système de santé et notre façon de faire la médecine. Il faudrait mettre nos ressources sur la prévention, sur une médecine plus humaine et moins technologique qui intègre médecine conventionnelle et alternative et faire participer les citoyens aux décisions de santé publique.


  4. Question posée par Gloria
    Comment expliquez-vous la différence entre l'incidence du Covid-19 en Suisse Romande et celle de Suisse Alémanique?
    Réponse donnée par Valérie D'Acremont à 09:51

    Valérie D'Acremont: Nous ne comprenons pas bien cette différence. Elle est peut-être due à des facteurs culturels (on se touche plus physiquement, on se fait la bise…) et d’habitudes sociales (on s’invite plus les uns chez les autres). Elle est peut-être aussi due à nos échanges importants avec nos pays proches géographiquement (France, Italie, Espagne) qui sont plus touchés que les pays proches de la Suisse alémanique (Allemagne).


  5. Question posée par Julie
    Le Covid-19 semble une nouvelle fois une zoonose causée par l'interférence de l'Homme sur la biodiversité. Si nous ne changeons pas notre rapport à l'animal, allons-nous revivre ce type de pandémie dans le futur?
    Réponse donnée par Valérie D'Acremont à 14:20

    Valérie D'Acremont: Oui vous avez raison. Nous devons changer notre façon de faire l’élevage des animaux domestiques (vaches, cochons…), surtout en en élevant moins, donc en en mangeant moins, et leur donner des conditions de vie décentes. Et nous devons laisser plus d’espace à notre faune sauvage, en créant des parcs naturels et en laissant repousser des forêts natives, afin de diminuer les interactions entre humains et animaux sauvages.


  6. Question posée par Frédérique
    Dans le passé, les épidémies ont été surmontées notamment par l'immunité collective et la baisse de la densité humaine. Sommes-nous trop d'humains sur la planète et détruisons-nous trop la nature ?
    Réponse donnée par Valérie D'Acremont le 16.11.2020 à 13:22

    Valérie D'Acremont: Oui, nous détruisons clairement trop la nature, dont nous faisons entièrement partie et donc sans laquelle nous ne pouvons tout simplement pas survivre. Notre terre peut probablement tolérer le nombre d’humains que nous sommes actuellement, mais pas des humains qui consommons autant de ressources naturelles, c'est-à-dire autant de viande, autant d’électricité, autant de pétrole, autant d’énergie grise pour fabriquer autant d’objets. Nous n’avons pas forcément besoin d’autant de ces choses là pour nous sentir bien et trouver un sens à la vie, donc y renoncer en partie nous rendrait sans doute même plus heureux.


  7. Question posée par Claude
    Sachant que le virus se transmet par voie aérienne et par contact, quel est la proportion de contamination par contact et voie aérienne?
    Réponse donnée par Valérie D'Acremont à 14:35

    Valérie D'Acremont: On ne sait pas exactement la proportion mais, clairement, le virus se transmet presque toujours par voie aérienne - soit directement par gouttelettes, soit par aérosols si l’on reste plusieurs heures ensemble dans une pièce qui n’est pas ventilée du tout - et rarement par contact.


  8. Question posée par Claude
    A supposer que j'aille dans un supermarché, après m'être désinfecté les mains, combien de temps cette désinfection est-elle efficace?
    Réponse donnée par Valérie D'Acremont à 14:36

    Valérie D'Acremont: Elle dure aussi longtemps que vous ne vous touchez pas le visage près du nez ou de la bouche, ou le visage de quelqu’un d’autre, ou les mains de quelqu’un d’autre qui vient de se toucher le visage.


  9. Question posée par Kleo
    Que vous inspirent les premiers résultats, notamment annoncés par le laboratoire Moderna? Leur vaccin ARNm-1273 présenterait une efficacité de 94,5%. Cela a-t-il été vérifié? Les laboratoires sont aussi des entreprises, côtées en bourse, et qui savent ce que peut provoquer ce genre d'annonces... Quelques mois pour le développer, c'est vraiment très très réduit.
    Réponse donnée par Blaise Genton à 14:38

    Blaise Genton: Ces résultats sont très prometteurs. Il s’agit cependant de résultats préliminaires par communiqué de presse, donc il faut attendre le rapport scientifique pour bien apprécier la portée et vérifier l’exactitude des résultats. Cependant, il est improbable que les résultats d’efficacité changent radicalement au terme prévu de l’étude. Les résultats concernant la sécurité du vaccin doivent encore être attendus. La rapidité du développement est dû à l’urgence de santé publique qui a incité les firmes, les autorités sanitaires, les gouvernements et les agences onusiennes à mobiliser toutes les ressources nécessaires pour accélérer le processus. Il ne s’agit pas de court-circuiter les étapes habituelles mais de s’occuper de manière prioritaire du développement. Une année pour le développement d’un vaccin est extrêmement court effectivement, mais les plateformes technologique utilisées avaient déjà fait l’objet d’études pour d’autres infection.


  10. Question posée par Claude
    Quel est le risque que je sois contaminé par contact par un emballage souillé (ayant été manipulé par un manutentionnaire ayant le Covid-19)?
    Réponse donnée par Valérie D'Acremont à 14:41

    Valérie D'Acremont: Ce risque est probablement faible et dépend surtout du temps qui s’est écoulé entre la manipulation du manutentionnaire et le moment où vous touchez cet emballage. L’important est simplement de vous laver les mains avant et après avoir fait vos courses, et de ne pas vous toucher le visage près du nez et de la bouche entre temps.


  11. Question posée par Claude
    Malgré le port du masque obligatoire, la propagation du virus ne diminue pas radicalement. Est-ce vrai? En portant un masque on a plus de chance d'attraper le virus par contact: on met plus souvent les mains sur le visage, on pose le masque sur des surfaces souillées avant de le remettre...Est-ce raisonnable de penser cela?
    Réponse donnée par Valérie D'Acremont à 14:45

    Valérie D'Acremont: La propagation du virus dans le canton de Vaud a amorcé un plateau depuis quelques jours, qui est peut-être le signe que le renforcement récent des mesures de prévention sont en train de faire leur effet. Porter le masque le plus souvent possible fait partie de ces mesures qui ont été renforcées, et contribue donc très probablement à ce ralentissement.

    En mettant un masque, on se touche globalement moins souvent le visage (on le fait d’habitude tout le temps inconscienmment), et surtout moins la bouche et le nez qui sont couverts par le masque. Il faut essayer de garder le masque sur soi (mieux vaut son propre sac ou sa propre poche qu’une surface pas forcément propre).


  12. Question posée par Véronique
    La stratégie de «laisser filer», donc de ne rien faire et continuer à vivre comme avant le Covid-19 est-il possible? Pour quelles conséquences?
    Réponse donnée par Blaise Genton à 14:50

    Blaise Genton: C’est possible mais avec des dégâts humains plus importants (plus de décès et plus de maladies sévères) que dans les pays qui prennent des mesures de protection. Il paraît difficile d’accepter une attitude de laisser-aller dans un pays avec des structures de santé bien développées.


  13. Question posée par Fabrice
    A-t-on des prévisions de quand nous atteindrons cette fameuse immunité collective? Faut-il s’attendre à une troisième vague?
    Réponse donnée par Blaise Genton à 14:52

    Blaise Genton: Cela dépend de l’acceptabilité de la population pour le vaccin. Si 50% acceptent et qu'environ 20% des gens auraient été infectés naturellement, les 70% seraient atteints. Il ne faut pas oublier cependant que la durée de protection par le vaccin ou pour l’infection naturelle est inconnue pour l’instant, peut-être entre 6 et 18 mois.


  14. Question posée par Nathalie
    La vaccination est-elle la seule façon viable de régler définitivement la crise actuelle?
    Réponse donnée par Blaise Genton à 14:54

    Blaise Genton: Non, pas forcément. Les mesures de santé publique sont toujours plus efficaces lorsqu’elles sont conjointes. C’est la complémentarité qui compte, surtout pour le COVID-19 pour lequel l’entier de la population n’est pas prête à se faire vacciner. Il ne faut pas oublier non plus que les personnes qui ont déjà été infectées ou malades du Covid-19 ont un certain degré d’immunité qui aide à réduire la transmission.


  15. Question posée par Claude
    Y-a-t'il des études connues de simulation de transmission du virus par contact? On pourrait simuler cette transmission dans un supermarché fictif avec des volontaires (clients et manutentionnaires), en utilisant un produit organique ayant les même caractéristiques de vie que le virus mais détectable très facilement sur la peau (par exemple en utilisant un produit luminescent).
    Réponse donnée par Valérie D'Acremont à 14:57

    Valérie D'Acremont: On sait maintenant à peu près comment se transmet ce virus (voir ma réponse à une question précédente: c’est essentiellement par voie aérienne, beaucoup plus que par contact). Ce type d’expérience est complexe, il n’existe pas de produit qui ait les mêmes caractéristiques que ce virus, et si l’on utilisait un autre virus moins «dangereux», il ne se comporterait pas de la même manière que celui-ci.


  16. Question posée par Julie
    Cette crise a mis en lumière beaucoup de complotistes qui jugent inutile de porter le masque ou pensent que les vaccins sont créés par Bill Gates pour contrôler le monde (pour faire simple). Votre regard sur ce phénomène?
    Réponse donnée par Blaise Genton à 14:59

    Blaise Genton: Il faut accepter qu’il y aient des personnes qui doutent et posent des questions qui fâchent. Ces assertions doivent être adressées par une communication ciblée sans entrer dans le débat stérile mais en proposant de rapporter les données scientifiques de façon vulgarisée pour une bonne compréhension de l’ensemble de la population.


  17. Question posée par Jul
    Face au Covid-19, la Suède a décidé aujourd’hui d’adopter des mesures restrictives pour combattre le virus. Quel regard peut-on porter sur la stratégie suédoise qui semble se solder par un échec?
    Réponse donnée par Valérie D'Acremont à 15:01

    Valérie D'Acremont: On ne pourra vraiment savoir quelle stratégie a mieux ou moins bien marché une fois que l’épidémie sera terminée (et que le virus sera devenu endémique, c’est-à-dire qu’il sera devenu un virus respiratoire de plus parmi tous ceux qui nous infectent régulièrement) et que l’on comptera le nombre de décès supplémentaires que l’on aura eu par rapport aux statistiques des années précédentes. Même à ce moment-là, il sera difficile de faire des comparaisons entre pays car il y a tellement de facteurs différents qui entrent en jeu (différences culturelles, climatiques, de système de santé, d’inégalités des richesses…), certains sur lesquels on peut avoir un effet à court terme, d’autres un effet seulement à moyen terme et d’autres aucun effet.


  18. Question posée par Synser
    
L'OFSP détermine que l'on n'est plus contagieux 10 jours après les premiers symptômes et 48 heures au moins après la fin des derniers symptômes. Peut-on considérer qu'une petite toux sèche residuelle occasionnelle sans fièvre, une asthénie ou un petit mal de gorge est un symptôme ou non? Dans le premier cas, est ce que le.confinement doit être prolongé jusqu'au disparition complète de ces signes cliniques mineurs?
    Réponse donnée par Valérie D'Acremont à 15:04

    Valérie D'Acremont: Pour décider que ces 48 heures sont passées, il faut prendre en compte les symptômes aigüs et significatifs. Donc pas la petite toux ou mal de gorge résiduels en effet. Par contre il ne faut vraiment plus avoir de fièvre depuis 48 heures.


  19. Question posée par AlexAA
    Pourquoi ne copie-t-on pas les pays asiatiques qui ont réussi à maitriser l'épidémie (Taïwan, Corée du Sud, Chine), et qui sont des démocraties pour certaines? Leur économie n'est plus très affectée et les gens vivent quasi normalement, mais respectent les règles à la lettre. Merci.
    Réponse donnée par Blaise Genton à 15:06

    Blaise Genton: Les pays asiatiques ont souvent appliqué des interventions de santé publique de façon plus autoritaire que nous ne le faisons en Suisse. Depuis longtemps les gens portent le masque dans les grandes villes en raison de la pollution. Nos autorités préfèrent laisser plus de responsabilité à la population. La plupart de ces pays ont subi un lockdown complet qui était beaucoup plus rigoureux, sûrement difficile à être accepté en Suisse.


  20. Question posée par Bruno
    Pourquoi les autorités ne nous reconfinent-elles pas à l'image de ce début d'année? Cela semble être la solution la plus efficace... Je précise être un petit indépendant et je me ne réjouis pas de fermer à nouveau, cela va sans dire. Cependant je suis prêt à le faire.
    Réponse donnée par Valérie D'Acremont à 15:09

    Valérie D'Acremont: Car nous essayons de doser les mesures, en choisissant le mieux possible celles qui sont les plus efficaces tout en étant supportables pour nous tous, de manière à être dans un juste milieu entre un confinement total qui fait des dégâts à tous les niveaux, y compris la santé (physique et psychologique) - en particulier des enfants, des adolescents et des jeunes adultes -, et un laxisme dangereux (qui remplit nos hôpitaux et nous fait perdre trop vite les gens que l’on aime). Nous avons assez bien réussi pour la première vague et essayons de faire la même chose pour cette 2ème vague.


  21. Conclusion
    Réponse donnée par Valérie D'Acremont et Blaise Genton à 15:21

    Le plus important est que nous fassions toutes et toutes l’effort de mettre notre masque le plus souvent possible (sauf quand on est avec des jeunes enfants qui ont besoin de voir notre visage), de nous tenir à 1 mètre 50 plutôt qu’à 50 centimètres des gens que l’on côtoie, et de nous laver les mains à chaque fois que l’on y pense, ce qui n’est somme toute pas si terrible J.

    Nous attendons avec impatience un vaccin sûr et efficace qui devrait grandement nous aider à freiner cette épidémie. Les résultats préliminaires des trois principaux vaccins en développement sont très prometteurs. Il existe bien sûr encore des incertitudes, notamment en ce qui concerne la sécurité à long-terme, la durée de protection, l’efficacité sur les formes sévères de la maladie, et sur la transmission dans les groupes à risques, les personnes âgées notamment. Il va être très important de bien communiquer et discuter ensemble de ces vaccins. Il est en effet essentiel que les gens puissent comprendre les risques et les bénéfices de se faire vacciner, le but étant de respecter les désirs de chacun tout en étant solidaires, la vaccination étant connue depuis très longtemps comme une des mesures de prévention les plus efficaces.