Lundi 17 mai 2021 à 14:00
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Le 13 juin, le peuple suisse se prononcera sur cinq objets. Au programme notamment, deux initiatives sur les pesticides.

L’initiative populaire «Pour une eau potable propre et une alimentation saine» tout d’abord. Elle obligerait  les agriculteurs à respecter plusieurs critères écologiques  (refus des pesticides, animaux nourris avec du fourrage produit sur l'exploitation, interdiction des antibiotiques pour les bêtes) pour continuer de percevoir des paiements directs.

L’initiative «Pour une Suisse libre de pesticides de synthèse» ensuite. Elle vise à interdire toute utilisation de ces substances en Suisse et interdire l’importation dans le pays de denrées alimentaires qui en contiennent.

Pour en débattre, nous avons mobilisé:

- Jean-Denis Perrochet, viticulteur neuchâtelois. Il est pour l’initiative favorable à l’interdiction des pesticides de synthèse.
- Virginie Cavalli, conseillère communale à Lausanne (Vert’libéraux). Elle est favorable à l’initiative «eau propre».
- Francis Egger, vice-directeur de l’Union suisse des paysans. Il se prononce contre les deux initiatives.

Ce débat est à revivre en tête d'article. Découvrez aussi ci-dessous un résumé de la discussion:

L’initiative «eau propre» désire conditionner les paiements directs à trois critères: production sans pesticides, obligation d’alimenter ses animaux avec du fourrage produit dans l’exploitation et interdiction des antibiotiques pour les animaux à titre prophylactique ou de manière régulière. Est-elle vraiment réalisable?

Virginie Cavalli: Oui bien sûr, car il y a aujourd’hui de nombreuses exploitations qui le font déjà. Certaines vont même plus loin. C’est un modèle économiquement rentable et possible. Avec le système de paiement direct, on peut agir directement sur les modèles environnementaux de l’agriculture et de son modèle actuel qui ne sont pas durables. Il faut agir.

D'ailleurs, ne risque-t-on pas de confondre les deux initiatives?

Jean-Denis Perrochet: On se pose en effet la question. La Confédération veut-elle vraiment un débat démocratique en les proposant en même temps? On prend le risque de les noyer... Dans tous les cas, on veut défendre la santé, le bien commun de tout le monde. Nous demandons la suppression de l’utilisation des pesticides de synthèse. Nous voulons aussi protéger l’agriculture suisse et défendre une agriculture forte.

Francis Egger: Il faut différencier les deux initiatives. L’initiative «eau propre» n’est soutenue par aucune organisation agricole en Suisse. Et certaines, comme Demeter, laissent la liberté de vote. Il n’y a donc pas de réelle confiance du secteur agricole. Elle propose de limiter les fourrages d’exploitation: 20% des exploitations vont sortir du système de paiements directs, car elles y seront obligées. Elles vont compenser en intensifiant la production, c’est loin d’être positif pour l’environnement. Et elle ne dit rien sur les importations.

Mais que proposez-vous alors?

Francis Egger: Il faut garantir la qualité de l’eau et la santé, on est d’accord. On a une réponse claire, celle du parlement fédéral. La modification de trois lois: loi sur les produits chimiques, la loi sur la protection de l’eau et la loi sur l’agriculture. Il souhaite mettre en place la législation sur les pesticides la plus sévère d’Europe. On diminuerait ainsi les risques sans tout interdire.

Jean-Denis Perrochet: L’initiative parlementaire ne s’occupe que de l’eau et elle va diminuer les risques. Mais le risque est une toxicité multipliée par une exposition. On ne connaît pas la toxicité efficace des produits de synthèse. Idem pour le sol. La seule chose à faire de viable est de supprimer la toxicité, ceci pour diminuer les risques. C’est ce que nous demandons.

Virginie Cavalli: L’initiative «eau propre» se base sur une réalité scientifique: nos eaux souterraines sont polluées par des pesticides. L’agriculture ne fait pas vraiment d'efforts... Aucun des 13 objectifs de la loi sur l’eau et de la loi sur l’environnement n'est respecté par l’agriculture. Et la réforme de la politique agricole (PA 22 +), soutenue par la moitié des agricultures suisses? Elle a été suspendue.

Est-ce vraiment viable de produire 100% bio en Suisse pour toute la population?

Francis Egger: C’est possible, mais il faudrait changer toutes nos habitudes alimentaires: ne manger qu’une fois par semaine de la viande, se passer de certains produits... Ce serait une certaine disette.

Jean-Denis Perrochet: Nous voulons que l’entrée de gamme soit garantie sans pesticide de synthèse pour que chaque personne puisse avoir accès à une nourriture saine. Nous voulons aider les agriculteurs à faire la transition. Ce sera compliqué, mais la situation dans laquelle on va le sera encore plus.

Combien de temps prendra la transition?

Virginie Cavalli: Pour l’initiative «eau propre», de 8 à 10 ans. Il y aura une aide à l’investissement pour les agriculteurs. On veut les aider à réussir cette transition. C’est une vraie chance à saisir pour eux et la Suisse.

Francis Egger: On souhaite cette transition, mais on n’a pas attendu cette votation pour s’engager. On a déjà réduit l’utilisation des pesticides et des antibiotiques. Les délais fixés de 8 et 10 ans sont trop courts.

Les agriculteurs peuvent-ils vivre aujourd’hui sans paiements directs?

Francis Egger: C’est différent entre les exploitations et les régions. Pour un agriculteur de montagne par exemple, ce serait impossible de s’en passer. Le volume des paiements directs est d’environ 2,8 milliards de francs. Et le revenu sectoriel de l’agriculture représente 3,2 milliards de francs. Donc c’est clair: si on supprime cela, l’agriculture suisse disparaît. C’est d’ailleurs la même chose pour l’agriculture européenne (la PAC).

Virginie Cavalli: Il s’agit de mettre de nouveaux critères pour recevoir ces prestations étatiques. On ne souhaite pas les réduire. On se base juste sur la santé, la protection de la planète. Les premiers qu’on souhaite protéger c’est quand même les agriculteurs, ils sont principalement concernés en étant en contact direct avec ces produits nocifs.

Alors, que faut-il faire le 13 juin?

Jean-Denis Perrochet: Pour la santé de l'environnement et notre propre santé, débarrassons-nous de tous ces poisons. Il faut donc voter oui à l’interdiction des pesticides de synthèse.

Virginie Cavalli: Beaucoup de producteurs le démontrent, nous pouvons nous passer des produits de synthèses et de l'usage des antibiotiques à titre préventif. Investissons dans l’avenir dès aujourd’hui et soutenons nos agriculteurs pour assurer cette transition. C'est pourquoi il faut dire oui à l'initiative «eau propre». 

Francis Egger: Il faut faire confiance aux agriculteurs qui n’ont pas attendu ces deux initiatives pour s’adapter au contexte actuel. Refusons ces deux initiatives. On a la solution, elle vient du parlement fédéral qui propose de mettre en place la législation la plus restrictive sur les pesticides, en comparaison avec ce qui existe déjà en Europe.