Jeudi 7 octobre 2021 à 11:00
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A quoi ressemblera la ville post-coronavirus? S’achemine-t-on vers des villes sans voiture? Quel impact le télétravail aura-t-il sur le développement du territoire? La densification des centres va-t-elle se poursuivre? Comment les comportements de la population évolueront-ils? Quelles infrastructures pour réduire les émissions de CO2? Ces questionnements seront le fil rouge de la 17e édition du Forum des 100, dont la plénière se déroule au format présentiel le 14 octobre.

Après presque deux ans marqués par la pandémie de Covid-19, les signes de reprise se multiplient pour les acteurs du tourisme. Pour autant, toute l’industrie reste encore aujourd’hui confrontée à de nombreux défis majeurs, notamment en raison du réchauffement climatique.

Après la pandémie de Covid-19, le secteur touristique suisse peut-il espérer tirer son épingle du jeu? Comment le pays s’efforce-t-il de développer un tourisme durable et approprié pour capter de nouveaux publics? Dans quelle mesure le tourisme va-t-il faire évoluer les villes et les régions?

Pour en discuter, nous vous avons proposé de poser vos questions à Gilles Dind, membre de la direction de Suisse Tourisme et directeur des marchés de l’Europe de l’Ouest (Benelux, France, Italie, Royaume-Uni, Espagne). Spécialiste du tourisme et collaborateur de Suisse Tourisme depuis 2003 à divers postes de direction en Espagne et en France, il est titulaire d’un brevet fédéral en marketing et d’un Executive MBA effectué à Barcelone.

Gilles Dind - DR
Gilles Dind - DR

Comment voyez-vous l'évolution du tourisme en Suisse? (Marie)

Gilles Dind: Nous devrions avoir passé le creux de la vague en lien avec la pandémie. Les pays européens joueront un rôle clé dans la reprise vers la normalité pour les mois à venir. En ce qui concerne la clientèle des pays lointains, l’Asie en particulier, il faut s’attendre à plus de tourisme individuel (nettement moins de grands groupes) et à des séjours plus longs et géographiquement plus diversifiés, ce qui constitue un plus pour la Suisse.

Dans quelle mesure le tourisme peut-il faire évoluer les villes de Suisse? (Julie)

Les grandes villes de Suisse s’orientent de plus en plus vers le tourisme de loisirs. En effet, le tourisme d’affaires individuel ne retrouvera probablement pas son niveau d’avant la pandémie (digitalisation des rencontres professionnelles, donc optimisation des coûts). La grande force des villes suisses est leur proximité immédiate avec la nature et la montagne. De plus en plus de collaborations entre destinations urbaines et de montagne sont souhaitables.

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Allons-nous assister, avec le développement du télétravail, à un transfert des populations des villes vers la campagne et la montagne? (Saf)

C’est effectivement une réalité. Le nomadisme digital est une vraie opportunité, notamment pour l’hôtellerie, qui peut développer de nouvelles prestations, comme des espaces de co-working. Les séjours hybrides combinant travail et loisirs offrent des perspectives intéressantes. Des transferts de population (par exemple pour passer la saison d’hiver en montagne) favorisent également les infrastructures touristiques locales.

Les populations touristiques étrangères, notamment du Moyen Orient, Asiatique et de Russie, sont-elles de retour en Suisse? (Ingrid1)

Nous avons assisté cet été à un retour des clients du Moyen-Orient et d’Amérique du Nord, du fait de la progression de la vaccination et de l’assouplissement des restrictions de voyage. En ce qui concerne l’Asie, les Coréens sont les premiers touristes à revenir. Pour la Russie et les autres pays asiatiques, les restrictions en termes de vaccins reconnus par la Suisse et les strictes conditions de quarantaine au retour sont pour l’instant des barrières trop importantes pour leur venue en Suisse.

Comment le tourisme interne évolue-t-il depuis le début de la pandémie? (Adrien)

Les Suissesses et Suisses ont redécouvert leur pays. Le mois d’août 2021 constitue d’ailleurs un record de fréquentation de l’hôtellerie pour la clientèle suisse. C’est de bon augure pour l’avenir.

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Nous passons de nombreuses heures sur les réseaux sociaux tous les jours. Ces plateformes peuvent être utiles pour attirer les jeunes. Est-ce dans votre stratégie? (BDN)

Nous sommes très actifs sur les réseaux sociaux. Notamment précurseurs sur TikTok depuis début 2020. Nous travaillons régulièrement et dans le monde entier avec des influenceurs et ambassadeurs. Par exemple, nous avons travaillé récemment en France avec Mike Horn, Marina Rollmann, Anne-Sophie Pic ou encore Jamy Gourmaud. Car nous recherchons des profils différents en fonction de leurs communautés.

La sécurité sanitaire sera-t-elle le principal axe de communication pour Suisse Tourisme ces prochains mois? (Hervé)

Nous ne communiquons pas spécifiquement sur la sécurité sanitaire, mais il est néanmoins important pour tous les touristes de connaître les mesures de protection en vigueur. C’est pourquoi nous avons lancé dès le début de la pandémie le label «Clean & Safe» qui permet d’informer tous les hôtes sur les mesures prises par les différents prestataires touristiques. L’axe principal de notre communication reste la fiabilité, la qualité et la proximité de la nature. C’est le message que nous passons d’ailleurs avec notre ambassadeur Roger Federer dans le monde entier.

Comment Suisse Tourisme s'est-il développé pendant cette crise du Covid-19? (Fabio)

Suisse Tourisme est resté actif en tout temps dans le monde, par le biais de messages inspirants, pour que la destination suisse soit toujours présente à l’esprit des voyageurs potentiels. Dans un contexte de pandémie, la Suisse a une belle carte à jouer: authenticité, nature, proximité, fiabilité, qualité des infrastructures...

Dans les défis, le fait que de nombreuses organisations de promotion touristique ont rencontré de grandes difficultés de financement nous a obligés à nous substituer à leurs activités. Les fonds spéciaux accordés par la Confédération ont, de ce point de vue là, joué un rôle déterminant.

La Suisse doit-elle tout miser sur le tourisme durable? (Greg)

La destination touristique suisse, déjà avant la pandémie, était très bien positionnée dans le domaine du tourisme durable. Il faut maintenant inciter tous les prestataires touristiques à faire toujours mieux en termes de durabilité. 

C’est l’objectif de l’initiative Swisstainable que nous avons lancée au printemps 2021 avec toutes les organisations faîtières de la branche. Il s’agit à la fois d’un programme d’incitation pour les prestataires touristiques, mais aussi de communication pour que les hôtes trouvent facilement des offres touristiques durables.

Vous travaillez sur les marchés d'Europe de l'Ouest. Que pouvez-vous nous dire sur ces populations par rapport à la vision qu'ils ont de la Suisse et leur attrait pour notre pays? (Xavier)

La Suisse ne sera jamais une destination low-cost. Nous avons une offre assez unique en Europe, de par la diversité culturelle et géographique sur un petit territoire. Nous sommes même un peu exotiques pour nos voisins français, par exemple.

Nous nous adressons à des segments de populations différenciés, avec des messages ciblés spécifiques, mais avec un dénominateur commun qui est la promesse de nature (aussi dans les villes), d’authenticité et de fiabilité.

Plusieurs organismes offrent des randonnées pour sensibiliser la population aux effets du changement climatique sur l’environnement. Ici, le tour du Cervin guidé par Jean-Luc Lugon. — © Jean-Luc Lugon
Plusieurs organismes offrent des randonnées pour sensibiliser la population aux effets du changement climatique sur l’environnement. Ici, le tour du Cervin guidé par Jean-Luc Lugon. — © Jean-Luc Lugon

On a parfois trop tendance à soutenir que le ski est bientôt mort, que les jeunes préfèrent opter pour un week-end à Barcelone plutôt qu'un week-end à Verbier, Nendaz ou aux Diablerets. Partagez-vous ce positionnement? (Kleo)

Depuis plusieurs années, la promotion de Suisse Tourisme est axée sur la diversité des activités hivernales, et non exclusivement le ski. Les destinations sont obligées de diversifier leur offre hivernale du fait du changement climatique et aussi des envies de la clientèle. Nous voyons toujours un bel avenir pour la montagne en hiver pour toutes les générations.

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La crise a-t-elle apporté quelque chose de positif à l’industrie du tourisme suisse? (Sarah)

Globalement oui, même si la branche a beaucoup souffert, mais elle a accéléré la transition digitale et permis de nombreuses innovations et nouvelles offres qui n’auraient sans doute pas existé sans cette pandémie. On peut penser aux offres de co-working dans l’hôtellerie.

Conclusion

Merci beaucoup à toutes et tous d’avoir participé à cette discussion. J’ai été ravi de ce dialogue. Désolé de ne pas avoir pu répondre à toutes vos questions. Je vous souhaite un très bel automne en Suisse. Nous nous réjouissons d’aborder une période enfin plus positive pour le tourisme suisse en cette fin d’année.