Jeudi 21 janvier 2021 à 14:00
Pont Bessières 3, Lausanne

Le président élu des Etats-Unis Joe Biden a prêté serment le 20 janvier 2021 à Washington lors d'une cérémonie d'investiture qui s'est déroulée sous haute sécurité. Le successeur de Donald Trump a promis de profiter de ses 100 premiers jours pour concrétiser de nombreuses promesses, notamment en réengageant le pays dans l'accord de Paris sur le climat. Il devra aussi agir pour contrer la pandémie de Covid-19 qui ravage un pays qui est désormais le plus touché au monde.

Comment se sont passés ces derniers jours sous tensions, dans le cadre d'une transition aussi difficile qu'inédite? Quels seront les dossiers prioritaires de Joe Biden en début de mandat? Quelle équipe va-t-il former avec Kamala Harris, première femme à accéder à la vice-présidence? Quel sera le nouveau rôle de Donald Trump?...

Pour en discuter, nous avons mobilisé Valérie de Graffenried, correspondante du «Temps» aux Etats-Unis depuis plusieurs années. Revivez ci-dessous la discussion avec nos lecteurs.

  1. Question posée par Chris
    Quelle sera la position de Biden envers la Chine? Sera-t-elle différente de l'approche plutôt confrontationnelle de Trump?
    Réponse donnée par Valérie de Graffenried

    Le Premier ministre canadien Justin Trudeau sera le premier dirigeant étranger avec qui Biden échangera. Cela se fera par téléphone ce vendredi. Il ne me semble par contre pas qu'il y ait déjà eu des précisions quant aux premiers voyages de Joe Biden. Pour ce qui est de la Chine, son approche sera différente de celle de Donald Trump. Mais Antony Blinken, le nouveau secrétaire d'Etat, a, récemment devant le Sénat, qualifié la Chine de pays qui «pose le défi le plus important à l'Amérique», et confirmé que le ton resterait ferme. Une manière de répondre aux conservateurs américains qui accusent Joe Biden d'être trop «faible» par rapport à la Chine. «Nous devons nous attaquer aux pratiques abusives, injustes et illégales de la Chine en matière commerciale», a par ailleurs martelé la future secrétaire au Trésor, Janet Yellen.


  2. Question posée par Pauline Seppey
    Comment évaluez-vous la politique climatique de Joe Biden sur le plan international, notamment le retour annoncé des Etats-Unis dans l’Accord de Paris, la nomination de John Kerry comme envoyé spécial pour le climat, etc.? S’agit-il uniquement d’effets de manche ou peut-on s’attendre à un réel changement de position des Etats-Unis dans ce domaine, avec peut-être un leadership renouvelé?
    Réponse donnée par Valérie de Graffenried

    Je ne pense pas qu'il s'agisse d'effets de manche. Joe Biden a dès son premier jour de président tenu à signer une série de décrets pour inverser des décisions prises par son prédécesseur. Et le retour dans l'accord de Paris sur le climat en fait partie, pour «restaurer la crédibilité de l'Amérique», selon les termes de John Kerry. C'est une priorité clairement affichée de sa part, et depuis longtemps.

     Comme la lutte contre le Covid-19, ou encore un assouplissement de la politique migratoire. Joe Biden n'a pas perdu une seconde pour signer ces décrets. Bien sûr, il y a un côté symbolique, avec un message très clair de rupture par rapport à Donald Trump. On sera en mesure de faire un premier bilan dans quelques mois.


  3. Question posée par Jean
    A quoi peut-on s'attendre du côté de Donald Trump? Espère-t-il vraiment revenir dans le jeu dans 4 ans? Le parti républicain ne risque-t-il pas d'assister à une véritable scission entre les pro et anti Trump?
    Réponse donnée par Valérie de Graffenried

    J'ai répondu en partie dans une précédente question s'agissant de l'avenir de Donald Trump. Il risque à la fois des poursuites judiciaires et le procès en «destitution» qui sera instruit au Sénat pourrait sérieusement peser sur ses chances de se représenter. Des scissions sont par ailleurs en effet en train de se ressentir au sein du parti républicain, et même des poids lourds du GOP, comme Mitch McConnell par exemple, ont tenu à se distancer de Trump, surtout depuis les événements du Capitole. Mais n'oublions pas que 147 élus du Congrès l'ont soutenu en s'opposant à la certification de la victoire de Joe Biden. Trump gardera ses militants les plus fidèles - qui ne correspondent qu'à environ 20% de ses 74 millions d'électeurs - mais la question est de savoir qui seront ses héritiers politiques. Et si le parti républicain va chercher à panser ses plaies ou pas.


  4. Question posée par Alex
    L’élection de Joe Biden va-t-elle changer les relations entre les Etats-Unis et la Suisse?
    Réponse donnée par Valérie de Graffenried

    Rien ne devrait fondamentalement changer dans l'immédiat, même si une nouvelle administration implique forcément d'avoir de nouveaux interlocuteurs. La Suisse restera un partenaire économique important des Etats-Unis, même si un accord de libre-échange peine toujours à se concrétiser. La Suisse devrait par ailleurs continuer d'exercer, comme elle le fait depuis 1980, le mandat de représentation des intérêts américains en Iran et vice-versa. 

    Cliquez sur ce lien pour lire une interview de l'ambassadeur en poste aux Etats-Unis, Jacques Pitteloud, que nous avons récemment pu faire.

     


  5. Question posée par Hervé
    Joe Biden semble encore très marqué par la disparition de son fils Beau. Dans quelle mesure avait-il une relation particulière avec lui?
    Réponse donnée par Valérie de Graffenried

    Il évoque effectivement très souvent son fils Beau, décédé d'une tumeur au cerveau en 2015. Joe Biden avait déjà été frappé par une tragédie familiale, en 1972, lorsqu'il a perdu sa première femme et leur fille de 13 mois dans un accident de voiture. Beau et son frère Hunter étaient présents et ont été grièvement blessés. Joe Biden a dû ensuite élever ses deux fils seul, avant de rencontrer son actuelle épouse, Jill. 

    Beau a notamment travaillé comme procureur du Delaware, de 2007 à 2015, et c'est d'ailleurs lui qui a présenté Kamala Harris, l'actuelle vice-présidente, à son père. Joe Biden le voyait capable de briguer la présidence. Et c'est notamment ce qu'il a rappelé dans un discours en quittant Wilmington pour Washington: «Je n'ai qu'un regret: c'est qu'il ne soit pas là, parce que cela devrait être à nous de le présenter en tant que président». Dans Promise Me Dad, un livre publié en 2017, Joe Biden évoque beaucoup Beau. Et notamment la promesse qu'il lui a faite de ne pas renoncer à sa carrière politique alors qu'il était rongé par le chagrin à l'idée de perdre son fils.


  6. Question posée par Marie
    Que pouvez-vous nous dire sur Jill Biden? Quelles différences avec Melania Trump ou encore Michelle Obama?
    Réponse donnée par Valérie de Graffenried

    Difficile de faire une comparaison en quelques lignes qui tienne! Mais je vous encourage à lire le portrait qui paraîtra samedi dans «Le Temps» ;-). Jill Biden est une femme très indépendante, qui a énormément épaulé son mari, et qui a affirmé qu'elle souhaitait, comme Première dame, continuer à enseigner. Si elle y parvient, cela ferait d'elle la première First Lady à exercer une profession tout en étant à la Maison-Blanche.


  7. Question posée par Verizon
    A-t-on des nouvelles de Bernie Sanders? Pensez-vous qu’il puisse jouer un rôle dans le futur mandat démocrate?
    Réponse donnée par Valérie de Graffenried

    Bernie Sanders était présent à la cérémonie d'investiture, et a d'ailleurs été un peu moqué sur les réseaux sociaux en raison de son accoutrement, avec ses gants de laine. Joe Biden a fait savoir récemment qu'il avait envisagé de le nommer comme ministre du Travail. Mais tous deux auraient ensuite convenu que Bernie Sanders serait plus utile comme sénateur. Le Sénat, grâce à une récente élection en Géorgie, est désormais à majorité démocrate - 50 sénateurs démocrates contre 50 républicains, mais avec la voix prépondérante de la vice-présidente pour départager -, comme la Chambre des représentants. Le risque était trop grand de perdre cette majorité s'il fallait remplacer Bernie Sanders. Ce dernier est lui-même arrivé à cette conclusion.


  8. Question posée par Bernard
    Que va devenir la construction du mur avec le Mexique? D’ailleurs, les travaux avaient-ils réellement commencé?
    Réponse donnée par Valérie de Graffenried

    Le démocrate Joe Biden a été très clair: il va très vite déconstruire la politique migratoire restrictive imposée par Donald Trump et compte notamment régulariser la situation de centaines de milliers de clandestins arrivés mineurs aux Etats-Unis. Il a le jour même de son assermentation signé toute une série de décrets et de mémorandums, dont celui de suspendre la construction du mur, qui était l'une des promesses électorales phares de Donald Trump. 

    Ce dernier a d'ailleurs essuyé de nombreux revers dans ce domaine pendant des années. Avant son entrée en fonction, ses prédécesseurs avaient déjà érigé environ 1000 kilomètres de «mur» (en fait souvent de simples barrières) à la frontière sud des Etats-Unis: 354 miles de barricades et 300 miles de clôtures uniquement pour freiner les véhicules. Un rapport des douanes publié en octobre dernier évoque désormais environ 669 miles de séparation. Il n'y aurait donc qu'environ 15 miles de nouveau «mur» vraiment construits sous Donald Trump, là où il n'existait aucune barrière physique auparavant. Sinon, il s'agissait souvent de consolider des barrières existant déjà.


  9. Question posée par Xavier
    Selon le protocole, Donald Trump aurait-il dû participer à la cérémonie d’investiture?
    Réponse donnée par Valérie de Graffenried

    En boycottant la cérémonie d'assermentation, Donald Trump a en effet dérogé à une tradition. C'est du jamais vu depuis Andrew Johnson en 1869. Refusant d'avouer sa défaite, il n'a jamais félicité Joe Biden et du coup n'a pas non plus accueilli le futur couple présidentiel à la Maison-Blanche, comme cela se fait d'habitude. 

    Les Obama l'avaient fait pour les Trump en 2016. Et Donald Trump avait même remercié son prédécesseur dans son discours inaugural, alors que tout oppose les deux hommes. Le vice-président Mike Pence a par contre décidé de respecter la tradition. Il avait d'ailleurs appelé Kamala Harris un peu plus tôt.


  10. Question posée par Xavier
    Quel avenir voyez-vous à Donald Trump? Pensez-vous qu’il puisse vraiment revenir dans 4 ans?
    Réponse donnée par Valérie de Graffenried

    C'est en effet la question que beaucoup se posent... Mercredi, avant de s'envoler pour la Floride, Donald Trump a bien précisé «Je reviendrai, d'une manière ou d'une autre». Mais en attendant, il va peut-être devoir faire face à des poursuites judiciaires au niveau fédéral ou des Etats, comme celles qui l'attendent notamment du côté de l'Etat de New York. Et tout dépendra également du procès en «destitution» enclenché au Congrès. Il a été mis en accusation par la Chambre des représentants pour «incitation à l'insurrection», après l'attaque du Capitole. Et c'est désormais au Sénat d'instruire le procès, dans un contexte spécial puisqu'il a déjà quitté la Maison-Blanche. S'il est jugé coupable, une clause d'inégibilité, qui l'empêcherait de se représenter en 2024, pourrait être votée à une majorité simple. 

    Au-delà de cela, il a perdu pas mal de soutien parmi les siens, des poids lourds du parti républicain lui ayant tourné le dos. Sans l'attaque du Capitole, je vous aurais répondu qu'il pourrait se lancer rapidement en campagne, en continuant de galvaniser sa base électorale (n'oublions pas que 74 millions d'Américains ont voté pour lui). Mais depuis, la situation a beaucoup changé. Comme me le disait récemment le professeur de droit Laurence Tribe, s'il n'est peut-être pas politiquement mort, il semble en tout cas politiquement comateux.


  11. Question posée par Marie
    Doit-on s’attendre à voir Hunter Biden «caché» durant les années de Biden à la tête des Etats-Unis, ceci pour éviter les problèmes?
    Réponse donnée par Valérie de Graffenried

    Hunter est parfois considéré comme le mouton noir de la famille. Il a notamment eu des problèmes d'addiction et a été au coeur de la fameuse «affaire ukrainienne» qui a valu à Donald Trump son premier procès en destitution. Hunter Biden a siégé au conseil de fondation d’une compagnie gazière ukrainienne, Burisma, entre 2014 et 2019, avec un salaire d’environ 50'000 dollars par mois, quand son père était vice-président sous Barack Obama. 

    Et Trump a tenté de faire pression sur son homologue ukrainien pour qu'il enquête sur lui (et par ricochet nuise à son père qui était alors en campagne pour la présidentielle). Joe Biden n'a cessé de défendre son fils, mais probablement que Hunter a tout intérêt à se faire discret. Il vient d'annoncer être visé par une enquête fédérale dans l’Etat du Delaware sur sa situation fiscale. Si le ministre de la Justice nommé par Joe Biden devait enquêter sur son fils, la situation pourrait être délicate.


  12. Question posée par Stephane Dupond
    Est-ce que vous pensez que l'expérience Trump va réduire la radicalisation des deux camps et peut rouvrir un dialogue plus posé et constructif?
    Réponse donnée par Valérie de Graffenried

    Joe Biden se pose vraiment en président rassembleur. Son discours inaugural, le jour de son assermentation, était essentiellement axé autour du besoin d’unité, de respect, de réconciliation. Il a aussi été ferme en disant vouloir combattre l’extrémisme et le suprémacisme blanc. Il insiste sur le fait qu’il est le président de «tous les Américains». Mais il est évident qu’il aura de la peine à convaincre les 74 millions d’électeurs de Trump, même si depuis l’attaque du Capitole, qu’il a incitée, certains se sont détournés de lui.


  13. Question posée par Sarah
    Hillary Clinton était peu aimée aux Etats-Unis. Obama populaire, Bernie Sanders aussi, notamment chez les jeunes. C’est en tout cas le regard que l’on porte en Europe par rapport à ces personnalités. Qu’en est-il de Joe Biden? Comment le juge l’électorat général américain?
    Réponse donnée par Valérie de Graffenried

    Contrairement à un Donald Trump par exemple, Joe Biden a eu une grande expérience politique. Devenu sénateur du Delaware en 1972, il a siégé au Congrès jusqu’en 2009 avant de devenir vice-président sous Barack Obama pendant quatre ans. Les Américains le connaissent donc déjà bien. Il a par ailleurs trois fois déjà brigué la présidentielle américaine. Il est surtout perçu comme un homme capable de compromis et de dialogue, ce qui devrait l’aider dans son mandat, alors que que les Etats-Unis sont très divisés. Son côté «humain» est aussi souvent mis en avant. Il va essayer de se présenter comme un président rassembleur, prône l’unité, mais sa tâche sera difficile.


  14. Question posée par Julie
    Quid de l’électorat noir aux Etats-Unis? Notamment après les violences qu’a connu le pays ces dernières années. Est-il totalement voué à Joe Biden?
    Réponse donnée par Valérie de Graffenried

    Joe Biden bénéficie d’une certaine popularité au sein de cet électorat, mais, non, il ne lui est pas totalement dévoué. Il a dû faire face à quelques polémiques, notamment dans les années 1970 à propos du «busing», politique qui obligeait les villes à transporter en bus les enfants des quartiers noirs et pauvres jusque dans des établissements scolaires à majorité blanche dans des banlieues résidentielles. Mais durant sa campagne présidentielle, il a beaucoup soigné l’électorat noir. Et avec Kamala Harris comme vice-présidente, il augmentera à coup sûr sa popularité parmi cet électorat. Joe Biden a été très clair: il veut mettre fin au racisme systémique et compte agir en faveur des minorités, notamment celles qui souffrent davantage des difficultés économiques liées à la pandémie.


  15. Question posée par Julie
    Joe Biden vient du Delaware. D’Europe, nous avons une vision très limitée de cet Etat. Que pouvez-vous nous dire dessus?
    Réponse donnée par Valérie de Graffenried

    Le Delaware est un tout petit Etat de la côte Est des Etats-Unis, avec moins d’un million d’habitants. Il est en fait surtout connu comme étant un paradis fiscal, puisque près de la moitié des entreprises américaines cotées en bourse ont choisi d’y être domiciliées fiscalement. C’est par ailleurs un Etat qui a toujours voté démocrate depuis la présidentielle de 1988. J’ai fait une petite plongée à Wilmington, la ville où habitait Joe Biden jusqu’ici. Si cela vous intéresse, vous pouvez lire le texte ici: https://www.letemps.ch/monde/wilmington-lantre-joe-biden


  16. Question posée par Natacha
    Le trumpisme est-il déjà terminé? Voyez-vous des successeurs potentiels à Donald Trump dans les années à venir? Des personnalités émergentes? (Natacha)
    Réponse donnée par Valérie de Graffenried

    Se demander si le trumpisme est terminé revient déjà à se demander si le trumpisme existe. Or il n’y a en fait pas d’idéologie cohérente à proprement parler. La question de l’influence que Donald Trump continuera à exercer ou pas reste aussi posée, puisqu’il termine un mandat en étant «impeaché», avec le risque de poursuites judiciaires, et affaibli. Il pourrait aussi être empêché d’occuper de nouvelles fonctions politiques. 

    Mais Donald Trump a été élu par plus de 74 millions d’Américains - jamais un président en exercice n’avait recueilli autant de voix -, dont environ 20% constituent un noyau très fidèle. Il a réussi à les galvaniser et ces gens-là continueront à le soutenir quoiqu’il arrive. Ses héritiers? Il est parfois question de ses enfants, comme Ivanka et Donald Trump Jr. qui affichent des ambitions politiques. Ou des élus comme le sénateur Ted Cruz, qui a mené la fronde au Congrès pour s’opposer à la certification de la victoire de Joe Biden.


  17. Question posée par Wyvon
    La haine semble extrême aux Etats-Unis entre les «trumpistes» et les démocrates. Un risque d’attentat envers le président est-il possible?
    Réponse donnée par Valérie de Graffenried

    On ne peut malheureusement jamais rien exclure. Depuis l’attaque du Capitole du 6 janvier, le FBI a évoqué des menaces de soulèvements similaires, dans les capitoles d’autres Etats, ou à Washington, et ces risques sont pris très sérieux. C’est ce qui explique l’allure de Washington ces jours, qui ressemble à un camp retranché, avec notamment près de 25'000 soldats de la Garde nationale déployée. La sécurité autour de Joe Biden, de Kamala Harris, ainsi que de certains élus a été renforcée.


  18. Question posée par Marie
    Tourner la page sur les dernières années de Donald Trump aux Etats-Unis s’annonce-t-il foncièrement simple?
    Réponse donnée par Valérie de Graffenried

    Non, pas vraiment. Trump a été élu par 74 millions d’Américains, qui approuvent donc sa politique, un chiffre à ne jamais oublier. La société américaine est plus divisée que jamais. Les récents événements du Capitole, après une campagne présidentielle violente et surtout une «après campagne» hallucinante, avec un président qui a refusé sa défaite, et tout de même 147 élus républicains qui au Congrès se sont opposés à reconnaître la victoire de Biden, démontre à quel point les crispations sont fortes. Mais Joe Biden peut désormais au moins compter sur une Chambre des représentants et un Sénat tous deux à majorité démocrate. Même si c’est une timide majorité.


  19. Question posée par Fred
    Quand aura-t-on le résultat sur la procédure d’impeachment autour de Donald Trump? Une grâce présidentielle est-elle possible? Sans oublier l’affaire Stormy Daniels, l’Ukraine, les évasions fiscales et pourquoi pas une plainte autour de sa gestion du Covid-19…
    Réponse donnée par Valérie de Graffenried

    Le calendrier n’est pas encore précis. Le Sénat va devoir instruire le procès en destitution, dans un contexte particulier puisque Donald Trump est arrivé en fin de mandat et a déjà quitté la Maison-Blanche. La décision doit se prendre à deux tiers des voix. S’il est déclaré coupable, les sénateurs pourraient voter une clause d’inéligibilité, cette fois à une majorité simple, qui l’empêcherait d’occuper de nouvelles fonctions officielles et de se faire réélire en 2024. L’enjeu se situe désormais surtout à ce niveau. Mais il risque par ailleurs des poursuites au niveau fédéral et d’autres Etats. Par contre, s’il a accordé des pardons, il n’a pas cherché à gracier ses enfants ni à s’autopardonner.


  20. Question posée par Hervé
    On entend un discours qui affirme que Donald Trump a réussi son pari économique avec de bons chiffres autour de l’emploi. Ceci avant la crise sanitaire. Est-ce vraiment le cas?
    Réponse donnée par Valérie de Graffenried

    Donald Trump espérait se faire réélire grâce aux résultats économiques dont il s’est beaucoup vanté. Puis le Covid-19 est arrivé. Mais sans la pandémie et sans les émeutes raciales déclenchées notamment par la mort de l’Afro-américain George Floyd sous le genou d’un policier blanc, il avait en effet de bonnes chances de se faire réélire, à cause de l’économie. La dette publique reste abyssale et le déficit commercial considérable, mais en 2019, le taux de chômage était par exemple de 3,5%, son niveau le plus bas depuis 50 ans (il était à 4,7% au début du mandat de Trump, un taux déjà faible par rapport au 9,8% lorsque Barack Obama a été élu).


  21. Question posée par Laze
    Selon vous, que restera-t-il, que dira-t-on de Donald Trump et son action dans 50 ans, dans nos livres d’histoires (s’ils existent encore!)
    Réponse donnée par Valérie de Graffenried

    Résumons: Trump est le premier président à s’être présenté pour un nouveau mandat alors qu’il a subi un procès en destitution. Il est le premier président à être désormais «impeaché» deux fois. Le premier à avoir refusé sa défaite en cherchant à inverser les résultats, le premier à avoir provoqué une attaque du Capitole, et à avoir boycotté la cérémonie d’investiture de son successeur. Et là, je ne parle pas encore de politiques concrètes. Avec sa présidence atypique et quatre ans de mandat chaotique, il quitte un pays plus divisé et polarisé que jamais, que Joe Biden va avoir des difficultés à remettre sur les rails. Votre question mérite de plus longs développements, mais je vais malheureusement devoir m’arrêter là!


  22. Question posée par
    Conclusion
    Réponse donnée par Valérie de Graffenried

    Merci pour vos nombreuses questions. Nous n’avons malheureusement pas pu répondre à toutes, mais vous trouverez à coup sûr de nombreuses réponses dans les éditons à venir ;-). Bonne journée et merci!