Mercredi 1 décembre 2021 à 11:00
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Presque deux après le début de la crise sanitaire provoquée par le Covid-19, la récente découverte d’Omicron en Afrique du Sud inquiète. Ce week-end, les premiers cas positifs à cette nouvelle version du virus se sont multipliés en Europe. L’Office fédéral de la santé publique (OFSP) a annoncé dimanche la découverte d’un «premier cas probable» de ce variant en Suisse sur une personne revenue d’Afrique du Sud il y a environ une semaine. 

Pour en parler, nous avons mobilisé Julien Riou. Epidémiologiste à l’Université de Berne, il étudie des propriétés des maladies telles que leur dynamique de propagation ou leur mortalité, notamment dans le cas de la pandémie du Covid-19. Il collabore aussi régulièrement avec l’Office fédéral de la santé publique.

Sommes-nous moins contagieux une fois vaccinés? (Kleptomanies)

Julien Riou: Oui, les personnes vaccinées transmettent moins à leur entourage. Il y a eu une certaine confusion sur ce sujet, due au fait qu’il est plus facile de mesurer l’efficacité vaccinale sur la survenue de cas symptomatiques que sur la transmission. Dans le premier cas, il suffit de suivre, tester et comparer des personnes vaccinées et non vaccinées. Dans le deuxième cas, il faut suivre, tester et comparer les contacts des vaccinés, ce qui est beaucoup plus compliqué. Pour cette raison, les vaccins ont été d’abord validés sur le premier critère.

Il a fallu plus de temps pour que les résultats arrivent sur le deuxième critère, mais les résultats sont disponibles depuis plusieurs mois. Une étude aux Pays-Bas par exemple a pu montrer que le risque de transmission diminue de 70% dans les familles des cas vaccinés par rapport aux familles des cas non vaccinés. Cela montre que les vaccins permettent de diminuer la contagiosité, en plus de diminuer encore plus fortement le risque de forme sévère.

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Pour lutter contre Omicron, Moderna a annoncé travailler sur un nouveau vaccin. Ne prend-on pas le risque de ne jamais sortir de cette pandémie, qui ne sera à la fin, qu’un enchaînement sans fin de variants? (Grec)

JR: Il est fort probable qu’on ne se débarrasse jamais complètement du coronavirus. Plusieurs scénarios sont envisageables. Le plus optimiste est que le SARS-CoV-2 perde sa virulence et rejoigne les autres coronavirus humains, qui circulent en permanence et causent des symptômes légers, comme les rhumes hivernaux. Une alternative est que le SARS-CoV-2 continue à circuler et garde une partie de sa virulence.

Cela pourrait se traduire par des retours annuels du SARS-CoV-2 durant les périodes froides, avec des vagues plus ou moins fortes selon le niveau d’immunité dans la population et le variant circulant cette année-là. Une sorte de grippe saisonnière, en plus sévère. Dans ce cas, il faudra certainement investir des ressources sur le long terme pour gérer ces retours cycliques.

Cela impliquera certainement d’organiser des rappels vaccinaux à intervalles réguliers, surtout pour les personnes à risque. Mais aussi améliorer les systèmes de surveillance et la coordination afin de suivre la situation et de mettre en place des mesures au bon moment et renforcer le système de santé, en particulier les services de réanimation, afin d’être capables d’absorber les chocs.

Ne conviendrait-il pas d'envisager sérieusement que les pays dits développés assurent une aide maximale aux pays émergents en envoyant des spécialistes et en fournissant des vaccins en suffisance? (Edouard)

JR: C’est sûr que c’est un problème majeur. La chance qu’ont les pays émergents (si on peut parler ainsi) est que les formes sévères touchent largement les personnes âgées, qui ne sont comparativement pas très nombreuses dans les pays émergents. Mais ça reste un problème important. Imaginez la catastrophe si le SARS-CoV-2 menait à des formes sévères chez les jeunes...

Les pédiatres américains regrettent le relâchement des protocoles sanitaires dans les écoles, facteur contributif du pic d’infections actuellement observé chez les enfants. — © Keystone/EPA/ETIENNE LAURENT
Les pédiatres américains regrettent le relâchement des protocoles sanitaires dans les écoles, facteur contributif du pic d’infections actuellement observé chez les enfants. — © Keystone/EPA/ETIENNE LAURENT

Les cas remontent fortement en Suisse et dans le monde... (Anna)

JR: Grâce à la vaccination, on observe un découplage entre les cas qui remontent fortement d’un côté, et les hospitalisations et décès qui augmentent moins vite de l’autre. C’est visible dans tous les pays où les niveaux de vaccination sont élevés. Le fait que 80 à 90% de la population ait une forme d’immunité, par le fait d’être vacciné ou d’avoir déjà été infecté, a permis de ralentir la transmission et de prévenir de nombreuses formes sévères et décès.

D’un autre côté, les décès que l’on observe actuellement sont d’autant plus tristes qu’ils auraient pu en grande partie être évités. Et la pression sur les hôpitaux et les personnels soignants est d’autant plus forte après 18 mois d’efforts incessants. Toutefois, la situation est bien différente de l’automne 2020. Au delà d’encourager toujours plus les personnes à se faire vacciner, il existe tout un panel de mesures qui ont déjà commencé à être mises en place: masques, tests, télétravail, limitation de regroupements.

Je voudrais insister sur les précautions à prendre dans les lieux clos, où la transmission par aérosols peut être très importante, et où l’aération régulière permet de réduire fortement le risque. Les capteurs de CO2 peuvent être un bon outil permettant de reconnaître quand l’aération est nécessaire.

Quand sera disponible en Suisse un vaccin à virus inactivé, ce qui permettrait de convaincre certains sceptiques à la technologie ARN de se faire vacciner? (Marie56)

JR: Le vaccin Johnson & Johnson est déjà disponible pour les personnes qui refusent les vaccins à ARN messager.

Quand espérer l'arrivée d'un nouveau vaccin pour lutter contre Omicron? (Cyril)

JR: Il est encore trop tôt pour savoir si l’arrivée d’Omicron rendra nécessaire un nouveau vaccin. Il est possible qu’on ait une bonne surprise et que les vaccins actuels soient efficaces. Si le vaccin doit être modifié, les fabricants parlent de 4 à 6 mois avant qu’il puisse être mis sur le marché. À mon avis, cela est assez loin. Il ne faut donc pas attendre et effectuer la 3e dose.

A lire: Les fabricants de vaccins fourbissent leurs armes contre Omicron

À partir de quand la 3e dose est-elle efficace? (Marie)

JR: Des études ont pu montrer que la 3e dose permet d’augmenter fortement le taux d’anticorps neutralisants, et donc d’améliorer la protection contre la transmission et encore plus contre les formes sévères. Comme pour tous les vaccins, il faut quelques jours pour que la troisième dose montre son efficacité.

Pourquoi la progression de cas de Covid-19 est-elle aussi fulgurante? (Saphia)

JR: La cinquième vague qui touche actuellement toute l’Europe progresse en fait de manière un peu moins rapide que par exemple l’énorme deuxième vague de l’automne 2020. Le nombre de cas positifs par jour a fortement augmenté, et atteint maintenant les mêmes niveaux qu’à l’époque, mais cela a pris un peu plus de temps. On observe aussi un découplage entre les cas qui augmentent fortement et les hospitalisations et les décès qui augmentent moins vite.

Ces différences sont dues au fait qu’il s’agit d’une situation très différente: à l’automne 2020, il n’y avait pas de vaccin, et seuls 10 à 20% de la population avait acquis une forme d’immunité par l’infection et la guérison. Cela veut dire que 80 à 90% de la population était susceptible d’être infectée. Aujourd’hui, c’est l’inverse, 90% des personnes de plus de 65 ans sont vaccinées, et 75% des 12 ans et plus. Si on ajoute les personnes infectées et guéries, on arrive à 80 à 90% de la population qui a une forme d’immunité, qui la protège dans une certaine mesure contre la transmission, et de façon beaucoup plus importante contre des formes sévères.

Que disent les études concernant la baisse d'efficacité du vaccin dans le temps? (Did)

JR: De très nombreuses études sont en cours sur ce sujet, et il faut bien se rendre compte que pour la plupart des gens la vaccination ne date que de quelques mois. Il faut aussi comprendre la cascade de l’efficacité vaccinale, car les vaccins agissent à plusieurs niveaux: empêcher la transmission, empêcher les formes symptomatiques et empêcher les formes sévères.

Sur les deux premiers points, il semblerait que l’efficacité diminue avec le temps, ce qui justifie l’utilisation de rappels. Sur les formes sévères, l’efficacité semble rester très élevée même neuf mois après l’injection, mais il est possible qu’elle diminue plus vite dans certains groupes à risque, ce qui là encore justifie les rappels.

Des femmes peignent des cœurs sur le Mémorial national du covid. Londres, 26 novembre 2021.
Des femmes peignent des cœurs sur le Mémorial national du covid. Londres, 26 novembre 2021.

Pourquoi les tests antigéniques rapides ne donnent-ils pas une réponse positive dans les heures qui suivent l'injection du vaccin? (Nicolas)

JR: Les tests antigéniques rapides utilisent d’autres cibles que les vaccins.

Quelle est l’efficacité du vaccin sur les nouveaux variants? (Leo)

JR: C’est encore trop tôt pour le dire. Ce nouveau variant Omicron a la particularité d’avoir de très nombreuses mutations sur la protéine Spike, qui est la cible du système immunitaire et la base de tous les vaccins disponibles. D’où la crainte que l’efficacité vaccinale soit plus faible. Des études sont en cours pour le savoir, et nous aurons les résultats d’ici deux ou trois semaines.

L’idée est de prendre du sérum de personnes vaccinées par les vaccins disponibles actuellement, et de vérifier si ce sérum permet de neutraliser le virus in vitro.

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Une contamination naturelle par le virus après vaccination complète augmente-t-elle la diversité et l'efficacité des anticorps? (Nicolas)

JR: C’est fort possible. Les vaccins se concentrent sur un petit nombre de cibles, en particulier sur la protéine Spike. Cela revient à simuler une infection par un virus incomplet qui n’aurait que ces cibles. L’infection par le virus donne plus de cibles au système immunitaire, et donc augmente probablement la diversité des anticorps disponibles.

J'entends dire par des antivax que la phase 3 du test du vaccin n'est pas finalisée. Est-ce vrai? (Sonia)

JR: La phase 3 d’un essai thérapeutique consiste en un test à grande échelle avec randomisation. Les études de phase 3 visent à s’assurer de l’efficacité et de la sûreté d’un médicament et sont nécessaires avant d’obtenir l’autorisation de mise sur le marché. Elles ont été complétées pour tous les vaccins disponibles.

La phase 4 par contre correspond à la surveillance après la mise sur le marché, en particulier la surveillance des éventuels effets secondaires plus rares grâce au système de pharmacovigilance. Cette phase est en cours et c’est tout à fait normal. Au moindre signal, une enquête est réalisée. Pour le moment, alors que plusieurs milliards de doses ont été distribuées, aucun problème grave n’a été détecté. 

J’aimerais mieux comprendre la situation dans les hôpitaux. Le virus circule beaucoup chez les jeunes en ce moment. Quels sont les profils des patients? (Délio)

JR: En effet, grâce à la forte couverture vaccinale (>90%) chez les personnes de 65 ans et plus, on observe un changement du profil des personnes hospitalisées pour Covid-19, avec plus de jeunes. C’est un reflet direct de la couverture vaccinale.

Pourquoi procéder à une vaccination de masse contre le Covid-19 alors que cela pousse le virus - en lui mettant des obstacles - à muter? (Mimou)

JR: Un virus mutera toujours. Au fond, une vaccination n’est qu’une simulation d’infection, le risque de forme sévère en moins. L’alternative à la vaccination de masse est de laisser une grande partie de la population s’infecter et acquérir l’immunité. Le problème est que cette solution mène à un très grand nombre d’hospitalisations et de décès, ce qui est inacceptable.

Conclusion:

JR: Merci à tous pour toutes ces questions intéressantes. J’ai essayé de répondre au maximum dans le temps escompté, mes excuses à ceux et celles que j’ai ignorés.