Mercredi 22 septembre 2021 à 14:00
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Alors que sa fin est annoncée depuis les années 1970, le pétrole est toujours la première source d'énergie dans le monde (environ 30%) devant le charbon (26%) et le gaz naturel (23%). Et si la consommation ne faiblit pas, les réserves mondiales s’épuisent. Pendant ce temps, la communauté internationale cherche avec difficulté à mettre en place une transition souvent douloureuse pour tenter de limiter le changement climatique. 

Pour en discuter, nous avons mobilisé Matthieu Auzanneau. Directeur du think tank de la transition énergétique The Shift Project, il est l'auteur d'un essai Pétrole, le déclin est proche, publié aux Éditions du Seuil et coécrit avec la journaliste Hortense Chauvin. Ce livre décrit notamment les conséquences sévères que risquent d'avoir la fin du pétrole sur l'économie, faute d'anticipation. Plusieurs pistes sont également données pour en finir avec notre dépendance à cette énergie.

Les conférences de Jean-Marc Jancovici annoncent depuis des années la fin du pétrole. L’hydroélectrique représente encore 60% de la production électrique en Suisse. Récemment, on a vu apparaître une «alliance» entre les promoteurs des éoliennes et les gaziers. Qu’en est-il des promesses du solaire? (Delaplanete)

Matthieu Auzanneau: Le point commun entre les éoliennes et le solaire photovoltaïque, c’est l’intermittence de la production. Le solaire photovoltaïque réclame encore davantage de production pilotable en support, puisque le pic de production est entre 11h et 13h en été, et que le pic de consommation est à 19h en hiver. 

C’est pour ça qu’il y a cette alliance opportuniste avec les gaziers. Mais ce modèle commence à montrer ses limites en particulier en Allemagne, avec à la fois ce besoin toujours massif de production fossile (Nord Stream…) et les perturbations en chaîne à la fois techniques et capitalistiques qui découlent directement du problème massif que pose la gestion de l’intermittence.

Si l’on brûlait immédiatement toutes les réserves de pétrole présumées sur la terre, quelle serait la proportion de CO2 induite dans l’atmosphère? (Dolcevita)

MA: Je n’ai pas les chiffres précis exactement en tête, mais la combustion de toutes les réserves de pétrole (et des autres combustibles fossiles, sinon la question n’a guère de sens, puisque pour diverses raisons pratiques, on ne peut pas imaginer brûler juste le pétrole sans toucher au gaz et au charbon) nous entraînerait très au-delà du seuil d’un réchauffement catastrophique. Les scénarios les plus sombres du GIEC aboutissent à des réchauffements de l’ordre de 7 à 8°C d’ici la fin du siècle par rapport au niveau préindustriel.

La «bonne nouvelle», c’est que pour ce qui concerne au moins le pétrole, les données publiquement disponibles sur les réserves sont sans doute surestimées: il s’agit largement, en particulier pour les pays de l'OPEP, de données «politiques» plutôt que techniques. 

La mauvaise, c’est que le rythme d’un déclin géologique du pétrole dans les années où les décennies qui viennent - compte tenu justement des données techniques sur les réserves, plus pessimistes, auxquelles se fient les pétroliers - ne saurait sans doute être assez rapide pour nous «sauver» du réchauffement. 

En un mot, ce n’est pas réchauffement ou pic pétrolier: l’humanité dérive pour l’heure à la fois sur Charybde et Scilla...

L’énergie solaire sera-t-elle la source primaire d’énergie la plus importante dans le futur? (Hubert)

MA: Quel sera le coût du solaire dans un monde bas carbone? Il y a fort à parier que la cellule photovoltaïque sera plus chère, ne serait-ce que parce qu’elle est aujourd’hui fabriquée en Chine à base de charbon. Seconde question: est-il possible de gérer massivement l’intermittence du solaire avec autre chose que du gaz naturel? Pas évident quand on regarde l’exemple allemand, qui pourtant n’a guère de limite en termes de capacité d’investissement. La chaleur solaire pour moi a dans bien des cas plus de sens que l’électricité solaire: plus simple, plus robuste: or ce potentiel-là est aujourd’hui sous-exploitée.

La Suisse vue comme un panneau solaire géant Ajouter l'article à vos favorisRetirer l'article de vos favorisÉNERGIE Dans un ouvrage récent, Roger Nordmann, président du groupe socialiste aux Chambres fédérales, propose des solutions durables pour la Suisse de demain Pour sortir du nucléaire et répondre aux besoins de la mobilité électrique, Roger Nordmann propose de couvrir la Suisse de panneaux solaires. — © Thomas Delley/Keystone
La Suisse vue comme un panneau solaire géant Ajouter l'article à vos favorisRetirer l'article de vos favorisÉNERGIE Dans un ouvrage récent, Roger Nordmann, président du groupe socialiste aux Chambres fédérales, propose des solutions durables pour la Suisse de demain Pour sortir du nucléaire et répondre aux besoins de la mobilité électrique, Roger Nordmann propose de couvrir la Suisse de panneaux solaires. — © Thomas Delley/Keystone

La fin du pétrole peut-elle entraîner des conflits mondiaux? (APLP)

MA: Je ne suis pas à l’aise avec le rôle de Nostradamus. Je ne cherche pas à faire des prévisions, mais simplement à qualifier des risques. Ayant écrit une histoire du pétrole («Or Noir», La Découverte, Paris, 2015), je sais à quel point les hommes se sont battus pour le pétrole quand il était abondant. Que peut-il se passer lorsqu’il le sera moins? Ainsi, on peut défendre l’hypothèse selon laquelle la guerre d’Irak en 2003 a été une guerre pour le pétrole: notre siècle censément de sortie des énergies fossiles aurait commencé par une guerre du pétrole. Un sacré avertissement à mes yeux.

La production en Afrique décline depuis 2008: l’Algérie, le Nigéria, l’Angola déclinent. On sait que dans ces pays, la paix sociale est pour l’instant tributaire de la manne pétrolière. Et on a le précédent de l’effondrement du Venezuela, avec en toile de fond un déclin de la production conventionnelle. 

Dans le livre que je viens de sortir («Pétrole. Le déclin est proche», Le Seuil/Reporterre, avec Hortense Chauvin), je souligne que de l’aveu même du Kremlin, la production russe risque de décliner dans les années qui viennent. Le pétrole russe, c’est la base du régime Poutine, et c’est ⅓ du pétrole consommé en Europe… Pourquoi les mercenaires de Poutine contrôlent-ils les plus vastes champs en Libye? Les pétroliers russes sont aux côtés des Chinois les premiers opérateurs étrangers du pétrole irakien...

A lire: Irak, aux sources du pétrole et de la guerre

Les Etats-Unis ont-ils envahi l'Irak en 2013 pour s'emparer de ses ressources? - AFP
Les Etats-Unis ont-ils envahi l'Irak en 2013 pour s'emparer de ses ressources? - AFP

Alors que l'industrie du pétrole cache son impact sur le climat depuis plus de 40 ans, comment contourner ce lobby puissant pour mettre fin aux subventions des énergies fossiles et amorcer une vraie transition? (Frédérique)

MA: Cela se passe dans les urnes! Il faut un plan. Le problème technosociétal que pose la sortie du pétrole, les pétroliers n’en sont pas seuls responsables, loin s’en faut. Tant qu’il y a des clients dans les stations-service, pourquoi blâmer Total ou BP? Tant qu’il n’y a pas d’alternatives socio-techniques prêtes pour remplacer le pétrole, rien ne sert de pointer tel ou tel lobby du doigt. 

La première nation qui saura bâtir un plan cohérent aura gagné l’avenir: bref, c’est politique. A ceci prêt que l’offre politique pertinente n’est pas encore mûre. C’est pour ça que le «Shift Project», le groupe de réflexion fondé par Jean-Marc Jancovici et que je dirige, s’apprête à publier un Plan de transformation de l’économie française (PTEF) qui, nous l’espérons, inspirera les partis politiques français.

«The Shift Project» vise à atténuer le dérèglement climatique et réduire la dépendance aux énergies fossiles. Quelles sont ses réalisations? (Frédérique)

MA: Nous nous saisissons de toute problématique qui nous semble clé: mobilité quotidienne, électricité bien sûr, mais aussi numérique, agriculture, système de santé, etc. Nous sommes en train de tenter d’assembler notre grand puzzle, avec les principales thématiques à nos yeux décisives: c’est le «PTEF» auquel je fais allusion précédemment. Je vous invite à aller explorer tout ça sur notre site.

Les industries du charbon, du pétrole et du gaz nient la vérité du changement climatique pour maximiser leurs profits. Comment les médias peuvent-ils rétablir la vérité sur la réalité physique du monde? (Camille)

MA: Les journalistes (et je sais de quoi je parle, puisque ce fut ma corporation) pèchent malheureusement pour la plupart par manque de culture scientifique et technique. C’est un défaut qu’ils ont en commun avec la plupart des politiques, dont ils partagent la même formation (en France, Science Po).

Leur responsabilité est évidemment décisive, et heureusement de nombreuses personnes se forment et s'améliorent (nous organisons d’ailleurs tous les ans un séminaire spécial pour eux), mais il y a encore du boulot. Après il faut aussi à leur décharge constater la place considérable qu’occupe enfin l’environnement dans les gazettes.

La Suisse est une place financière importante, notamment pour le négoce des matières premières. Quels sont vos conseils pour les personnes et entreprises actives dans ce secteur? (Camille)

MA: Réinstituer la prospective stratégique, pour de vrai. Je crois qu’il y a une forte culture de planification en Suisse, qui vient d’autres sphères de la société (l’armée en particulier): il faut se projeter dans un avenir qui sera, disons, compliqué, et comprendre les bonnes options une fois ce constat fait.

La demande en pétrole pourrait augmenter pendant une décennie encore. — © Karen Bleier / AFP

A lire: Le pétrole flambe et l'OPEP+ se désunit

Le monde a-t-il assez des ressources pour électrifier la totalité du parc automobile? L'avenir n'est-il pas des véhicules beaucoup moins nombreux et nettement plus légers? (Manoé)

MA: Sans doute pas (l’Agence internationale de l’énergie a publié un rapport très éclairant cette année à ce sujet), et du coup, oui pour votre deuxième question!

Comment peut-on accélérer la transition écologique sans diminuer les inégalités de fortune déjà dramatiques, dans un esprit de justice sociale? Avec une microtaxe sur les transactions financières? (Manoé)

MA: Pourquoi pas? Mais encore une fois j’insiste, la question des outils de la transition est moins fondamentale que celle du plan de montage...

La Suisse va prochainement voter sur une possible limitation de la publicité pour les produits du tabac, qui tuent 10'000 personnes par an dans le pays. Vu que la pollution de l'air tue 3'000 personnes par an, sans compter les conséquences à venir du chaos climatique, devrait-on aussi interdire la publicité pour les énergies fossiles et les voitures individuelles? (Lyssandre)

MA: Oui, ou du moins les encadrer strictement, c’est évident, et j’espère qu’on y viendra rapidement. Quelque chose comme: «Nuit gravement au monde qu’on va laisser à nos enfants», etc.

Quelles recommandations pour nos décideuses et décideurs? Comment permettre un changement de valeurs et une vision à long terme? (Charles)

MA: Compte tenu de ce que j’ai dit avant à propos de l’Irak, de l’Algérie, de la Russie, et j’aurais pu aussi évoquer l’exemple syrien, très significatif à mon sens, et que je développe dans mon nouveau livre, je vais me contenter pour vous répondre de citer la devise de Spinoza, peut-être le premier philosophe écolo moderne : «Caute». C’est du latin, et ça veut dire «prudemment»...

Sur la nécessaire transition énergétique, quelle est la responsabilité d'un journal comme celui qui vous invite aujourd'hui? (Fabienne)

MA: Il faut commencer par se former! Je l’ai dit plus haut: la corporation des journalistes a bien souvent une culture scientifique médiocre, ce qui conduit bien souvent les médias à faire prendre des vessies pour des lanternes, ou à raconter des salades, fussent-elles bio.

La Suisse devrait-elle construire des centrales à gaz pour assurer son approvisionnement en électricité, tel que suggéré par le mouvement Boussole/Europe et relayé par «Le Temps»? (Denis)

MA: Non, pas si la Suisse a signé l’accord de Paris sur le climat (or je crois que c’est le cas…). Le gaz naturel n’est que le petit frère du pétrole. Or usages résiduels, il n’est tout simplement pas compatible avec l’objectif d’atteindre zéro émission nette de CO2 d’ici 2050.

Comment aborder le sujet de la nécessité de réduire notre consommation de pétrole et des autres énergies fossiles sans passer pour un «écolo-gauchiste»? (Denis)

MA: Je le redis: il faut un plan concret. La transition post-carbone n’est pas un choix idéologique ou moral, c’est une évolution inexorable, qui sera anticipée ou subie. De gauche, de droite, d’en haut, d’en bas, nous sommes tous dans le même bateau.

Existe-t-il encore un avenir pour l'OPEP? Les monarchies du Golfe peuvent-elles survivre à la fin du pétrole? (Laurent)

MA: Tant que nous ne sortons pas du pétrole, l’OPEP a un grand avenir devant elle. Ses pays membres, en particulier les pays du golfe Persique, disposent des plus vastes réserves de pétrole facile. La dernière goutte de pétrole sera selon toute vraisemblance extraite en Arabie Saoudite, en Irak ou en Iran. Autrement dit la «fin de partie», comme on dit aux échecs promet de se jouer au centre de l’échiquier. Et le centre de l’échiquier, c’est le Golfe...

C’est lors d’un sommet à Baghdad que la création de l’OPEP a été annoncée, le 14 septembre 1960. Le ministre saoudien Abdallah Tariki (debout au centre) figure parmi ses fondateurs. — © OPEC/AFP
C’est lors d’un sommet à Baghdad que la création de l’OPEP a été annoncée, le 14 septembre 1960. Le ministre saoudien Abdallah Tariki (debout au centre) figure parmi ses fondateurs. — © OPEC/AFP

Les compensations de CO2 à l’étranger de la Suisse sont-elles scientifiquement vérifiées ou est-on dans une zone grise de «greenwashing»? (Gilles)

MA: Question un peu vaste. Certains projets de compensations peuvent être pertinents. Mais en l’état des choses, c’est souvent du grand n’importe quoi. En outre, il ne s’agit pas de compenser ailleurs (ce qui atteint physiquement très vite ses limites, car tout le monde veut compenser…), il s’agit de sortir des énergies fossiles ici et maintenant.

Qu’en est-il de tous les produits dérivés du pétrole comme les plastiques, produits chimiques à la base des produits du commerce et aussi à la base des principes actifs pharmaceutiques? (Julien)

MA: Chimiquement, on sait à peu près tout faire à l’échelle du laboratoire. La vraie question c’est: à quelle échelle est il envisageable et raisonnable de déployer telle ou telle solution. On sait faire des micro-organismes OGM qui (pardon) défèquent du pétrole, mais lorsqu’on regarde les investissements et les surfaces nécessaires pour faire ça à grande échelle, on se dit bien souvent que le jeu n’en vaut pas la chandelle. Sans parler des pertes de rendement au cours du processus. C’est pourquoi la notion de sobriété systémique, sociotechnique, doit être au coeur du raisonnement.

Il ne faut jamais perdre de vue que toute alternative au pétrole est plus compliquée, et c’est bien pour ça que le pétrole demeure la première source d’énergie en quantité comme en qualité.

Pouvez-vous donner un intervalle de temps avant que le pétrole ne devienne une vraie limitation pour les économies occidentales? (Helvète)

MA: Je développe dans mon nouveau livre l’hypothèse selon laquelle la crise des limites physiques à la croissance a débuté: localement aux Etats-Unis en 1970, 2 ans avant la parution du fameux rapport du club de Rome, avec le déclin de la production américaine de pétrole conventionnel; globalement en 2008, qui pour moi est le troisième grand choc pétrolier, celui de la fin du pétrole facile.

La chute de la production ne risque-t-il surtout pas d'entraîner une hausse extrêmement forte des cours du pétrole? (Safia)

MA: Nous sommes déjà depuis 2008, date du franchissement du pic du pétrole conventionnel, qui constitue les ¾ de la production actuelle, dans un monde où le prix du pétrole est devenu extrêmement volatil, bien davantage qu’au cours des décennies précédentes. Cette volatilité extrême est exactement ce à quoi on peut s’attendre à mesure qu’on se rapproche de limites physiques.

Quel avenir pour les sociétés pétrolières? Je pense notamment à Total, Perenco, ExxonMobil and co? Sont-elles aujourd'hui pleinement engagées dans un processus de transition? (Hervé)

MA: C’est une question qui appellerait un long développement. En gros, les majors européennes tentent de sortir du pétrole, mais ça ne se fera pas du jour au lendemain, et en outre elles sont poussées dans cette direction au moins autant par leur difficulté à maintenir leur production et aller chercher le «baril marginal» (c’est la problématique du pic pétrolier) que part l’enjeu climatique. Bien souvent, ces compagnies se détournent du pétrole pour mieux investir dans le gaz naturel, ce qui ne saurait être satisfaisant...

Pensez-vous que le naufrage de l'Erika en 1999 a marqué un tournant pour une prise de conscience auprès de l'opinion publique sur les dangers du pétrole? (Lara)

MA: Peut-être que ça a été le début du processus, en effet (j’étais d'ailleurs sur les plages de Bretagne pour ramasser les galettes de brut!).

On en parle, mais parfois trop peu, de ces sacrifiés exposés à de forts polluants dans certaines zones, par exemple à Fos-sur-Mer en France. Tant de silence autour de ces cas... Que pourraient devenir ces zones autour des terminal pétroliers à l'avenir? (Anais)

MA: La reconversion des gens qui travaillent dans les énergies fossiles est bien souvent l’un des angles morts des politiques de transition. Cette transition va faire des perdants, ne pas s’occuper de ces perdants potentiels en priorité est une garantie d’échec, on l’a bien vu en France avec la crise des Gilets jaunes.

C'est toujours facile, dans nos économies riches de vouloir miser sur des énergies qualifiées de vertes, par exemple l'électrique. Problème: il reste quand même compliqué de prévoir le tout électrique dans des pays pauvres. Se dirige-t-on vers un monde au pétrole et une autre à l'électrique? (Kleo)

MA: C’est malheureusement le plus probable aujourd’hui, faute de lucidité, de cohérence et d’audace, au Nord comme au Sud.

Conclusion:

MA: L’énergie est le sang de l’économie. Réussir en une génération à sortir du pétrole et des autres énergies fossiles, ça revient à réussir plus qu’une opération à coeur ouvert : il s’agit de changer le système sanguin de toute la société, en modifiant par là même l’organisation des organes vitaux de la société (industrie, transport, agriculture, santé, culture, administration, etc.) Sans plan sociotechnique, c’est-à-dire politique, nous n’arriverons à rien...