Vendredi 29 octobre 2021 à 11:00
Avenue du Bouchet 2, Genève

Le Forum des 100 est une plateforme de débat et de réseautage articulée autour d’une conférence annuelle animée par des orateurs de qualité. Il réunit chaque année, depuis seize ans, plus de 100 personnalités de tous horizons: faiseurs d’opinion et leaders économiques, politiques, scientifiques et culturels. Durant une journée entière, les invités débattent de questions essentielles à l’avenir de la Suisse.
 

Que faire pour aider les villes à empoigner leur avenir? Faut-il réduire les villes intelligentes («smart cities») a une vision purement technologique des mutations urbaines? Comment concilier transition écologique et transition numérique? Pour approfondir les débats lancés dans le cadre du Forum des 100 2021, Le Temps a organisé une conférence en ligne à l’occasion de la publication du «Smart Cities Index» publié par l’IMD. Un classement international dans lequel apparaissent Genève, Zurich et, pour la première fois, Lausanne. 

Quatre intervenants ont participé à cet événement: Stéphanie Lux, experte du développement durable, directrice de Natureparif et ancienne conseillère de Nicolas Hulot; Bruno Lanvin, chercheur et entrepreneur, président du Smart City Observatory de l’IMD; Julien Halnaut, spécialiste Smart City et Internet des Objets chez Swisscom, Natacha Litzistorf, en charge du Logement, de l'environnement et de l'architecture à la Municipalité de Lausanne. La discussion était animée par Alain Jeannet, journaliste et producteur du Forum des 100.

A quoi sert le «Smart City Index» que vous publiez cette semaine?

Bruno Lanvin: Cet indice est produit par l’IMD et l’université de technologie et de design de Singapour (SUTD). Ce n’est pas un indice centré uniquement sur la technologie. Il tient compte du facteur humain comme essentiel dans ce que les villes peuvent faire. Cette année, Singapour arrive en tête. Juste derrière, Zurich à la deuxième place et Lausanne à la cinquième. Une autre ville romande, Genève, arrive en huitième position. Ce classement a pour objectif de donner des arguments pour améliorer la qualité de vie dans les villes.

Stéphanie Lux: Singapour ressort toujours en tête de tous les classements en matière environnementale. C’est mérité. Ils ont mis au point des labels pointus autour de la construction durable, des systèmes de mobilité et de gestion de l'eau. Ceux-ci, exemplaires, sont suivis dans le monde entier. Zurich tire la grande majorité de son énergie du renouvelable (EnR). Oslo arrive troisième. C’est une ville extrêmement innovante. Du rapport, on apprend aussi que les viles chinoises et indiennes placent le combat contre la pollution de l’air parmi les priorités de la population. Cela donne de l’espoir.

A lire: Lausanne et Genève au top de l'«intelligence» urbaine

Smart Cities Index 2021 - IMD
Smart Cities Index 2021 - IMD

Lausanne, première ville romande, se classe cinquième...

Natacha Litzistorf: Nous sommes très heureux de ce résultat. Après, ce qui nous intéresse avec ce type d’outil est qu’il prend en compte des indicateurs comme l’environnement ou encore la santé. Un deuxième indicateur est de voir que les villes de petites et moyennes tailles sont bien classées. Nous devons aussi reconnaître que plusieurs indicateurs où nous performons ne sont pas liés aux compétences communales, notamment la santé. Cette intelligence des villes met avant tout en avant le travail collectif.

La technologie peut-elle vraiment améliorer la vie des citoyens?

Julien Halnaut: Oui. Un premier exemple à Berne. Le citadin veut que ses poubelles soient vidées tous les soirs. Et la ville veut que ses camions ne roulent pas toujours en étant à moitié vide. Alors que faire? On peut placer des capteurs dans les poubelles qui vont vérifier le taux de remplissage des conteneurs. Avec cela, on peut optimiser la route des camions. Un deuxième exemple. Aujourd’hui, on peut calculer le chauffage des bâtiments sur la base des prévisions météo. Il faut simplement utiliser des capteurs et un système de chauffage centralisé connecté. Ainsi en hiver, en cas de changement important de température, le système peut anticiper la bonne température à proposer aux habitants. On peut arriver à des économies d’énergies de 20%.

Comment les villes suisses peuvent-elles s'améliorer?

Natacha Litzistorf: Nous devons monter en puissance sur les aspects de la digitalisation. Notamment en nous inspirant des exemples où la stratégie numérique élaborée met l’inclusion comme principe. Pourquoi? Nous ne devons laisser personne au bord de la route, notamment les plus âgés. Et bien sûr, cette stratégie doit être obligatoirement écoresponsable. Un autre élément est la participation: la population doit s’impliquer de plus en plus dans l’élaboration et l’application de nos politiques.

Ces nouvelles technologies sont-elles toujours bien perçues par les autorités?

Julien Halnaut: Oui et non. Nous faisons de nombreux projets pilotes pour trouver des solutions à des problèmes. Cela fonctionne bien. Le problème intervient lorsque ce projet se termine et qu’il faut implémenter le tout à l’échelle de la ville. Cela coince souvent.

Bruno Lanvin: La ville, par ses quartiers, est le lieu idéal pour faire des expérimentations. Le problème, c’est la mise à l’échelle, c’est totalement vrai.

Bruno Lanvin, Natacha Litzistorf, Stéphanie Lux et Alain Jeannet
Bruno Lanvin, Natacha Litzistorf, Stéphanie Lux et Alain Jeannet

Les villes ne devraient-elles pas prendre des mesures plus radicales sur la mobilité?

Bruno Lanvin: Premier constat, on se déplace aujourd’hui moins pour aller de chez soi à son bureau. Ensuite, dans la plupart des villes, la mobilité n’est pas un problème de la ville. C’est un problème de la ville et de sa banlieue. Il faut s’inspirer des bons exemples, et ils se trouvent chez les villes qui ont réussi à intégrer des zones plus larges pour résoudre les problèmes de mobilité. Boston notamment.

Stéphanie Lux: Les villes peuvent beaucoup en matière de mobilité mais elles ne peuvent pas seules. Elles doivent être accompagnées. Le télétravail se maintient aujourd’hui. Il faut développer les tiers lieux, des espaces où on va travailler. Ce n’est pas votre bureau, mais c’est tout proche de votre domicile. Les autorités locales doivent penser à développer ces espaces via la planification urbaine.

Que peuvent les villes en matière de rénovation?

Natacha Litzistorf: Elles peuvent beaucoup. Pour le cas de Lausanne, nous avons un grand patrimoine que nous gérons. Nous travaillons aussi à la construction de logements. Pour atteindre les objectifs climatiques, l’assainissement énergétique doit être en cohérence avec nos politiques. Il faut aussi maintenir des loyers abordables et penser à l’accessibilité universelle: des logements utilisables par une population vieillissante. Il faut aussi préserver notre patrimoine et prendre en compte nos impératifs de rentabilité. Ce n’est pas simple!

La COP26 démarre dans quelques jours. Quelles sont vos attentes?

Stéphanie Lux: J'attends de l’action. Seuls 10% des pays ont associé les collectivités locales à l’élaboration de leur plan national. C’est très inquiétant alors que les villes sont très créatives. Il y a urgence.

Bruno Lanvin: Les trois villes suisses dans le top 10 mondial de notre classement ont toutes des pôles universitaires importants. C’est essentiel et on voit que les jeunes sont prêts, ils le font déjà, à s’engager et trouver des solutions pour combattre le changement climatique.

Julien Halnaut: Pour le moment, je n’ai pas vraiment d’attente, nous verrons bien.

Natacha Litzistorf: Nous attendons du courage et de la volonté. Je reste confiante.