Mercredi 9 mars 2022 à 17:00
En ligne

Le 20 mars 2022, les citoyennes et citoyens du canton de Vaud éliront leur nouveau gouvernement. Pour ce premier tour de l'élection au Conseil d'Etat, ils pourront se prononcer sur 10 listes et 25 candidats.

A cette occasion, la rédaction du «Temps» a organisé deux débats en ligne où vous avez pu poser toutes vos questions aux différents intervenants.

Ce second débat s'est déroulé le mercredi 9 mars 2022. Il a opposé:

Valérie Dittli (Centre)
Mathilde Marendaz (Solidarité & Ecologie)
Vassilis Venizelos (Verts)
Michaël Buffat (UDC)

Cet événement était animé par le journaliste Vincent Bourquin.

>> Revivez le premier débat des élections cantonales vaudoises organisé par «Le Temps»

Michaël Buffat, Valérie Dittli, Mathilde Merendaz et Vassilis Venizelos - Eddy Mottaz / Le Temps
Michaël Buffat, Valérie Dittli, Mathilde Merendaz et Vassilis Venizelos - Eddy Mottaz / Le Temps

Que faire pour lutter contre le réchauffement climatique?

Michaël Buffat (UDC): Nous sommes conscients de la problématique du climat. Par contre, on a une vision totalement opposée à celle de mes collègues de gauche qui veulent toujours tout interdire, taxer, ou encore mettre les régions les unes contre les autres. Nous, au contraire, on croit que la solution passe par la confiance en l'avenir, les nouvelles technologies, l'innovation, etc. C'est ainsi que l'on trouvera la solution.

Mathilde Marendaz (Solidarité & Ecologie): On a besoin d'une écologie sociale et non punitive. Vous dites que vous travaillez pour l'écologie, mais l'UDC est sans arrêt contre toutes les mesures écologiques. C'est impossible de vous faire confiance là-dessus. On doit avoir une écologie sociale qui met au centre les besoins de la population et non les profits de quelques multinationales. On a besoin d'argent, d'investir massivement dans des services publics, notamment les transports publics gratuits.

Valérie Dittli (Centre): J'aime être concrète quand il s'agit de parler des problématiques climatiques. Il faut inciter au lieu d'interdire, encourager au lieu de punir et finalement informer au lieu de mettre sous tutelle. 

Les écologistes sont-ils trop punitifs envers la population?

Vassilis Venizelos (Verts): On voit que l'augmentation du prix de l'essence est beaucoup plus sensible au conflit en Ukraine qu'à de potentielles taxes. L'Accord de Paris vise le zéro carbone en 2050. L'UDC a voté contre au niveau fédéral. Environ 80% des émissions dans le canton de Vaud sont liées à la mobilité et au chauffage. En matière de mobilité, il y a effectivement un transfert modal à accélérer. Et en matière de chauffage et de dépendance aux énergies fossiles, la crise que nous traversons nous rappelle la nécessité de nous affranchir de notre dépendance aux énergies fossiles. Nous avons des leviers extrêmement intéressants, notamment en matière de rénovation énergétique. Il faut développer les énergies renouvelables, renforcer le solaire, mais aussi développer un peu d'éolien.

L'UDC a-t-elle vraiment des mesures concrètes pour renforcer le renouvelable?

Michaël Buffat (UDC): Pour qu'une bonne politique soit mise en place, il faut l'adhésion de la population. On a vu que la Loi sur le CO2 ne l'a pas eue. L'éolien a un impact sur le paysage qui n'est pas négligeable par rapport à ce qu'il apporte en matière d'énergie. L'énergie solaire est plus intéressante, notamment via l'installation de panneaux sur les toits.

Mathilde Marendaz (Solidarité & Ecologie): Nous, nous sommes pour consulter la population, que ce soit pour des projets de densification ou pour des projets d'implantation d'éoliennes. C'est aussi pour cela qu'on était très critique sur la Loi sur le CO2, qui mettait en avant des taxes. Or ce n'est pas la solution, il faut opter pour des mécanismes d'imposition progressifs selon le revenu des personnes. Travailler avec les gens, ça ne veut pas dire avoir l'adhésion des quelques patrons de Holcim, de Nestlé ou de Bernard Nicod.

Mathide Marendaz et Vassils Venizelos - Eddy Mottaz / Le Temps
Mathide Marendaz et Vassils Venizelos - Eddy Mottaz / Le Temps

Le gouvernement est-il trop conciliant avec les multinationales?

Vassilis Venizelos (Verts): Les exonérations fiscales proposées à certaines entreprises devraient être soumises à des critères de durabilité, à des critères sociaux encore plus importants. Nous avons envie d'être fiers de notre économie.

Valérie Dittli (Centre): Par rapport à la fiscalité, je souhaite aussi parler de la classe moyenne que l'on oublie toujours. Nous sommes pour une réforme complète de la fiscalité pour ces personnes. Ce n'est pas possible de voir les familles vaudoises devoir toujours payer un impôt extrêmement élevé. C'est presque devenu un luxe d'avoir une famille!

La gauche oublie-t-elle la classe moyenne?

Vassilis Venizelos (Verts): Non, pas du tout. D'ailleurs, des mesures ont été prises ces dernières années. Les leviers les plus intéressants pour soutenir la classe moyenne sont d'agir sur les assurances maladie ou le logement. Les locataires ont payé 68 milliards de trop ces quinze dernières années. Les loyers sont trop élevés. Nous devons renforcer la politique du logement du canton, avec de nouvelles mesures foncières qui permettraient de porter les projets de coopératives. Avec ces différents leviers, nous agissons directement sur le porte-monnaie des familles. Si on baisse les impôts, ça va profiter à qui? À ceux qui en payent le plus, donc les riches, évidemment.

Que propose l'alliance de droite autour des impôts?

Michaël Buffat (UDC): On propose une baisse d'environ cinq points d'impôt. On peut aussi travailler sur d'autres choses, comme le barème. C'est environ 200 millions de correction fiscale qu'on peut mettre en place en faveur des Vaudois. Ceci sans couper des postes publics.

Mathilde Marendaz (Solidarité & Ecologie): On demande une caisse maladie unique financée avec le même fonctionnement que l'AVS, donc avec une cotisation progressive selon le revenu. Cela permettra d'alléger notre porte-monnaie. La baisse fiscale proposée par la droite ne profitera qu'aux riches.

Valérie Dittli (Centre): On a tout à fait besoin d'un Etat social fort, mais il faut aussi pouvoir le financer. Il faut parler de la classe moyenne, qui a besoin qu'on soulage son porte-monnaie avec une baisse de la fiscalité, car elle a le droit d'avoir plus. Ce n'est pas nécessaire de la taxer autant, c'est pour ça qu'il faut refaire le système. 

Vassilis Venizelos (Verts): Le canton de Vaud est économiquement très fort. Il dispose d'une diversité économique extrêmement intéressante, ses finances sont saines. On ne peut pas, d'un côté, priver l'Etat de ressources et de l'autre, promettre le développement des énergies renouvelables. Les impôts servent à financer les services publics, à financer des hôpitaux, à financer les écoles, à financer des routes et des infrastructures.

Michaël Buffat (UDC): On n'a jamais dit qu'on voulait affaiblir l'Etat. Il a besoin d'argent pour fonctionner. Mais il prélève beaucoup plus que ce dont il a besoin pour son fonctionnement! On peut donc agir à ce niveau.

Que faire pour améliorer l'égalité entre les femmes et les hommes dans le canton de Vaud?

Mathilde Marendaz (Solidarité & Ecologie): Il faut une loi contraignante pour les entreprises, pour faire respecter les mesures prévues dans la loi, qui ne sont pas respectées aujourd'hui.

Valérie Dittli (Centre): Le congé parental au niveau suisse, c'est quelque chose de clé pour moi. Il faut aussi repenser les métiers et renforcer les apprentissages des formations professionnelles. J'ai de la peine avec les quotas que certains veulent instorer. Moi, ça me dévalorise. Je ne veux pas être à un poste parce que je suis une femme. Je veux obtenir un poste, car je le mérite.

Michaël Buffat et Valérie Dittli - Eddy Mottaz / Le Temps
Michaël Buffat et Valérie Dittli - Eddy Mottaz / Le Temps

Mathilde Marendaz (Solidarité & Ecologie): La logique des quotas sert à reconnaître qu'il y a des biais, dans le fait de donner des emplois à certaines personnes. L'objectif est de rééquilibrer les attributions.

Valérie Dittli (Centre): Vous voulez interdire, on veut inciter. Je souhaite pousser les femmes à oser postuler à des postes de cadre. 

Michaël Buffat (UDC): Je suis favorable au congé parental pour autant que ce soit supportable pour les entreprises.

Vassilis Venizelos (Verts): La retraite à 65 ans sur laquelle on va être amené à voter est également un point crucial. Il faut combattre cette mesure. 

Mathilde Marendaz (Solidarité & Ecologie): D'ailleurs, c'est vraiment anti-féministe d'augmenter l'âge de la retraite pour les femmes.

Que pensez-vous de l'avenir de la mobilité individuelle? Il faudra atteindre le zéro carbone en 2050...

Michaël Buffat (UDC): On doit avoir une mobilité adaptée à chacun et encourager le développement des infrastructures. On doit cesser de vouloir opposer les différentes formes de mobilité les unes aux autres.

Vassilis Venizelos (Verts): Dans certaines régions, il est effectivement difficile de se passer de voiture. On a des objectifs zéro carbone ambitieux, et il faudra agir sur la mobilité. On doit renforcer les transports collectifs, faire en sorte que le transfert modal représente une solution intéressante. On doit aussi faire en sorte que la mobilité douce soit privilégiée. Et là, il y a probablement un travail en matière d'aménagement du territoire à mener.

De là à proposer la gratuité des transports publics?

Mathilde Marendaz (Solidarité & Ecologie): La gratuité des transports publics est une mesure concrète qui vise un grand changement collectif et culturel. Une gratuité encouragerait la population à utiliser ces transports publics, notamment pour les courtes distances.

Michaël Buffat (UDC): La gratuité des transports publics serait très lourde à supporter. Et on n'a pas observé de baisse du trafic automobile dans les villes qui ont mis en place ce type de mesure.

Valérie Dittli (Centre): C'est d'ailleurs contradictoire, car on favoriserait tout le monde, même les milliardaires! Il faut beaucoup mieux cibler tout cela, sinon c'est de l'arrosage avec l'argent public dont on a besoin.

Vassilis Venizelos (Verts): Le prix d'un billet de transport collectif peut représenter une charge importante pour une grande partie de la population. Une gratuité ciblée me semblerait intéressante. Il faut maintenir une fiscalité juste, qui permette à l'Etat de financer ses différentes prestations.