Mardi 27 avril 2021 à 13:30
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La fréquentation des trains et des gares a fortement chuté l’an dernier, comme la vente des abonnements généraux en raison de la crise sanitaire. Malgré cela, les CFF veulent continuer à avancer en misant sur les améliorations proposées à leur clientèle. Et c’est le Romand Vincent Ducrot qui se charge désormais de développer cette stratégie. L’ancien cheminot et directeur des Transports publics fribourgeois (TPF) est en effet le nouveau commandant des CFF depuis le 1er avril 2020.

Vincent Ducrot, président-directeur général des chemins de fer fédéraux suisses, est venu en discuter avec vous mardi 27 avril de 13h30 à 14h30. Cette vidéoconférence était animée par Bernard Wuthrich, journaliste au «Temps» et spécialiste des questions liées au transport. 

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La conférence est accessible en replay en tête d'article. Découvrez également ci-dessous des réponses à plusieurs de vos questions:

Que pensez-vous des initiatives pour la gratuité des transports publics?

Partout où on l’a testée, cela n’a pas vraiment augmenté la demande, c’était même plutôt décevant. Et il faut aussi que quelqu’un finance le système, par exemple par l’impôt. Pour moi, offrir la gratuité serait contraire aux règles de fonctionnement de notre société.

Pourquoi ne pas baisser les prix?

La question des tarifs est extrêmement politique. Quand vous prenez un train Lausanne - Genève, il y a déjà 10% qui partent dans les caisses de la Confédération, ceci pour financer l’architecture. Les prix sont effectivement trop complexes.

Il faut réformer le système, mais c’est une opération titanesque: il faut l’accord des plus de 200 entreprises de transport public, des cantons... Plusieurs tentatives de réforme ont échoué, car trouver il est très compliqué de trouver un consensus.

Mais les prix sont-ils réellement justes pour le client?

En réalité, le client paie seulement 30 à 60% du coût réel du transport. Il n’y a pas de niveau juste, car tout le monde compare avec le coût de sa voiture en se basant uniquement sur le prix de l’essence. Cela sans prendre en compte l’ensemble des frais liés à l'usage de ce véhicule! Dans le tarif que nous proposons, tout est inclus: le déplacement, le conducteur, le mécanicien, les infrastructures, etc.

Pourquoi ne pas proposer gratuitement le transport des vélos?

J’ai toujours de gros débats à ce sujet. Malheureusement, comme le transport des passagers et des familles est prioritaire, on ne peut pas prendre tous les vélos. Nous sommes limités par rapport à la place disponible. Si nous condamnons des sièges ou des espaces pour les vélos, nous réduisons la capacité des trains. C’est d’ailleurs pourquoi il faut toujours réserver une place quand on prend un vélo.

Dans les trains à deux étages commandés récemment auprès de Stadler, n’avez-vous pas prévu une zone pour les vélos?

On y travaille sérieusement et je peux vous confirmer que nous allons augmenter les places pour les vélos dans ces trains.

Et les trains à deux étages commandés chez Bombardier, qui ont connu tant de problèmes, vous donnent-ils aujourd’hui satisfaction?

Nous avons fait une erreur, il faut le reconnaître: nous n’avons pas laissé assez de temps à Bombardier (aujourd'hui Alstom) pour le développement de ces nouveaux trains. Nos collègues allemands ont d’ailleurs tiré les leçons de ces erreurs en commandant d’abord un prototype. Mais bon, on le sait, on est toujours plus intelligent après.

Aujourd’hui, nous avons reçu 45 trains sur 65. Nous en utilisons environ 35 tous les jours. Le taux de fiabilité est bon. Ils ont parcouru entre 8 000 et 10 000 kilomètres sans incident. Nous avons aussi beaucoup progressé sur les aspects de vibration.

Pour les prochaines années, nous avons pris le parti d’acheter des plateformes déjà existantes, donc éprouvées. Cela nous évitera de nouveaux soucis de développement.

Allez-vous demander à la division immobilière des CFF d’augmenter ses bénéfices pour éponger la dette liée au Covid-19?

Oui, très clairement. La division immobilière est l’assurance tous risques des CFF. Nous aurons besoin de liquidités supplémentaires pour rembourser la dette. Et pour cela, il faudra utiliser les bénéfices de l’immobilier.

La resquille demeure élevée sur certaines lignes. Allez-vous intensifier les contrôles?

Nous savons précisément où il y a de la resquille. Dans un train de pendulaires à 7h du matin, tout le monde a son billet. Par contre, un soir à minuit, c’est totalement différent.

Evidemment, nous ne communiquons pas plus sur ce sujet, notamment sur les lieux où la resquille est importante. Mais nous avons des données très claires. Nous essayons cependant d’étudier ces éléments pour déterminer comment agir efficacement.

Mais il faut relativiser. La resquille reste très réduite en Suisse: elle est de l’ordre de 4%, pas davantage. Nous savons aussi qu’elle augmente qu’en période de crise, car, malheureusement, les gens sont plus dans le besoin.

Pourquoi ne pas proposer un abonnement illimité mensuel plutôt qu'un AG qui nécessite six mois d’engagement minimum?

Vous pouvez tout à fait acheter un AG et le rendre au bout d’un mois. Ce produit existe. Il est disponible à nos guichets, mais il est plus cher.

Prévoyez-vous une offre d'abonnement différenciée?

Peut-être au niveau des loisirs. Il y aura certainement moins de pendulaires à moyen terme. En revanche, les gens auront bientôt soif de se rattraper sur les déplacements de loisir. Nous réfléchissons à nous adapter à cela. Prenons l’exemple des Genevois: comment les emmener aux stations de ski? Aujourd’hui, c’est compliqué, car il faut prendre plusieurs correspondances. Ils préfèrent dès lors utiliser une voiture. Nous avons fait un essai pour les transporter directement au Châble (Verbier), cela fonctionne.

Quelle est la position des CFF autour du télétravail?

Il y a toujours deux côtés, l’employé et l’employeur. En tant que CEO des CFF, je n’ai aucun intérêt à ce que les gens restent à la maison plus d’un jour par semaine. Nous allons maintenir cette politique. La performance individuelle est bonne dans la situation actuelle, mais la performance collective baisse.

Par ailleurs, tout le monde veut être en télétravail le vendredi ou lundi. Idéalement, il faudrait répartir cela sur toute la semaine. J’ajoute qu’on ne peut pas passer sa vie dans des sessions en vidéoconférence.

Les CFF n’investissent pas directement dans les trains de nuit. Pourquoi?

Cela ne vaut pas la peine, les flottes sont trop petites. L’accord conclu, avec l’Autriche notamment, prévoit que ce sont eux, les ÖBB, qui investissent.

Prévoyez-vous de réintroduire des liaisons de nuit entre la Suisse et des pays étrangers?

Les liaisons de nuit, nous en faisons déjà en collaboration avec nos collègues autrichiens. Nous voulons renforcer l’Autriche - notre premier marché aujourd’hui - et l’Allemagne. Puis réintroduire ensuite l’Italie et l’Espagne.

Et du côté français? 

Il y a aussi des perspectives. Il y a notamment un fort intérêt des Suisses pour la région bordelaise.

Pouvez-vous lever un grand mystère: que contient la petite valise à roulettes que les contrôleurs ont toujours avec eux?

Rien de bien mystérieux! Ils ont leurs effets personnels, une batterie de rechange pour leur téléphone, de la nourriture, une boisson... Dans le passé, ils avaient surtout beaucoup de paperasse, les horaires des trains... Cela a beaucoup changé, aujourd'hui tout est digitalisé!