Examen approfondi du choix de l’avion Gripen

Investigation Une sous-commission du Conseil national va vérifier les accusations

Ce n’est pas demain que les Gripen voleront dans le ciel suisse. Au sein de la Commission de politique de sécurité (CPS) du Conseil national, le scepticisme est grand. Entre ceux qui jugent cet appareil inadapté aux besoins de défense de la Suisse et ceux qui estiment que le remplacement des vieux Tiger n’est pas une priorité, il est difficile de trouver des avocats de l’avion suédois dans cette commission.

Celle-ci veut cependant faire la lumière sur les procédures qui ont conduit le Conseil fédéral à préférer le Gripen au Rafale français et à l’Eurofighter. Elle a recomposé mardi la sous-commission de sept membres qui s’était mise au travail il y a trois ans déjà et qui avait auditionné les représentants des trois groupes candidats, qui s’y connaissent en matière de lobbyisme.

Cette commission reste placée sous la présidence de Thomas Hurter (UDC/SH), pilote et instructeur de profession que le choix du Gripen laisse perplexe. A côté de lui, deux autres membres de son parti, Yvan Perrin (NE) et Hans Fehr (ZH), tout aussi circonspects, le démocrate-chrétien Jakob Büchler (SG), les socialistes Evi Allemann (BE) et Pierre-Alain Fridez (JU), ainsi que la libérale-radicale Corina Eichenberger (AG).

Courrier anonyme

La CPS a demandé au bureau du Conseil national l’autorisation de désigner un huitième membre afin que les petits partis puissent aussi être représentés dans cette instance. Si la requête est acceptée, c’est le Vert argovien Geri Müller qui complétera l’effectif.

«A l’unanimité, la sous-commission a reçu la compétence de consulter tous les documents et d’interroger toutes les personnes qu’elle souhaite», précise la présidente de la CPS, Chantal Galladé (ZH). Mais une sous-commission n’a pas les pouvoirs d’une commission de gestion, de sorte que l’étendue de son champ d’investigation devra encore être clarifiée, précise Yvan Perrin. «Mais personne n’a envie de donner le sentiment que quelque chose a été caché. La sous-commission refera tout l’historique du choix du Gripen à la lumière de certains éléments récemment évoqués», ajoute-t-il.

Il fait allusion au courrier anonyme qui a été envoyé à certains médias et à certains membres de la CPS, dans lequel figurent de graves accusations (LT du 24.01.2012). Dans ce document de cinq pages rédigé en français, plusieurs noms de personnes sont mal orthographiés. Signé par un obscur «Groupement pour une armée crédible et intègre», il contient cependant des accusations qui circulaient déjà sous le manteau. Yvan Perrin le décrit comme «une version exhaustive des rumeurs».

La sous-commission est invitée à faire part de ses conclusions dans les meilleurs délais. Chantal Galladé espère qu’elle y parviendra d’ici à fin avril, mais Yvan Perrin juge ce calendrier très optimiste. Ce sera plutôt pour fin juin. «Nous voulons avoir une vue précise de ce dossier avant de traiter la demande d’achat des Gripen. Les enjeux financiers sont considérables (ndlr: 3,1 milliards) et peuvent avoir une incidence sur d’autres secteurs du budget fédéral», souligne la présidente de la CPS.