Syrie

Face à l’impasse: le tour de passe-passe de Staffan de Mistura

Les négociations de Genève sur la Syrie sont au bord de l’explosion

L’inventivité diplomatique n’a pas de limites. Lundi, la planète qui tourne autour du conflit syrien guettait l’allure (fatiguée) et le visage (livide) de l’émissaire de l’ONU Staffan de Mistura. Allait-il se résoudre à annoncer une nouvelle «suspension» des pourparlers de Genève, après que les combats ont repris dans plusieurs villes de Syrie et principalement à Alep? Fallait-il, tout de go, annoncer la mort de cet exercice diplomatique, tandis que les deux camps, jusqu’ici, n’ont pas rapproché leurs positions d’un millimètre? L’habile envoyé spécial de l’ONU a sorti un nouveau lapin de son chapeau: pour exprimer «sa préoccupation et sa frustration», la délégation de l’opposition syrienne ne se rendra plus «formellement» au Palais des Nations. Mais elle restera à Genève et, de son hôtel, poursuivra des «discussions techniques» avec l’équipe de de Mistura. Un tour de prestidigitation qui s’apparente fort à une manière désespérée de gagner du temps.

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Les mauvaises nouvelles n’ont cessé de s’accumuler ces derniers jours sur le bureau du responsable de l’ONU. A l’approche de l’ouverture de ce nouveau round de discussions, l’armée syrienne (toujours épaulée par la Russie malgré le «retrait» de Syrie annoncé par Vladimir Poutine) avait lancé des attaques sans précédent sur les quartiers d’Alep tenus par l’opposition. Dans le même temps, les Syriens ont été appelés aux urnes la semaine dernière et, sans surprise, ont donné «une large victoire» aux candidats présentés par le régime, élisant chacun d’eux. Des messages à ce point limpides qu’ils provoquaient une moue de dégoût de la part d’un diplomate occidental proche du dossier: «Bachar el-Assad fait tout ce qu’il peut pour saboter ces discussions», assénait-il la semaine dernière.

Entre-temps, la situation n’a fait pourtant qu’empirer. L’aide humanitaire, l’autre amélioration attendue par l’ONU aux côtés du cessez-le-feu pour faire progresser les pourparlers? Les convois humanitaires atteignent les civils syriens au compte-gouttes. Et non sans qu’une partie de leur chargement, dont les biens médicaux, soient interdits d’accès par les barrages installés par les forces pro-régime. Ailleurs, et notamment dans la province de Lattaquié, les barils emplis d’explosif ont recommencé de pleuvoir dans les zones tenues par l’opposition.

L'impatience est de mise

«Personne ne peut nier que les combats sont devenus inquiétants», concédait Staffan de Mistura avant de dévoiler son tour d’illusionniste. Mohammed Allouch, le négociateur en chef du côté de l’opposition, prenait moins de gants à l’heure de décrire ce que lui inspiraient ces développements: «Ne faites pas confiance au régime et n’attendez pas leur pitié», lançait-il sur son compte Twitter entre deux séances de négociations. Avec cette suite, tirée d’un passage du Coran: «Frappez-les à la nuque. Frappez-les partout.» Allouche est un membre de Jaish al-Islam, un groupe islamiste particulièrement puissant dans les environs de Damas, et qui est entré à reculons dans les négociations, ce qui explique sans doute la place de choix qui lui a été donnée au sein de la délégation. Mais il a lui-même fort à faire pour convaincre son groupe que ce qui se passe à l’ONU n’est pas une pure farce. Lundi, Jaish al-Islam publiait un communiqué assurant que personne ne le représentait à Genève et qu’il n’était pas concerné par ce processus diplomatique.

L’impatience est la même au sein de l’Armée syrienne libre, qui demandait publiquement aux négociateurs de l’opposition d’adopter des ««positions dures» face aux «demi-solutions arrangées par le régime et par Mistura».

De fait, aussi bien les forces loyalistes que les troupes de l’Armée syrienne libre continuaient d’acheminer des renforts en direction d’Alep, semblant peu impressionnés par les tours de magie déployés par Staffan de Mistura. En réalité, c’est un vrai appel à l’aide qu’a aussi lancé le diplomate, comme en passant, enjoignant la Russie et les Etats-Unis, les deux présidents du processus, à se réunir sans délai à ce sujet. Un diplomate fait le sous-titre: «Les deux parrains ont baissé la pression par rapport aux premières semaines d’entrée en vigueur du cessez-le-feu. S’ils ne s’accordent pas immédiatement, l’engrenage deviendra de plus en plus infernal.» Message reçu: Vladimir Poutine et Barack Obama se sont mis d’accord lundi lors d’une conversation téléphonique pour renforcer le cessez-le-feu et l’aide humanitaire.

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