C'est comme la réplique d'un tremblement de terre. Le séisme financier qu'a provoqué la chute de Lehman Brothers a laissé en suspension près de 300 milliards de dollars sous forme de dérivés de crédit. Hier, vendredi, la poussière a commencé à retomber: on va enfin pouvoir compter les morts.

A New York, quelque 350 acheteurs et vendeurs de contrats d'assurance (CDS) sur les risques de défaut de Lehman Brothers se sont mis d'accord, sous forme d'enchères, sur qui doit combien d'argent à qui maintenant que Lehman Brothers est dans l'incapacité de rembourser ses 618 milliards de dollars de dettes.

Sur ce montant total, environ 300 milliards seraient couverts par des CDS. En anglais, ce sont des «credit default swap», la forme la plus répandue de dérivés de crédit. Il s'agit d'un contrat d'assurance par lequel le vendeur du CDS garantit la dette d'un tiers, ici Lehman, à l'acheteur, moyennant paiement, par ce dernier, d'une prime.

Les enchères d'hier ont déterminé que pour 1 dollar prêté à Lehman, on pouvait espérer, dans la masse en faillite, en récupérer 8,625 cents. Autrement dit, les vendeurs de CDS sur Lehman vont devoir payer quelque 270 milliards de dollars à ceux qu'ils ont assurés contre une telle faillite.

Mais qui sont les vendeurs de CDS sur Lehman, et pour combien? C'est la question qui, cette semaine, a rendu tout le monde nerveux. Le marché des CDS, évalué à 55 000 milliards de dollars, est actuellement libre de toute régulation, et ces contrats ont jusqu'ici été vendus de gré à gré, sans qu'aucune autorité ne dispose d'une vision d'ensemble. D'abord utilisés comme des contrats d'assurance, les CDS ont peu à peu été échangés comme des instruments de paris sur la santé financière des émetteurs de dette. En l'espace de sept ans, ce marché a centuplé. Les principaux acteurs en sont les banques d'affaires, comme Morgan Stanley, Goldman Sachs, et Lehman elle-même, mais aussi les grandes banques commerciales, ainsi que d'importants et nombreux hedge funds. L'assureur AIG, sauvé de la faillite par l'Etat américain, était lui aussi un gros émetteur de CDS.

Selon toute vraisemblance, ce sont ces établissements, déjà vacillants, qui ont dû massivement vendre sur les marchés cette semaine, dans la perspective de devoir honorer plus de 270 milliards d'engagements.