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Les Falashas se révoltent

La colère des juifs noirs d’Ethiopie a débuté au début de l’année lorsque des habitants d’une ville du sud d’Israël ont refusé de leur vendre ou de leur louer un appartement

En Israël, les juifs d’Ethiopie se révoltent contre les discriminations

Proche-Orient La colère des Falashas a débuté lorsque des habitants d’une ville ont refusé de leur vendre ou de leur louer un appartement

«Ne me regardez plus comme un sauvage», lance Molat Araro. Cet homme de 26 ans était encore récemment complètement inconnu dans la communauté des Falashas, les juifs noirs d’Ethiopie, dont il fait pourtant partie. Encore plus dans le reste de l’Etat hébreu où ces Africains qui passent pour les descendants de la mythique reine de Saba se font habituellement forts discrets.

Mais tout a changé lorsque cet étudiant en éducation physique a entamé seul, muni d’un drapeau israélien et le visage à moitié peint en blanc, une longue marche contre le racisme. Un pèlerinage sous la pluie qui l’a mené de Kiryat Malahi, une petite ville du sud d’Israël dont 20% des habitants sont des Falashas, jusqu’aux portes de la Knesset (parlement), à Jérusalem.

Là, 5000 autres Falashas l’attendaient pour se plaindre des discriminations dont ils sont victimes. «Lorsque nos parents ont émigré en masse au début des années 1980, ils pensaient qu’ils s’envolaient vers le paradis, mais ils n’ont rencontré que du mépris», raconte Adissu Mohal, un quadragénaire employé comme manœuvre dans un supermarché. «Moi, il ne se passe pas un jour sans que l’on me traite de jouk (cafard) en raison de la couleur de ma peau.»

La grogne des Falashas a éclaté il y a deux semaines lorsque des habitants blancs de Kiryat Malahi se sont engagés par écrit à ne pas louer ou vendre un bien à des Noirs. Un pacte conclu avec l’accord de la mairie. «On ne veut pas de ces merdes dans nos immeubles», avaient alors proclamé des habitants de la ville devant une caméra de télévision.

Enfants refusés à l’école

Les Falashas, qui n’avaient plus manifesté depuis 1995, sont donc descendus dans la rue. «Nous en avons assez que notre sang soit juste bon pour l’armée», scandaient-ils à l’intention de ceux qui leur refusaient l’entrée de leur immeuble. «Nous sommes comme vous, écoutez-nous!»

Convoquée par la Knesset, la ministre de l’Immigration et de l’Intégration, Sofa Landver, a nié l’existence d’un problème. Dans la foulée, cette thérapeute née à Leningrad a estimé que les Falashas feraient mieux de se taire. Et qu’ils «devraient être reconnaissants envers l’Etat pour tout ce qu’il fait pour eux».

C’est ce mépris qui a poussé 5000 ex-Ethiopiens à accueillir Molat Araro à son arrivée à Jérusalem. Dans l’attente de manifester en plus grand nombre encore à Tel-Aviv d’ici à la fin de l’hiver. «En Israël, on n’obtient rien si l’on ne crie pas. Le moment est venu, car notre situation n’est plus tenable», lâche Kfissa, une mère célibataire dont les deux filles âgées de 8 et 11 ans restent à la maison parce qu’une école refuse de les accepter. «Nous en avons assez d’être juste bons à mendier des aides sociales et à vider les poubelles pour un salaire de misère», dit-elle.

Les Falashas ne sont pas plus de 100 000 en Israël. Ils représentent 1,5% de la population et n’ont aucune influence politique. Signe de leur malaise, depuis dix ans, les meurtres familiaux se sont multipliés au sein de leur communauté. Dans 30 cas au moins, un Falasha sans emploi et devenu dépressif a tué son épouse et ses enfants avant de mettre fin à ses jours. Plusieurs dizaines d’autres ont tenté de passer à l’acte sans parvenir à leurs fins.

Conscient de la gravité du problème, le Ministère de l’immigration a commandé une étude en 2009, mais ses résultats sont tellement accablants pour la politique d’accueil de l’Etat hébreu que les chapitres les plus sensibles ont été gardés secrets.

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