Les quatre Académies suisses des sciences – naturelles, techniques, médicales et humaines – se montrent catégoriques sur ce point: «Le particularisme du système éducatif présente un nombre croissant d’aspects négatifs.» Il faut donc transférer l’éducation au niveau fédéral, réforme – ou révolution – nécessaire pour assurer à la fois la mobilité des élèves et des familles, la pérennité des financements et la coordination scolaire. C’est la mesure phare préconisée par un livre blanc publié lundi, Une éducation pour la Suisse du futur.

Présidé par Walter Ch. Zimmerli, président de la Brandenburgische Technische Universität en Allemagne, le groupe de travail des Académies a imaginé les contours du système de formation helvétique en 2030. La démarche s’inscrit dans le contexte de la baisse d’intérêt des jeunes pour les sciences, et des débats sur la place des mathématiques et autres disciplines dans les programmes de maturité. Mais les auteurs sont allés plus loin, tentant de concilier valeurs humanistes et contraintes économiques: «L’être humain et le développement de tous les aspects de sa personnalité pertinents pour le capital humain se trouvent au cœur de l’éducation», postulent-ils.

Un département fédéral?

Pour que la formation acquière le caractère stratégique qu’elle mérite, elle doit passer, au moins en partie, sous la coupe de la Confédération. Au primaire la culture locale, mais dès le secondaire, il s’agira «de s’inscrire dans un environnement global, et de penser un système éducatif qui sera toujours plus en concurrence avec ceux d’autres pays», note Walter Ch. Zimmerli. Siégeant au comité de l’Académie des sciences humaines et sociales, l’ancien directeur de l’Office fédéral de la statistique Carlo Malaguerra précise: «Notre système éducatif actuel est bon, mais trop compliqué, il souffre d’une forme de fédéralisme mille-feuilles. Il faut le simplifier, et lui donner une tête.»

Partant, les experts remettent sur le tapis la création d’un département fédéral de la formation, la recherche et l’innovation, déjà demandée par les Chambres, mais dont le Conseil fédéral n’a jamais voulu entendre parler.

Ce livre blanc constitue un plaidoyer pour la formation, rappelant au passage le besoin «d’une compréhension générale des sciences et de la technique, faisant partie intégrante de l’éducation et de la formation générale». Il faudra, disent les auteurs, augmenter l’effort national pour l’éducation, le portant à 20% des dépenses publiques et 10% du PIB – actuellement, la part d’un cinquième des dépenses totales est presque atteinte, mais ces montants ne représentent que 6% du PIB, un peu plus que la moyenne de l’OCDE. Il faut aussi songer à «réviser totalement le système des bourses d’études, afin d’en élargir l’accès», lance Peter Suter, président des Académies.

Un calendrier

Et les analystes plaident pour qu’à son horizon 2030, deux tiers des jeunes aient un titre supérieur, le double d’aujourd’hui. Ils s’en défendent, mais cette proposition sous-entend que la pratique de l’apprentissage aurait atteint ses limites. Fournissant un calendrier possible des opérations, les auteurs, audacieux, imaginent la fusion des services fédéraux chargés de la formation en 2012…

Ils appellent de leurs vœux un programme national consacré à l’éducation. De ces travaux découleraient notamment les futures lignes directrices pour les programmes des cours au primaire déjà, et surtout au lycée ainsi qu’au niveau des hautes écoles: dans cette perspective, il y aurait bien une centralisation du pilotage de l’école.

Concerné par ces propositions, le secrétaire d’Etat à l’Education et la recherche, Mauro Dell’Ambrogio, s’abstient pour l’heure de les commenter. Prudent, il rappelle que le cadre fédéraliste de l’école est ancré dans la Constitution, de même, depuis 2006, que l’obligation pour les cantons d’harmoniser leurs structures. Face aux soudains débats que suscite ce dernier point, à travers le plan national HarmoS, les savants font un raisonnement maximaliste: la culture du consensus débouche sur des situations «problématiques». Il faut donc passer à la vitesse supérieure, plaident-ils.

Débat public le 24 septembre à Bienne, Palais des Congrès, dès 13h30. Rens. et texte du livre blanc sur www.academies-suisses.ch