Les CFF ont de l’appétit. Ils ont besoin de beaucoup d’argent pour l’entretien du réseau et l’assainissement de la caisse de pension. Invité à s’exprimer mardi devant la Commission des transports du Conseil national, le patron de l’entreprise, Andreas Meyer, a sorti des chiffres qui donnent le vertige. Il faut un milliard pour rattraper le retard pris dans l’entretien du réseau et 100 millions par an pour éviter de nouveaux désagréments. Quant au découvert de la caisse de pension, il s’élève à 3 milliards et la Confédération est prête à prendre 1,1 milliard à sa charge. En résumé, les CFF attendent près de 3 milliards de la Confédération. Belle bataille politique en perspective.

Le Temps: Les usagers se plaignent de la multiplication des pannes et des retards. Jeudi matin encore, un train ICN a été supprimé entre Bienne et Genève. Que se passe-t-il?

Andreas Meyer: Nous regrettons ces pannes et les analysons en détail pour qu’elles ne se reproduisent pas. Mais dans le système ferroviaire, des perturbations peuvent survenir tous les jours, c’est le cas pour tous les chemins de fer du monde. Nos mesures montrent que nous avons amélioré notre ponctualité de 2% cette année par rapport à l’an dernier. Mais quand une panne se produit sur notre réseau très chargé, il y a tout de suite des conséquences pour beaucoup de voyageurs.

– Mais avez-vous conscience que la population n’a pas ce sentiment, qu’elle a plutôt l’impression que les problèmes sont de plus en plus fréquents?

– C’est une des raisons pour lesquelles nous avons commencé à mesurer, en 2008, la ponctualité des voyageurs transportés dès qu’un retard dépasse 3 minutes, ce qui est plus exigeant que par le passé. Il est vrai que, en fin de compte, c’est bien le sentiment des usagers qui prime. Cependant, il y a des impondérables, comme lorsque des vaches sont happées par des trains ou lorsque des accidents de personnes se produisent. On exige de nous une qualité suisse, nous voulons offrir une qualité suisse et nous tirons les enseignements de chaque incident afin qu’il ne se reproduise pas.

– On a aussi le sentiment que les pannes techniques sont plus fréquentes. Avez-vous un problème d’entretien du matériel roulant?

– Là également, le nombre de dérangements techniques est en diminution alors même que le trafic augmente. Ce sentiment est compréhensible mais ne reflète pas les prestations de nos 28 000 employés.

– Les problèmes sont pourtant réels. Et c’est parce qu’ils existent que la Commission des transports du Conseil national vous a auditionné cette semaine. Vous avez donné quelles explications aux parlementaires?

– Replaçons les choses dans leur contexte. En 2008, nous avons constaté qu’il était nécessaire d’intervenir sur certains points précis. Nous avons ainsi créé la «task force Romandie», qui a pour mission d’examiner la manière d’améliorer la ponctualité sur le réseau romand, principalement entre Lausanne et Genève, où la liaison n’était pas satisfaisante. Cette cellule a pris des mesures immédiates qui ont déjà porté leurs premiers fruits, puisque la ponctualité s’est améliorée.

– Mais encore?

– Nous avons commandé une étude pour analyser de manière systématique la qualité de notre réseau. Elle est en cours et sera terminée en fin d’année. La commission du Conseil national nous a demandé de présenter un rapport intermédiaire. C’est ce que nous avons fait. Ce document juge que la qualité du réseau est bonne. Vingt-deux catégories d’installations ont été analysées. L’entretien de la voie, c’est-à-dire aussi bien le rail que la ligne électrique aérienne, est la seule de ces catégories qui présente un besoin de rattrapage, et cela depuis le milieu des années 90. Nous faisons en sorte que la situation ne s’aggrave pas et que ce qui doit être rattrapé le soit rapidement. Mais cela prendra plusieurs années.

– D’où vient ce besoin de rattrapage? Les CFF ont-ils trop économisé?

– Le volume de trafic ne cesse de croître depuis la fin des années 90, mais les moyens pour l’entretien ont été réduits. Il est de plus en plus difficile de faire ces travaux parce qu’il y a toujours plus de trains qui circulent. Et l’on a sans doute cherché à utiliser les moyens publics de manière parcimonieuse.

– A combien se chiffre ce besoin de rattrapage?

– Ces prochaines années, un milliard de francs pour rattraper les retards. En plus, les besoins pour l’entretien des infrastructures vont augmenter d’environ une centaine de millions par an.

– Comment comptez-vous financer cela? Est-ce un moyen de justifier une augmentation des tarifs?

– L’augmentation des tarifs permet de renouveler le matériel roulant, notamment pour acquérir de nouveaux trains à deux étages. Par contre, l’exploitation et l’entretien de l’infrastructure résultent d’un mandat donné par la Confédération. La convention de prestations pour les années 2011 et 2012 est en cours de négociation. Nous allons montrer à la Confédération ce dont nous avons besoin. Elle a deux possibilités pour le financement. Elle peut puiser dans le budget public ou augmenter le prix des sillons, ce qui a des effets sur les coûts d’utilisation et peut ensuite entraîner une adaptation des tarifs. Mais c’est une décision politique.

– Vous demandez un milliard pour l’entretien du réseau, mais vous avez aussi besoin d’argent pour votre caisse de pension. Y a-t-il un lien entre les deux dossiers, dans l’espoir, par exemple, d’obtenir davantage que ce que la Confédération prévoit de payer pour assainir votre caisse de pension (1,1 milliard sur un découvert de3 milliards)?

– L’assainissement de notre caisse de pension est effectivement une affaire très difficile, aussi bien pour les CFF que pour nos collaborateurs. Mais nous n’avons pas l’intention d’exploiter un dossier pour faire pression sur un autre.

– Cela ne veut pas dire que le parlement n’établira pas un tel lien.

– La Confédération a des obligations vis-à-vis des collaborateurs. Elle doit contribuer à l’assainissement de notre caisse de pension, qui a été insuffisamment financée au départ. Et nous avons effectivement besoin de beaucoup d’argent et sommes conscients que les collectivités publiques en auront moins à disposition ces prochaines années. Mais les dossiers n’ont aucun lien entre eux.

– Attendez-vous du parlement qu’il augmente la contribution de la Confédération à l’assainissement de votre caisse de pension?

– Oui, et j’espère en tout cas qu’il ne la diminuera pas. Malgré cela, l’assainissement de la Caisse de pension reste une charge très lourde pour les CFF et les collaborateurs. Ceux-ci devront verser une grosse contribution pour assainir la caisse de pension et recevront des rentes moins élevées dès l’âge de 65 ans au lieu de 63 ans et demi. C’est dur pour eux, et je comprends leur déception. Pour les CFF aussi, l’assainissement coûte plus de deux milliards. Les CFF vont supprimer une cinquantaine des 750 emplois que comptent les gares de triage en Suisse. Aucun licenciement n’est prévu, précise l’ex-régie fédérale jeudi dans un communiqué.