allemagne

La fiction TV raconte l’intégration

Série à succès, «Türkisch für Anfänger» («Family Mix») aborde sur le ton de la comédie adolescente la cohabitation germano-turque

La fiction TV raconte l’intégration

En Allemagne, le choc des cultures, et les méandres de l’intégration, s’expriment aussi à la TV. Et quand, en mars 2006, le réseau Das Erste (ARD) choisit de lancer une série abordant le thème encore sensible de la présence turque, il ne prend pas des pincettes: la fiction s’appellera Türkisch für Anfänger. Le turc pour les débutants: on ne peut être plus clair.

Diffusée ce printemps sur la TSR sous le titre choisi en France, idiot, de Family Mix, Türkisch für Anfänger représente un joli coup de force. En riant, elle aborde la rencontre d’une certaine génération allemande post-68 et de l’immigration. Lena, l’adolescente turbulente, subit son mal-être existentiel au milieu d’un maelström: sa mère, une psy à l’éducation plutôt libre, se met en ménage avec un policier d’origine turc. Les enfants, deux de chaque côté, doivent cohabiter. Lena affronte désormais Cem, le jeune mâle, et Yagmur, la seule dévote – musulmane, évidemment – de cette tribu recomposée. La question du voile, les tâtonnements amoureux, les négociations constantes entre les règles immuables et le bouillonnement des ados; Türkisch für Anfänger fait feu de tout bois.

La série compte 52 épisodes, en trois saisons, jusqu’à décembre 2008. A cette heure, une quatrième saison n’est pas prévue, mais son auteur songerait à décliner le concept au cinéma. Ayant été diffusée en France, sur une chaîne du bouquet de Canal +, elle devrait être publiée en DVD avec sous-titres français, ou VF.

Belles audiences

Avec quelque 2,5 millions de fidèles, pour une part de marché de plus de 10%, le feuilleton a offert à son diffuseur de jolis scores dans le paysage très fragmenté de la télévision allemande. Elle a montré que le public était prêt à sourire de ces thématiques a priori délicates: la rencontre des deux cultures, le conflit de l’ado chrétienne dévergondée et de la musulmane appliquée, la tyrannie du nouveau grand frère macho, et surtout, le grand écart du père turc, rappelé à ses origines par ses propres enfants.

La fiction de Das Erste s’inscrit dans un courant bien connu en Grande-Bretagne, où ont fleuri des films traitant de la condition des secundos pakistanais.

Une tendance des séries TV

Le créateur, Bora Dagtekin, n’a pas eu à chercher loin pour nourrir son propos: son père turc avait épousé une Allemande. Sa stratégie, gagnante, a été de caler son histoire sur le ton de la comédie de 26 minutes. Un propos léger, qui lui permet de dégoupiller peu à peu, par l’humour et grâce au registre de la fiction adolescente, les grenades narratives qu’il a dans sa besace – et il n’en manque pas.

De plus, sa démarche répond à un souci général d’audace thématique chez les producteurs de fictions TV: quelques mois après cette série allemande, la chaîne canadienne anglophone CBC lançait La Petite Mosquée dans la prairie, qui dézingue tous les sujets chers aux partis populistes.

Pour la petite histoire, la maison filmée par la production à Berlin-Friedenau, dans laquelle s’installe la nouvelle famille biculturelle de Türkisch für Anfänger, est celle où vécut Günter Grass de 1963 à 1996. L’Allemagne a vraiment changé.

Publicité