Ils sont extrêmement rares les hommes politiques qui peuvent se vanter de remplir à craquer la grande salle de conférences du centre de presse du Palais fédéral. Dmitri Medvedev est à ce jour celui qui a obtenu en ces lieux le plus grand succès d’audience, faisant mieux encore que Christoph Blocher au plus fort de la crise avec la Commission de gestion sur les papiers Holenweger. Il faut dire que le président de la Fédération de Russie était accompagné d’une cinquantaine de représentants des médias de son pays, qui ont dû considérer Berne comme une capitale très provinciale.

Il y a des visites d’Etat qui, plus que d’autres, ramènent le pays hôte à ses modestes proportions tant est importante la différence, entre autres, des appareils, des cultures politiques et des moyens qui se trouvent brièvement confrontés l’espace d’une ou deux journées. Cela ne tourne pas nécessairement au désavantage de l’interlocuteur le plus modeste.

Eloge de la neutralité

En l’occurrence, l’attention portée par l’immense, sinon toute-puissante Russie du président Medvedev à la petite Suisse du président Merz est plutôt flatteuse pour la seconde. A cela s’ajoute que l’évocation des liens historiques et culturels ne doit rien ici à la courtoisie protocolaire qui est de mise en pareille circonstance mais repose sur des faits bien réels et des relations intenses à certaines périodes.

La traversée des Alpes orientales est moins familière au public romand que la traversée du Grand-Saint-Bernard par Napoléon. Militairement et humainement, c’est sans doute une épopée d’une dimension supérieure, qui demeure très vivante dans la culture russe, et incontournable dans l’évocation officielle des rapports entre les deux pays. Ni Hans-Rudolf Merz ni Dmitri ­Medvedev n’ont manqué de le rappeler lundi, de même que la contribution suisse aux développements architectural, artistique et technique de la Russie. Dmitri Medvedev est arrivé en fin de matinée à l’aéroport de Zurich, où il a été reçu par Hans-Rudolf Merz et Micheline Calmy-Rey, avant de gagner par le train la résidence du Lohn, près de Berne, où les deux délégations ont rejoint les autres membres du Conseil fédéral pour la réception officielle. En quatre heures de dialogue, les entretiens entre le président russe et une délégation du Conseil fédéral ont porté sur les relations bilatérales, les événements dans le Caucase, la situation économique mondiale et les enjeux du G20, la sécurité européenne et le désarmement.

Devant la presse, le président russe a insisté sur la stabilité qui caractérise le très important partenaire économique et investisseur qu’est la Suisse. Il a du reste rencontré en début de soirée, dans un grand hôtel bernois, la «crème de la crème», selon l’expression de son traducteur, des représentants de l’économie helvétique.

A propos de la sécurité en Europe, Dmitri Medvedev a insisté, ce qui n’est pas courant, sur l’importance de la neutralité helvétique. Evoquant la nouvelle architecture européenne de sécurité que Moscou souhaiterait mettre en place, il a relevé le fait que la Suisse n’appartient ni à l’OTAN ni à l’Union européenne et pourrait contribuer à l’établissement d’un dialogue. Dmitri Medvedev s’est encore félicité de la façon dont la Suisse, un pays sur lequel on peut compter, exerce son mandat de protecteur des intérêts russes en Géorgie.

A propos de la crise financière, le président russe a déclaré que les pays du G20 doivent se mettre d’accord sur une nouvelle forme d’organisation. D’une façon très générale, il a assuré que la présence de la Suisse dans les instances internationales mérite d’être soutenue, en raison de l’importance de sa place financière.

Quatre accords signés

Concrètement, la Suisse et la Russie ont signé lundi quatre accords portant sur la simplification de l’octroi de visas, la réadmission, l’aide humanitaire en cas de catastrophe et le sport (LT du 19.09.09). Le président russe poursuivra aujourd’hui sa visite par un déplacement en Suisse centrale, sur les traces notamment des événements historiques que partagent la Suisse et la Russie.

Aux yeux du grand public, enfin, cette visite d’Etat promet, plus que d’autres de laisser des souvenirs durables. Les deux ours ­offerts par le président russe nourrissent d’ores et déjà très largement les conversations.