Le FMI se cherchait un rôle. Ce sera peut-être celui de gendarme

Discréditée et peu démocratique, l'institution pourrait ressortir requinquée grâce à la crise.

Le Fonds monétaire international (FMI) a dérivé comme une instance d'aide au développement alors que l'ambition originelle était d'en faire une institution de régulation. Il est temps de le charger d'un rôle de surveillance de la stabilité financière mondiale.» C'est par cette phrase lancée le mois dernier, en pleine tourmente financière, que le président français et président en exercice de l'Union européenne (UE) Nicolas Sarkozy a remis l'institution sur le devant de la scène. Son futur rôle sera discuté par le G20 ce samedi à Washington.

C'est bien de l'avenir du FMI qu'il s'agit. Lorsque le Français Dominique Strauss-Kahn a pris la barre de l'institution l'an dernier, le Fonds se trouvait à la croisée des chemins. L'institution, qui vit des intérêts sur les prêts consentis, était tout d'un coup menacée par le manque d'entrées financières. Pour la première fois de son histoire, le FMI devait subir lui-même une cure d'amaigrissement. Qualifié de pompier sans incendie à éteindre, sa raison d'être est mise en cause.

C'est dans ce contexte que la crise des «subprime» éclate aux Etats-Unis, puis en Europe et déborde sur la finance internationale. Depuis, le FMI a retrouvé une nouvelle vie. Au début de ce mois, il a débloqué 16 milliards de dollars à l'Ukraine, 15 milliards à la Hongrie et 2 milliards à l'Islande. «Mais l'institution ne dispose actuellement que de 250 milliards de dollars, une somme dérisoire si de nouveaux clients frappent à sa porte, fait remarquer Jean Imbs, professeur d'économie à l'Université de Lausanne. A titre de comparaison, les Etats-Unis ont débloqué 700 milliards de dollars pour sauver les banques et assurances.»

Pour remplir ses caisses, le FMI regarde en direction de la Chine et des monarchies pétrolières du Golfe qui disposent d'énormes excédents financiers. Selon Gordon Brown, premier ministre britannique, qui vient de faire une tournée dans le Golfe, certains pays annonceront des contributions lors du sommet du G20. Le Japon a annoncé vendredi qu'il y mettrait 100 milliards de dollars.

Désormais, Dominique Strauss-Kahn caresse de nouvelles ambitions pour le FMI, au-delà de la mission de secourir les pays pauvres. Il a déjà gain de cause puisque la dernière assemblée générale lui a confié le mandat de diagnostiquer la crise et de proposer les voies à suivre. Il revendique le rôle de gendarme de la finance mondiale et la mise en place d'un mécanisme d'action rapide en case de crise. Le premier ministre britannique Gordon Brown et la chancelière allemande Angela Merkel vont dans le même sens et demandent que le FMI mette aussi en place un système d'alerte pour prévenir de nouvelles crises.

La voix au chapitre

«Toutefois, le refinancement du FMI mais aussi la décision de lui donner un nouveau rôle de surveillance ne passeront pas s'il n'y a pas des réformes institutionnelles, notamment de son système de vote, poursuit Jean Imbs. Mis en place en 1944, le système actuel est obsolète et absurde.» Le comité directeur du Fonds ne reflète pas le poids réel des membres. Avec 17% des voix, les Etats-Unis disposent d'un droit de veto. Pour l'heure, rien ne dit que Washington renoncera à ce privilège. Quant aux pays européens, ils y occupent 8 des 24 fauteuils de directeurs. «Une redistribution des sièges européens n'est pas à l'ordre du jour, affirme Marine de Carne, porte-parole de la France au sein de la Commission européenne. Mais évidemment la question va se poser et il faudra trouver un équilibre.»

Une autre pratique contestée concerne les nominations de directeurs au FMI et à la Banque mondiale. Selon un vieil arrangement transatlantique, le premier revient toujours à un Européen et l'autre à un Américain. L'an dernier, les Européens avaient laissé entendre que la direction de la Banque pourrait être attribuée à un ressortissant d'un pays du Sud.

Théoriquement, il y a unanimité autour de la nécessité des réformes. Cette volonté existe même depuis longtemps et quelques chantiers ont été ouverts. Mais force est de constater qu'ils n'ont abouti qu'à quelques changements cosmétiques. Dans le cadre du sommet du G20, à part les déclarations d'intention, les Européens n'ont pas mis de proposition concrètes sur la table. Et, pour l'heure, les Américains n'ont rien dit sur le sujet. Les pays émergents attendent de voir.

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