Fracture énergétique: 2015, l’année de l’Asie

Matières premières Les pays les mieux positionnés pour tirer bénéfice d’un repli du prix de l’énergie sont l’Inde, le Vietnam, l’Indonésie et la Thaïlande. Ils bénéficieront d’un «coup dur positif» à double, voire triple, titre

2014 a été l’année des élections dans plusieurs marchés émergents tels que la Turquie, l’Indonésie, l’Inde, le Brésil et l’Afrique du Sud. Pour tous, mais plus particulièrement pour l’Inde et le Brésil, les marchés boursiers ont fortement réagi aux nouvelles électorales avant, pendant et après l’événement.

2015 sera l’année de la fracture en raison du début imminent du cycle des taux d’intérêt américains et de la faiblesse structurelle des prix de l’énergie. Le super-cycle du pétrole s’estompe lentement alors que la révolution des schistes et des eaux profondes écarte les craintes d’un pic pétrolier et que la demande pétrolière du monde occidental décline structurellement. En outre, la technologie diminue de façon incrémentielle les coûts de production. Bien entendu, des pointes temporaires inhérentes aux événements géopolitiques se produiront parfois, mais l’ensemble des prix de l’énergie restera probablement déprimé au moins en 2015. Par conséquent, le temps où les trois régions émergentes évoluaient largement de concert est révolu. Avec la faiblesse structurelle des prix de l’énergie, les pays importateurs nets d’énergie auront de nouveau l’avantage.

Les investisseurs devraient donc se positionner en conséquence et se concentrer sur les pays qui sont moins vulnérables ou qui bénéficient du recul du prix de l’énergie. Les bénéficiaires d’un tel repli sont en général les pays importateurs nets d’énergie. Ceux qui devraient particulièrement en tirer parti sont les pays où le prix de l’énergie constitue une composante importante dans le panier de l’inflation, les pays qui conduisent une politique de subvention de l’énergie coûteuse, qui affichent des déficits budgétaires et des taux d’inflation élevés. Le transfert de richesse peut déjà s’observer en étudiant l’évolution des termes des échanges entre exportateurs et importateurs nets d’énergie. Les termes des échanges sont le ratio entre les prix d’exportation et d’importation d’un pays. Une amélioration du ratio signifie que le pays connaît un transfert de richesse du reste du monde. Les marchandises qui sont exportées vers le reste du monde rapportent plus d’argent que les produits achetés dans les autres pays.

Les exportateurs nets d’énergie et les pays notoirement dans une situation désavantageuse et qui sortent de l’équation sont la Russie, la Colombie, le Brésil, le Mexique et la Malaisie. Oui, même le Mexique, malgré le fait que, dans le MSCI Mexique, l’exposition au secteur de l’énergie est de 0%. Au Mexique, les revenus pétroliers en pour-cent du total des recettes fiscales représentent 34%. Ainsi, le recul du prix du brut a un impact négatif sur le budget mexicain; il est un frein aux dépenses gouvernementales et, finalement, au taux de croissance du PIB. Bien que le Mexique soit moins exposé à la baisse des prix de l’énergie que d’autres, les investisseurs devraient se concentrer sur les pays où un tassement du prix de l’énergie a un effet bénéfique à autant de niveaux que possible.

Les pays les mieux positionnés pour tirer bénéfice d’un repli du prix de l’énergie sont l’Inde, le Vietnam, l’Indonésie et la Thaïlande. Les pays mentionnés ci-dessus bénéficieront d’un «coup dur positif» à double, voire triple, titre. Tout d’abord, le recul du prix de l’énergie permettra de réduire le coût des subventions du carburant et par conséquent entraînera un déficit budgétaire moindre. Un autre impact positif est la pression à la baisse sur les taux d’inflation. Un taux d’inflation plus faible augmentera par ailleurs la probabilité que les banques centrales réduisent les taux d’intérêt, ce qui est positif pour la croissance du PIB et, in fine, pour le marché boursier.

Si une banque centrale ne réduisait pas les taux d’intérêt, son pays pourrait néanmoins tirer profit d’une augmentation des taux d’intérêt réels qui sont généralement favorables à la monnaie nationale. D’une manière ou d’une autre, un taux d’inflation plus faible sera positif. Notons en passant la réaction rapide du gouvernement indien qui a mis au rebut les subventions sur le diesel. L’impact positif futur sur le déficit budgétaire indien ne passera certainement pas inaperçu auprès des agences de notation. Une étude récente a tenté de quantifier l’impact du recul du prix de l’énergie sur la croissance du PIB et des taux d’inflation. L’étude a conclu que sept des huit pays asiatiques pourraient en bénéficier. L’exception revient à la Malaisie, qui est un exportateur net d’énergie.

2015 sera l’année de l’Asie émergente. Les pays asiatiques sont les bénéficiaires du recul du prix de l’énergie. En particulier l’Inde, le Vietnam, l’Indonésie et la Thaïlande. Le transfert de richesse est déjà visible dans l’évolution des conditions des échanges.

* Emerging Markets Equity Strategist, banque Julius Baer

Avec la baisse des prix de l’énergie, les pays importateurs nets d’énergie auront de nouveau l’avantage

Le temps où les trois régions émergentes évoluaient largement de concert est révolu