Selon le Tages-Anzeiger , la direction de l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich (EPFZ) sait qui des trois personnes impliquées dans le plus grand cas de fraude scientifique de son histoire a falsifié des données de recherche fondamentale en chimie. Il s’agirait du candidat au doctorat de chimie qui a obtenu son titre sur la base des résultats manipulés. Il a quitté l’EPFZ depuis longtemps et travaille actuellement comme analyste financier auprès d’UBS. Porte-parole de l’EPFZ, Roman Klingler a déclaré: «Pour des raisons juridiques, il ne m’est pas possible de commenter ce cas. Le Tribunal administratif fédéral, dans une mesure superprovisionnelle, interdit toute information à ce sujet.»

Professeur responsable de la recherche à l’époque des faits, en 1999 et 2000, Peter Chen a remis lundi son mandat de vice-président de l’EPFZ pour ne pas nuire à la réputation de l’institution. Il est en effet dans cette fonction responsable de la qualité de la recherche. Soupçonnant des irrégularités, il a lui-même en janvier 2009 demandé à la direction de mettre sur pied une commission d’experts composée de trois professeurs extérieurs et de deux professeurs de l’établissement. La commission est arrivée à la conclusion que certaines expériences – liées à l’analyse structurale spectroscopique de radicaux d’hydrocarbure – avaient été truquées pour arriver aux résultats voulus.

La manipulation est avérée, mais les trois personnes entrant en ligne de compte ont chacune nié toute responsabilité. De plus, les carnets de laboratoire et les données brutes ont mystérieusement disparu. Selon le rapport de la commission d’experts que le Tages-Anzeiger s’est procuré, seul le candidat au doctorat a pu manipuler les données. Aucun autre chercheur ayant accès à l’ordinateur où ont été effectuées les mesures contestées n’avait les connaissances nécessaires pour falsifier les données. La commission a demandé à l’auteur de la thèse de doctorat de retirer son travail, ce qu’il a fait dans un premier temps, avant de revenir sur sa décision. Dans une procédure juridique encore en cours, l’EPFZ doit décider si elle lui retire son titre de docteur.

Procédure claire

L’EPFZ a fixé depuis 2004 la procédure à suivre en cas de soupçon de fraude scientifique. Une personne de confiance externe à l’institution examine les cas qui lui sont soumis. Occupant cette fonction depuis 2007, le professeur honoraire Werner Bächtold est peu sollicité et n’a jamais été saisi d’un véritable cas de fraude. «La plupart du temps, je suis consulté dans des conflits concernant les auteurs d’une publication. J’ai eu à m’occuper de quatre cas de plagiat, mais c’étaient des travaux de chercheurs de l’EPFZ qui avaient été copiés.» Il estime que les manipulations de données sont extrêmement rares: «Je ne crois pas qu’il y ait beaucoup de cas non découverts. Les plagiats, en revanche, sont un problème bien plus grand.»

L’EPF de Lausanne a des directives sur l’intégrité dans la recherche depuis 2006. Nommé en juin 2009, son ombudsman à la recherche, Bernard Rossier, ancien doyen de la Faculté de médecine de l’Université de Lausanne, relevait dans un communiqué de l’EPFL que «les grandes fraudes, comme l’invention pure et simple de données, sont rares».