La guerre n'est jamais populaire. Dès son lancement, celle menée par les Etats-Unis en Irak avait tout pour provoquer un réflexe de rejet. Washington agissait sans mandat onusien et sans avoir convaincu du bien-fondé du motif justifiant son intervention militaire: trouver et éliminer les armes de destruction massive du régime irakien.

Les armes? Il n'y en avait pas. Puis même la chute de Saddam Hussein n'a pas rétabli la stabilité dans la région, bien au contraire. Il n'est donc pas étonnant que les opinions mondiales attendent du prochain président qu'il retire les troupes américaines d'Irak. Le plus vite possible.

Une majorité écrasante plaide pour le retrait dans tous les pays où la question a été posée. L'opinion polonaise est aussi déterminée que les opinions française ou canadienne. La Pologne a combattu en Irak aux côtés des Etats-Unis, pas la France ni le Canada.

Dans tous les pays concernés par le sondage, il se trouve une majorité (de 50 à 68%) des partisans d'un retrait américain d'Irak pour demander que celui-ci intervienne dans le courant de l'année prochaine. Les réalistes, qui pensent que ce retrait devrait avoir lieu dans les cinq prochaines années, ne sont qu'un quart à un tiers du groupe des sondés partisans du retrait.

Sur ces questions stratégiques, les Suisses, caractérisés par leur appartenance à un pays sans expérience militaire en raison de sa neutralité, ne se distinguent pas des autres groupes de sondés. Peut-être peut-on dire qu'ils sont les plus réalistes: parmi les partisans d'un retrait américain, la part de ceux qui plaident pour un délai de cinq ans n'est nulle part ailleurs aussi élevée qu'en Suisse (36%).

La grande peur face à l'Iran

L'autre question militaire concerne l'Iran. Les résultats sont plus nuancés et un peu plus surprenants. Quatre Suisses sur dix, quatre Anglais sur dix et cinq Polonais sur dix sont d'avis que le prochain président américain doit conserver la marge de manœuvre d'attaquer l'Iran. Certes, ce ne sont pas des majorités, mais les taux sont significatifs. Un tiers des Français et presque un Canadien sur trois sont aussi d'avis qu'il ne faut pas exclure la force contre l'Iran. Dans tous ces pays, les personnes prêtes à admettre l'idée d'une guerre contre le régime des mollahs sont plus nombreuses que celles qui estiment nécessaire de poursuivre la guerre en Irak au nom d'une stabilité régionale encore loin d'être atteinte.

Ces résultats reflètent la peur massive que provoque l'Iran du président Ahmadinejad. Osons cette question: la menace iranienne n'est-elle pas surestimée par les mêmes qui sous-estiment le risque d'instabilité que provoquerait un retrait rapide des Etats-Unis?

Enfin, observons que le pays le plus réticent à envisager une attaque contre l'Iran est le Japon (70% des sondés l'excluent, contre 57% en Suisse). Le Japon qui se souvient sans doute d'avoir lui-même été bombardé...