La question, Fulvio Pelli devra se la poser. Même si le président des libéraux-radicaux suisses, poussé par la section tessinoise à se lancer dans la course à la succession de Pascal Couchepin, se la pose certainement depuis longtemps. «Il a, au fond de lui, envie de se lancer, c’est évident», estiment certains de ceux qui le connaissent. Ce n’est en revanche pas l’avis de son ancien bras droit à la présidence du parti, le Valaisan Léonard Bender: «J’ai le sentiment profond qu’il n’est pas candidat. Car, pour Fulvio Pelli, mener le PLR aux élections de 2011 constitue une mission.» Une mission qui lui permettrait de mesurer, enfin, son action dans les urnes après le piètre résultat du parti lors des élections fédérales de 2007.

Fulvio Pelli conseiller fédéral? Le Luganais – pour autant que le siège reste radical – reste le mieux placé. Mais le député tessinois sait brouiller les pistes. Personnage très contrasté, tantôt impénétrable, tantôt exaspéré, charmeur froid, ressenti comme arrogant mais qualifié de chaleureux par les siens, Fulvio Pelli est devenu – malgré des ennemis à l’interne – incontournable dans son parti. Eu égard, notamment, à son CV politique.

S’il n’a jamais siégé dans un exécutif, contrairement à son père qui fut maire de Lugano, Fulvio Pelli a néanmoins gravi des échelons décisifs. Dont la présidence du PRD tessinois, poste qu’il a occupé plus de dix ans et où il fut confronté à la montée en puissance de la Lega et aux tensions entre l’aile radicale et les libéraux du parti. Le juriste et président de la Banque cantonale du Tessin a ensuite poursuivi sa carrière à Berne en tant que chef du groupe parlementaire aux Chambres, puis patron de la formation nationale depuis 2005.

Unicité et rigidité

«Fulvio Pelli, raconte un observateur, a toujours un peu pratiqué la politique comme on le ferait dans un cabinet.» Plus intéressé par les jeux en sous-main, le Luganais ne semble pas être un grand fan de la confrontation populaire. Les calculs en coulisses doivent primer sur les coups d’éclat, et aucune voix discordante ne doit ébranler l’unicité de la formation vis-à-vis de l’extérieur.

Fulvio Pelli – qui ne s’est jamais vraiment entendu avec Pascal Couchepin – semble vouloir façonner son parti à son image, faite d’une grande maîtrise de soi. Même si sa doctrine bute sur les conceptions de certains radicaux alémaniques, parmi lesquels il ne compte pas que des amis. Mais s’il ne veut montrer aucune faille, le président «a aussi un tempérament sanguin».

Au Tessin, on se souvient ainsi d’avoir vu Fulvio Pelli «tonner en direct à la télévision tessinoise». A Berne, on évoque des incidents, certes rares mais du même type, lors des séances du groupe. Comme celui qui, récemment, a vu le député tessinois remonter vertement les bretelles de l’Argovien Philipp Müller, qui avait jugé judicieux, dans les médias, de faire disparaître la distinction entre fraude et évasion fiscale à l’étranger. Dans le même registre, le vice-président du PLR, Ruedi Noser, a lui aussi provoqué des sueurs froides chez son président, en se prononçant pour l’abolition de tous les forfaits fiscaux accordés aux étrangers…

L’épisode avait d’ailleurs valu au président du PLR quelques critiques internes sur son «orthodoxie». «Ruedi Noser est certes allé un peu loin», notait alors un radical alémanique. «Mais Fulvio Pelli et Gabi Huber (la cheffe du groupe, ndlr) ont tendance à vouloir imposer une unité de doctrine très fermée.» (LT du 17.03.2009). Quand l’industriel Johann Schneider-Ammann montre du doigt les bonus perçus par les dirigeants UBS, Fulvio Pelli, rappelle-t-on alors, se braque sans éprouver la moindre compréhension à l’égard de ceux qui s’en indignent.

Le travail, estime Fulvio Pelli, se mesure sur le long terme, sans fioritures. Or, l’équation ne s’est pas toujours révélée très heureuse: la campagne des «quatre projets d’avenir» imaginés par le Tessinois, mettant en avant «la Suisse de l’intelligence, de la croissance, de l’ouverture et de l’équilibre», a ainsi été qualifiée de trop élitiste. Et absconse. «Fulvio Pelli, résume un observateur, ce n’est pas la Suisse d’en bas.»

Mais, aux yeux du Tessinois, ce sont les thèmes qui importent. Et la concordance, quitte à élire Christoph Blocher au Conseil fédéral en 2003 comme en 2007, fût-ce par résignation et en rappelant que son parti ne joue pas avec le feu, ignorant au passage qu’une partie de ses troupes a soutenu Eveline Widmer-Schlumpf.

Toujours est-il que, à trois mois de l’élection au Conseil fédéral, et alors que Fulvio Pelli évolue en pole position parmi les papables, les relations du PLR avec l’UDC vont être suivies avec une attention toute particulière dans les autres partis, notamment à gauche.