A la suite de l'arrêt rendu par le Tribunal fédéral en faveur des recourants contre l'interdiction de la fumée dans les établissements publics, que je défendais (Le Temps du 1er octobre), j'ai reçu plusieurs messages de la part de Genevois mécontents.

Non-fumeur, je suis personnellement heureux de pouvoir aller prendre un café ou un repas dans un établissement sans fumée.

Ceci étant, les recourants, blâmés par de nombreux Genevois, n'ont fait qu'exercer un droit qui leur est reconnu par nos lois. Ceux qui réprouvent les recourants qui ont obtenu gain de cause sont libres de leur opinion, mais doivent aussi se rappeler qu'ils pourront un jour eux aussi devoir invoquer la protection d'un droit de recours dont ils condamnent aujourd'hui l'usage.

Les recourants sont bien évidemment satisfaits de pouvoir, quelques mois encore, fumer dans les établissements qui l'autoriseront, et je regrette pour ma part l'air plus frais auquel je m'étais habitué dans ces mêmes établissements.

Au-delà de ces petites satisfactions ou regrets, égoïstes et temporaires (puisqu'une loi d'application de l'article constitutionnel que nous avons voté entrera un jour en vigueur), et au-delà du débat concernant la fumée, les recourants et moi-même partageons une satisfaction plus profonde: la conviction qu'avec l'arrêt rendu par le Tribunal fédéral, notre Etat de droit se trouve réaffirmé et renforcé.

Hier, le Conseil d'Etat, exécutif de notre canton, dont les ordonnances ou règlements ne sont pas soumis au processus législatif démocratique ordinaire, a choisi de légiférer dans le domaine de la fumée passive. Demain, s'il n'avait pas été rappelé à l'ordre par le Tribunal fédéral sur cette question de principe, il aurait pu le faire dans d'autres domaines, restreignant ou abolissant sans réel contrôle bien d'autres libertés qui nous sont chères.

Je ne soutiens pas que la fumée passive est un non-problème, mais j'ai la conviction que le débat est ici différent et plus important: il touche à notre Etat de droit.