Le Temps: Pour la Suisse, le G20 a été vécu comme un traumatisme puisqu’il a lancé l’offensive contre le secret bancaire. Le premier sommet du G20 à Washington l’a placée sur une liste de pays coupables d’avoir une politique qui encourage l’évasion et la fraude fiscales. Comprenez-vous le sentiment de colère?

Arturo Bris: Absolument. Le secret bancaire est une question politique qui n’a rien à voir avec le G20. Ce dernier a été appelé à trouver des solutions à la crise financière et économique et non pas à punir des pays. La pression subie par la Suisse est inacceptable. Le secret bancaire a été utilisé comme un bouc émissaire par des dirigeants mondiaux. De la même façon, les hedge funds se retrouvent aussi sur le banc des accusés alors qu’ils n’y sont pour rien. Les vrais problèmes – la volatilité des monnaies et les excès de crédits hypothécaires – ne font pas l’objet de débats.

– Pouvez-vous faire un bilan du G20 alors que nous sommes à la veille du troisième sommet?

– Je résume les deux précédents sommets à des déclarations d’intention, sans aucune solution précise à la crise financière. Des sujets populistes ont été promus pour servir l’agenda politique de certains dirigeants, notamment en Grande-Bretagne, en France et en Allemagne. Il n’y a pas eu de volonté ferme de réformer le système financier international. Le thème des salaires et des bonus de dirigeants d’entreprise est très payant auprès de l’opinion publique. Il a été largement exploité en Allemagne qui vote dimanche. Le G20 a pourtant un rôle crucial à jouer pour réformer la finance mondiale ou pour s’attaquer à l’endettement massif des Etats.

– Mais ne pensez-vous pas que le G20 a donné l’impulsion aux programmes de relance, ce qui a remis l’économie mondiale sur les rails?

– Malheureusement, chaque pays a agi selon ses propres intérêts, sans aucune coordination internationale. Il est incroyable de voir comment chaque pays a érigé des barrières protectionnistes au détriment du commerce et des investissements, malgré les promesses d’ouverture.

– Vous n’allez quand même pas dire que le G20 n’a servi à rien ou n’a pas de légitimité?

– Il représente 90% de l’économie globale. Il est donc plus démocratique que le G7 ou d’autres organisations comme le Conseil de sécurité de l’ONU. La participation de pays émergents comme la Chine, l’Inde et le Brésil est fondamentale. Le monde doit tirer profit de leurs expériences. Le système financier brésilien est doté de règles solides et saines qui lui ont permis de résister à la crise.

– Partagez-vous l’impression selon laquelle les dirigeants mondiaux arrivent divisés à Pittsburgh?

– Les Etats-Unis et l’Europe ne partagent pas les mêmes idées sur de nombreux sujets, sur la rémunération des chefs d’entreprise par exemple. Les Américains ne veulent pas fixer de limites, alors que l’UE en a fait, pour des raisons que j’ai évoquées plus haut, une priorité. La vraie question n’est pas le montant de salaires ou de bonus – le footballeur Ronaldo touche bien 100 millions de dollars par année –, mais les règles pour le fixer. La France et l’Allemagne se montrent très agressives sur les hedge funds, ce qui n’est pas le cas des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne. Washington et Londres ont publié un document de 100 pages sur le sujet; nous attendons encore de voir les propositions européennes.