Une page blanche pour réinventer Genève. Voilà ce qui attend les quatre-vingts membres de l'assemblée constituante dont l'élection se déroulera le 19 octobre. Issus tant du sérail politique que de la société civile, ils auront quatre ans pour réécrire la Constitution du canton et soumettre leur projet au peuple. Ils s'attaqueront notamment aux conflits de pouvoir entre la Ville de Genève et le canton, à l'encombrement du parlement et à l'extension des droits politiques (lire ci-dessous).

Les Genevois ont plébiscité la révision totale de leur charte fondamentale par le biais d'une constituante en février 2008. Et l'enthousiasme est au rendez-vous: pas moins de 530 candidats sont en lice sur dix-huit listes. Leurs chances sont favorisées par le quorum de 3%, plus bas que celui de 7% imposé pour les élections au Grand Conseil. Seuls les membres du Conseil d'Etat sont interdits de candidature, mais ils auront tout de même une voix consultative et un droit de proposition.

Le brassage est conséquent: les partis ont largement ouvert leurs listes à des citoyens qui ne militent pas dans leurs rangs, les milieux économiques ont créé leur propre groupe pour se distinguer de l'Entente bourgeoise sous la bannière de «GE Avance», et même l'Association de défense des aînés (Avivo) se lance dans la course. Au total, huit listes émanent de la société civile.

Un petit miracle, au vu de la genèse difficile du projet. Avec sa Constitution vieille de 161 ans, Genève est l'un des derniers cantons à se lancer dans l'exercice. Il aura fallu toute l'opiniâtreté de son père spirituel, le professeur Andrea Auer, pour venir à bout de l'indifférence voire des résistances de la classe politique. Entouré d'un petit groupe de personnalités issues des milieux académique, culturels, ou encore médiatiques,l'éminent constitutionnaliste a œuvré dès 2005 pour convaincre les Genevois de la nécessité de redéfinir leur contrat social.

A l'époque de l'offensive Auer, Genève vivait une crise institutionnelle et politique particulièrement aiguë. Les clivages au Grand Conseil bloquaient l'avancement des projets, les finances plongeaient dans les abysses, et les citoyens manifestaient leur défiance envers les autorités. Cette révision constitutionnelle apparaissait alors comme une salutaire bouffée d'oxygène.

Pour convaincre les députés du Grand Conseil de s'approprier collectivement le projet, sans buter sur les éternels rapports de force, le «groupe Auer» a toujours souligné le caractère apolitique de son projet, et s'est bien gardé de s'avancer sur le contenu de la future Constitution.

Le cercle des militants a fini par s'élargir, et les députés ont adopté le projet au parlement, en proposant la marche à suivre pour la suite. Sous le regard circonspect du Conseil d'Etat, qui n'a jamais manifesté un franc soutien à cette remise à plat.

Le canton a tout même consenti à débloquer 2,5 millions pour le budget de la constituante. Avec cette somme, les quatre-vingts constituants devront organiser leur travail. On sait déjà qu'ils seront payés 110 francs de l'heure, comme les députés. Ils devront décider s'ils souhaitent siéger dans la salle du Grand Conseil, qui est à leur disposition, ou dans un lieu à définir. Il faudra aussi structurer leur assemblée, la découper en groupes de travail, élire éventuellement un président. Et se donner une méthode et un calendrier. Tout cela pour présenter une charte à la hauteur des attentes des citoyens en 2012.

Que contiendra-t-elle? Coup de sonde du Temps auprès de quelques candidats, qui détaillent les thèmes prioritaires à leurs yeux.