Le gouvernement britannique a dévoilé, hier matin, un plan de secours qui dépassait la plupart des espérances. Mais cela n'a visiblement pas suffi à vraiment rassurer les marchés.

Dans l'urgence, avec les derniers détails finalisés au petit matin, Downing Street a présenté avant l'ouverture des marchés son plan de secours. Celui-ci tient en trois mesures spectaculaires: injection de 50 milliards de livres (100 milliards de francs) de capital dans les principales banques britanniques, mise sur le marché de liquidités à hauteur de 200 milliards de livres (400 milliards de francs) et émission d'obligations de moyen terme (3 ans maximum) pour 250 milliards de livres (500 milliards de francs). «Nous avons pris des mesures complètes pour aller au cœur du problème», espère Gordon Brown, le premier ministre. Mais il ajoute, lucide, que l'action britannique ne sera pas suffisante: «C'est un problème international et il faut une réaction coordonnée.»

La mesure la plus spectaculaire est l'injection de capital. Downing Street met à disposition des huit principales banques du pays 25 milliards de livres, suivi d'une deuxième tranche de 25 milliards qui pourrait être ouverte à d'autres banques.

Cette recapitalisation ne sera pas gratuite. En échange, le gouvernement prendra une participation avec des actions préférentielles, lui donnant ainsi un droit de veto. «Ce n'est pas le plan américain, nous ne donnons pas de l'argent», explique Gordon Brown. Il ajoute que les banques qui seront ainsi recapitalisées seront sous haute surveillance: le gouvernement veillera à ce que la rémunération des dirigeants et le paiement des dividendes soient limités; il s'assurera aussi que les banques prêtent facilement aux particuliers et aux petites entreprises britanniques.

Sur les huit banques éligibles, trois ont déjà rejeté toute recapitalisation par le gouvernement: HSBC, Abbey (qui appartient à Santander) et Nationwide. Les cinq autres - Barclays, Lloyds TSB, HBOS, Royal Bank of Scotland et Standard Chartered - étudient leurs options. Mais toutes se sont engagées à augmenter le niveau de leur capital d'ici au 31 décembre. Tout en se défendant de n'avoir pas besoin de le faire: «Nous n'avons pas besoin de capital, mais en participant à ce programme, nous aidons à restaurer la confiance et la stabilité du système», confie l'une d'entre elles.

La deuxième mesure est l'injection de liquidité. La Banque d'Angleterre a déjà fourni 80 milliards de livres de liquidité exceptionnelle depuis cet été. Cette fois, avec 200 milliards à disposition, contre une gamme de collatéraux élargis, le marché se trouve inondé d'argent à court terme.

Quel impact?

La troisième mesure, peut-être la plus importante, vise le financement des banques à moyen terme. Si les liquidités de court terme manquaient dernièrement, il en restait un peu. En revanche, les financements de moyen terme étaient quasiment gelés. Downing Street a donc décidé de garantir pour 250 milliards de livres d'obligations émises par les huit banques éligibles, d'une maturité maximum de trois ans.

Le plan sera-t-il suffisant? Toutes les banques britanniques saluaient hier l'intervention du gouvernement. La plupart des analystes estimaient aussi que cela allait dans le bon sens. Et pourtant, la réaction des marchés a été pour le moins mitigée, avec une fébrilité évidente.

Mais la vraie question est l'impact que cela va avoir sur l'économie réelle. «Le test sera de voir si les prêts recommencent à couler dans les veines de l'économie britannique», estime George Osborne, un des leaders conservateurs. S'il est trop tôt pour le savoir, beaucoup d'économistes ont des doutes. Jonathan Loynes, de Capital Economics, estime que même si l'argent injecté par Downing Street est suffisant, les banques ne voudront plus prêter aussi facilement. «Et même si elles le veulent, la demande de crédit des particuliers et des entreprises sera significativement inférieure à cause de la détérioration économique.» En d'autres termes, même si une catastrophe bancaire est évitée, la récession est inévitable.