Il y a les journaux qui ont adopté sagement les recommandations de l’Organisation mondiale de la santé et ne parlent plus que de grippe A (H1N1). Il y a ceux qui trouvent qu’avec ces chiffres et ces lettres, il y a de quoi s’emmêler les pinceaux à chaque fois et qui préfèrent la dénomination populaire de grippe porcine. Et il y a la Neue Luzerner Zeitung qui ne fait ni l’un ni l’autre. Le quotidien lucernois appelle cette maladie aux relents d’épidémie «grippe de Mexico».

Humains en minorité

Mais pourquoi diable, si l’on veut une dénomination facile à prononcer et à identifier, faire porter aux malheureux Mexicains le poids de ce virus? Pourquoi ne pas continuer à braver l’OMS en parlant de grippe porcine comme tout le monde? Parce que l’un des piliers de l’agriculture lucernoise est l’élevage de cochons. Le canton compte même plus de porcs sur son territoire que d’habitants. Au dernier recensement, les cochons l’emportaient par 419 000 contre 350 000. La population porcine est si dense que les autorités ont dû instaurer un plan ammoniac. La teneur de ce gaz dans l’air lucernois est en effet trois fois trop élevée, une concentration unique en Suisse.

Pour le quotidien local, il n’est pas question d’injurier l’animal emblématique de la région. Ainsi les Lucernois rejoignent les ultraorthodoxes juifs et musulmans qui ne veulent entendre parler de porc ni dans leur assiette ni chez leur médecin. Tant pis pour les Mexicains. A Lucerne, ils sont quand même moins nombreux que les éleveurs de cochons et leurs protégés.