Le Grison Oscar Bergamin menacé par l’Etat islamique

Sécurité Le Suisse a indiqué aux Américains la localisation d’un bunker syrien de l’EI, non loin de la frontière turque. Réactions vives sur Twitter

«Non, je n’ai pas peur.» Contacté en Turquie après la polémique qu’il a déclenchée, Oscar Bergamin tente de calmer le jeu. «Je ne suis pas un espion!» insiste celui qui est désormais à la tête d’une organisation humanitaire active en Syrie. Un de ses récents tweets lui a valu les foudres de l’Etat islamique, avec des menaces de décapitation. Et de nombreuses interrogations quant à ses réelles activités en Syrie. L’affaire a été véhiculée par plusieurs médias, dont le Telegraph .

En cause: Oscar Bergamin a indiqué dans un de ses messages courts sur Twitter la localisation précise d’un bunker de l’Etat islamique (EI), non loin de la frontière turque. Il l’a adressé vendredi dernier à «Centcom», le compte du Commandement central américain. Il a aussi posté une photo du bunker en question et des commentaires comme «Faites-le sauter en l’air!». Ou «Pas de civils près de ce bunker». Assez rapidement, des membres de l’EI ont relayé les messages, avec des commentaires explicites l’accusant d’être un espion de la CIA. «On va venir pour Monsieur le travailleur humanitaire», souligne un message. Un autre dit: «Qu’Allah permette la capture de cet homme et nous le verrons bientôt dans une vidéo. Amin». Une allusion aux récentes décapitations.

Oscar Bergamin a depuis dû verrouiller son compte. Il confirme avoir partagé l’information «pour que l’armée américaine détruise le bunker». Et concède que c’était une mauvaise idée, due à sa colère et à sa frustration en voyant des milliers de réfugiés affluer en Turquie à cause de l’EI. «Mais la localisation de ce bunker n’était absolument pas secrète», explique-t-il au Temps. «Je n’ai pas dévoilé la localisation d’une infra­structure importante de l’EI. Ce bunker bien connu peut être observé à 10 kilomètres à la ronde, y compris depuis la frontière turque. C’est comme si j’avais envoyé les «coordonnées secrètes» de la tour Eiffel.»

Oscar Bergamin, 50 ans, est un curieux personnage, à l’ego bien présent et au bagout certain. Catholique converti à l’islam en 2005 – il se fait appeler Oscar Assadullah Mukhtar Bergamin, ce qui signifie «lion d’Allah» ou l’«élu» –, il faisait partie de l’équipe du controversé Nicolas Blancho avant de claquer la porte du Conseil central islamique suisse. L’homme au crâne rasé et à l’allure de baroudeur est binational, de père suisse et de mère néerlandaise. Il s’est notamment envolé en 2004 pour une mission de l’OTAN en Afghanistan, d’où il a été rapatrié d’urgence au bout d’un an, victime d’un traumatisme.

«Une curieuse célébrité»

Ce père de trois enfants est officier spécialiste de l’armée suisse avec grade de major et dit avoir fait une formation de parachutiste avec les grenadiers de la Garde royale aux Pays-Bas. Il a touché à plusieurs métiers, dont ceux d’architecte d’intérieur, de journaliste et de commerçant de meubles et de savons d’Alep. Il se concentre aujourd’hui sur ses activités d’«humanitaire» selon ses propres dires, à la tête de l’ONG Ash-Sham Care, qu’il a mise sur pied en 2011.

Son tweet a notamment été commenté par Qaasim Illi, numéro 2 du Conseil central islamique suisse, avec lequel il entretient des relations tendues. «Bergamin s’est bâti une curieuse célébrité hors des frontières suisses, comme arriviste», écrit Qaasim Illi. Avec comme hashtags «espion» et «Isis» (pour Etat islamique, ndlr).