Bouboule a 12 ans, et il pèse 101 kilos. Autant dire qu'il vit à l'écart des autres gosses, lorsqu'il ne leur sert pas de punching-ball. Il se défonce au Nutella jusqu'à en voir des éléphants et semble voué à l'accident cardiaque précoce lorsqu'il rencontre Pat (Swann Arlaud), une caillera mythomane, vigile au supermarché. En mal de repères masculins, car son père est absent, Bouboule s'attache à ce garçon et partage avec lui, et son boss obèse (François Hadji-Lazaro, des Garçons Bouchers), des rêves virils de commando. Il jette sa gourme, boit de la bière, traite son père de couille molle, mais s'aguerrit et, mieux encore, s'accepte.

D'origine belge, Bruno Deville a étudié à l'ECAL et cofondé Le Flair, société de production lausannoise. Visiblement attiré par le pas propre en ordre, il s'est fait remarquer avec la série télévisée CROM - pour Centre de Récupération des Ordures Ménagères. Pour Bouboule, il s'est allié au scénariste Antoine Jaccoud (Home), qui n'a pas son pareil pour gratter où ça fait mal. Le film explore des territoires où les gosses sont de vrais pervers polymorphes et les adultes des irresponsables, et titille le malaise jusqu'au bout - la main d'une fille sur les bourrelets de Bouboule...

De sa voix flûtée, M chante au générique de fin, «Je m'appelle Bouboule/Faut que ça roule/J'ai le cœur en boule». La tonalité faussement guillerette de cette comptine rajoute de l'acidité à ce film dont la cruauté le dispute à l'empathie.