Histoire

Guerres locales dans un monde global

Les conflits de l’après-11-Septembre sont encore en cours et leur issue demeure incertaine. Mais certaines leçons peuvent déjà en être tirées, estime le journaliste Jason Burke

Genre: histoire
Qui ? Jason Burke
Titre: The 9/11 Wars
Chez qui ? Penguin, 710 p.

Comment le 11-Septembre a-t-il changé le monde? A cette question, de mise au moment où on célèbre le dixième anniversaire des attentats qui ont ébranlé New York et Washington, Jason Burke donne une réponse recueillie au ras des terrains où il a travaillé comme ­reporter pour l’Observer et le Guardian: diversifiée, nuancée et très éloignée de la vision à l’emporte-pièce d’un conflit planétaire entre démocratie et obscurantisme.

Complexes, incertains, liés à des contingences locales souvent inscrites dans des compétitions séculaires pour l’hégémonie ou, plus modestement, l’accès aux ressources, les affrontements qui se sont multipliés en Afghanistan, en Irak, dans les zones tribales du Pakistan à la suite des attentats – et surtout de la riposte américaine – ne s’en inscrivent pas moins dans un contexte globalisé où les mêmes ­représentations, souvent grossièrement inexactes, s’imposent à des millions de gens.

Cette tension entre le local et le global est pour l’auteur la principale caractéristique de l’après-11--Septembre. Née dans la première dimension à la faveur du conflit russo-afghan, Al-Qaida s’inscrit décidément dans la seconde, avec un récit unissant tous les musulmans dans un destin commun contre «les sionistes et les croisés» et le projet d’engager, par des actes de violence spectaculaire, ces adversaires dans une riposte qui, à son tour, provoquera le djihad ­généralisé rêvé par ses dirigeants.

C’est un échec. Telle est la seule conclusion claire que Jason Burke estime pouvoir tirer à ce stade de conflits à l’issue encore largement incertaine. Certes, les fautes accablantes commises par les Etats-Unis dans leur «guerre contre la terreur» – attention insuffisante portée à la sécurité des populations civiles en Afghanistan, «grotesque erreur stratégique» de l’aventure irakienne, torture ­généralisée dans les lieux de ­détention – ont poussé une inquiétante minorité de jeunes musulmans de ­toutes origines à concevoir leurs propres entreprises terroristes. Mais le récit global d’Oussama ben Laden n’a pas réussi à se substituer aux intérêts divers qui opposent, au sein même du monde musulman, factions, interprétations de l’islam et traditions. Le terrorisme lui-même, vu avec une certaine faveur lorsqu’il s’exerçait dans des pays lointains et honnis, a été brutalement rejeté dès lors qu’il a choisi ses cibles au Maroc, en ­Jordanie, en Irak, au ­Pakistan ou en Turquie.

Mais un autre phénomène ­global monte dans le monde musulman: un conservatisme accru, porté par l’exportation de la version saoudienne de l’islam et par une forte volonté d’affirmation identitaire. Fondée, en contradiction avec le rêve islamiste d’un califat universel, sur des sentiments nationalistes affirmés, pas forcément incompatible avec la démocratie, cette disposition d’esprit reste préoccupante pour l’Occident, qu’elle range sans ambiguïté au rang des forces don t il faut, au mieux, se méfier.

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