De cette forge-là sortiront des pièces d’orfèvre. Le label lausannois Three:Four Records et la salle du Bourg – à Lausanne toujours – invitent en résidence, du 6 au 10 septembre prochains, deux des figures les plus importantes et les plus fertiles des nouvelles manières de prendre une guitare en mains : le Portugais Norberto Lobo et le Canadien Eric Chenaux. Les deux musiciens, après cinq jours d’approches mutuelles – même s’ils ont déjà eu l’occasion de jouer ensemble –, donneront un concert exclusif au Bourg le jeudi 10 septembre.

Dans l’abstrait, l’un et l’autre partagent des caractéristiques similaires: une très forte individualité stylistique, toujours à la recherche d’un ailleurs musical (s’ils respectent les codes, c’est pour profondément les métaboliser); des techniques de jeu étendues bien au-delà du fingerpicking, par exemple vers l’archet ou, sans envahissement, vers les pédales d’effet; une précision de jeu qui ne se confond jamais avec la virtuosité sportive, mais qui se met dans toute sa plasticité au service de l’évocation. L’un et l’autre enfin pratiquent une musique extrêmement labile dans son expression, tout en virages et lacets, mais fermement ancrée dans son infrastructure, dans son savoir et dans sa volonté de raconter.

De Norberto Lobo, on conseillera de jeter une oreille sur Fornalha, sorti l’année passée sur Three:Four, grand œuvre de fluidité et de poésie, dans lequel le substrat lusitanien, bien entendu présent, se remodèle de seconde en seconde tantôt vers l’Afrique, puis vers Steve Reich, puis vers mille autres choses. On se souvient également d’un magistral concert donné en novembre passé à la Cave 12 de Genève, où Lobo avait aplati son auditoire par une prestation particulièrement habitée. D’Eric Chenaux, on dira qu’on a avec lui l’homme des modulations savantes. Une écoute de son dernier album, Skullsplitter (publié cette année chez Constellation, que l’on connaît surtout ici pour l’édition des disques de Godspeed You! Black Emperor), devrait le confirmer: chez Chenaux, seule la voix quasi séraphique fait office de fil rouge dans des chansons qui ne tiennent jamais en place, bifurquant là aussi à chaque motif vers une strate différente, un courant alternatif, une harmonie inattendue. D’eux deux, sur une bonne douzaine de cordes, on peut s’attendre à un sacré numéro de funambules.

Lausanne. Le Bourg, rue de Bourg 51. Je 10 septembre à 21h30. (Rens. www.le-bourg.ch).