A-t-il dans son nom quelque chose qui le prédisposait à mieux percevoir les galbes, les replis, les géographies tourmentées des paysages et des corps? Gustave Courbet n'a cessé de les peindre, dès ses années de jeunesse et jusqu'à ses derniers jours en exil à la Tour-de-Peilz. Un exil qu'il devait, rappelons-le, à ce qui avait été pris, au moment de la Commune, comme un encouragement à abattre la napoléonienne et priapique colonne Vendôme. Condamné à payer le redressement du monument, notre peintre anarchiste est ruiné.

En 2013, David Bosc romançait dans une langue forgée pour cela les dernières années du peintre, remontant aussi volontiers le cours des ans, jusqu'à certaines sources essentielles. Dans La Claire Fontaine (Ed. Verdier), il écrit: «Peignant la source de la Loue, qui est un trou sombre, d'un bel arrondi, vaste autant qu'une grange, d'où sort sans heurt ni remous un flot puissant, il fait sur elle un cadrage serré – on ne voit ni ne devine le grand corps de falaise qui domine, qui entoure et qui s'ouvre pourtant à la délivrance de l'eau. Courbet a fait ici une demi-douzaine de tableaux. Au premier abord, chacun d'entre eux oppose à qui les regarde une résistance de vitre blindée. Puis, la béance vous aspire (dans l'un des plus beaux noirs qui fut jamais peint), et cela peut être pour vous précipiter en plein ciel, ou sous la mer, ou dans celle des chambres du monde qui vous est la plus intime.»

Comment mieux dire les inspirations nouées, les flots confondus? Des représentations de la source de la Loue étaient bien sûr déjà présentes cet été dans l'exposition proposée par le Musée Courbet, à Ornans, autour de L'Origine du monde. Cet automne, à la Fondation Beyeler, on pourra aussi y plonger son regard. Dans La Source, et dans L'Origine donc. Par ailleurs, Courbet associe volontiers nus et paysages. Ainsi, dans La Source, version peinte en 1868, un corps féminin, de dos, tout en chair, se rafraîchit à l'eau claire.

Dans ses nombreux nus, Courbet s'attache à rendre toute la force des corps plantureux jusqu'à provoquer le scandale, non pas avec L'Origine, restée secrète, mais avec d'autres toiles, comme Les Baigneuses, de 1853. Le corps massif de celle qui sort de la rivière, à peine protégé d'un drap, la volupté du regard échangé, le bas qui tirebouchonne sur la cheville, jusqu'aux pieds sales des deux femmes, tout a choqué dans cette scène fusionnelle d'un réalisme puissant.

Courbet a aussi peint la mer, ses vagues. Peintes pour elles-mêmes, dans toute leur énergie écumante. Ou habitées, comme dans cette toile de 1868 également, où la baigneuse occupe tant l'espace de la toile que le regard se trouble et en fait une géante émergeant des fonds marins.

Même si elle sera moins au centre du propos, cette énergie indistincte des corps et des paysages sera évidemment aussi reconnaissable dans l'exposition sœur organisée en parallèle par le Musée d'art et d'histoire de Genève. Consacrée aux années suisses, en écho avec des toiles des périodes précédentes, elle montrera notamment les eaux tièdes et enveloppantes du Léman qui parfois enragent, les sommets alpins griffant les cieux, ou des buissons de fleurs bruissant de vie.

Gustave Courbet. Fondation Beyeler, Bâle. (Rens. 061 645 97 00, www.beyeler.com). Lu-ma je-di 10h-18h, me 10h-20h du 7 septembre au 18 janvier.

Gustave Courbet, les années suisses. Musée Rath, Genève. Ma-di 11h-18h du 5 septembre au 4 janvier. (Rens. 022 418 26 00, www.ville-ge.ch/mah).