HarmoS a sauvé sa peau. Zurich, vers qui tous les regards étaient tournés, a accepté le concordat qui vise à harmoniser les objectifs de formation de l'école obligatoire par 62% des voix. Le résultat a été plus serré à Saint-Gall, qui a dit oui par 53%. Mais les Grisons, par 57% des voix, et la Thurgovie, par 52%, ont refusé l'accord. HarmoS ne pourra entrer en vigueur que si dix cantons le ratifient, huit seulement l'ont fait à ce jour.

HarmoS concrétise l'article constitutionnel plébiscité par le peuple en 2006. Il prévoit notamment de rendre obligatoire l'école à partir de 4 ans révolus. Il confirme aussi l'enseignement de deux langues étrangères au degré primaire, et fixe des standards nationaux de formation et un plan d'études par région linguistique. Les cantons doivent également introduire des horaires blocs et, si cela est souhaité, mettre à disposition des structures pour accueillir les enfants en dehors des heures de cours.

La conseillère d'Etat zurichoise socialiste Regine Aeppli s'est déclarée «très heureuse» du résultat très net de son canton: «De nombreuses communes rurales ont accepté le concordat, cela montre que l'UDC avec ses affiches d'enfants en pleurs a raté sa cible.»

A Zurich et à Saint-Gall, le référendum avait été lancé par l'UDC, qui veut faire de l'école son nouveau terrain de combat. En Thurgovie - où l'UDC soutenait HarmoS - et dans les Grisons, ce sont des mères sans appartenance politique qui ont porté le référendum.

Le oui zurichois et celui plus serré de Saint-Gall sont aussi un soulagement pour la Conférence des directeurs cantonaux de l'instruction publique (CDIP), qui a accepté à l'unanimité en juin 2007 cet accord intercantonal. Sa présidente, la conseillère d'Etat PDC fribourgeoise Isabelle Chassot, se dit convaincue qu'HarmoS va entrer en vigueur au cours du premier semestre 2009. A Berne, le délai référendaire court jusqu'au début de l'année. Et à Genève, le parlement devrait en débattre d'ici à la fin de l'année. Le conseiller d'Etat Charles Beer se montre toutefois prudent: «On n'est pas à l'abri d'une surprise. L'UDC pourrait se déterminer à combattre l'harmonisation dans d'autres cantons au vu des résultats de ce dimanche.» En Suisse romande, Vaud, Neuchâtel, Jura et Valais ont déjà ratifié sans histoire le concordat.

Le non de Lucerne à HarmoS en septembre pouvait passer pour un accident de parcours. Lucerne est en effet un des derniers cantons à ne prévoir qu'une année de jardin d'enfants. Mais avec la Thurgovie et les Grisons, ce sont deux cantons où les objectifs d'HarmoS étaient en grande partie réalisés qui ont rejoint le camp des opposants. Et il y a fort à parier que Nidwald, qui votera en février, s'aligne aussi sur ce front du refus qui s'étend dans les cantons ruraux.

Isabelle Chassot refuse toutefois d'y voir un fossé ville-campagne: «Je ne peux que répéter ce que m'ont dit mes collègues sur place, car ce n'est pas la CDIP qui mène campagne. Dans les Grisons, où 98% des enfants suivent déjà deux années d'école enfantine, la question de la date limite a joué un rôle. Elle était fixée jusqu'à maintenant au 31 décembre, et aurait dû être avancée au 31 août, cela a fait peur. En Thurgovie, l'opposition s'est concentrée sur les structures extrascolaires de jour. Une partie des parents n'ont pas voulu comprendre que ce n'était en aucun cas une obligation, mais une offre pour ceux qui le souhaitaient.»

L'UDC n'a pas réussi à faire capoter HarmoS dans son fief zurichois. Mais en misant habilement sur l'âge de scolarisation, elle a réveillé une opposition hétéroclite de milieux chrétiens conservateurs, de Verts fondamentalistes et de mères qui craignent qu'on ne vole leur enfance aux petits.

Non au libre choix de l'école

A Bâle-Campagne, l'initiative demandant le libre choix de l'école a été rejetée par près de 80% des votants. Les votants ont accepté en revanche d'augmenter à 2500 francs la participation que le canton verse aux parents qui placent leurs enfants dans une école privée.

Le résultat est sans appel pour Lobby parents Suisse, un groupe apolitique qui milite pour que l'Etat prenne à sa charge les frais d'école privée selon un forfait cantonal moyen. Sa présidente, Pia Amacher, aurait espéré un meilleur score. Selon elle, l'initiative a échoué parce que les opposants ont mis en avant la question des coûts. «Mais nous ne voulions pas seulement plus d'argent pour les écoles privées. Nous voulions aussi que les parents aient la liberté de choix à l'intérieur de l'école publique», a-t-elle déclaré sur le site internet de la Basler Zeitung. En Suisse romande, les responsables de Lobby parents ne baissent pas les bras non plus (lire ci-dessous).