Le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) s’est alarmé mercredi de la possible suspension du droit d’asile en Autriche. Mardi, le gouvernement autrichien présentait son projet de «décret d’urgence» permettant de refouler les migrants aux frontières sans leur offrir la possibilité de déposer une demande d’asile. Cette disposition pourrait s’appliquer pendant une durée de jusqu’à deux ans.

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«Le décret d’urgence prévu briserait un tabou et signifierait un renoncement au droit d’asile en Autriche», s’est alarmé le HCR dans un communiqué. L’organisation craint que «d’autres pays européens ne suivent l’exemple de l’Autriche» ce qui provoquerait un accès «toujours plus difficile» à l’asile sur le continent.

Des capacités d’accueil presque atteintes

Après avoir accueilli 90 000 demandeurs d’asile en 2015, soit plus de 1% de sa population, l’un des taux les plus élevés d’Europe, l’Autriche a plafonné à 37 500 le nombre de nouveaux migrants qu’elle est prête à accueillir cette année. Elle a déjà enregistré quelque 25 000 demandes d’asile cette année et comptabilise 100 à 150 nouvelles par jour, selon le ministère de l’Intérieur.

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Le projet de décret d’urgence relève que le plafond sera atteint en novembre ou décembre. Le texte souligne que «l’arrivée d’un nombre inhabituellement élevé de demandeurs d’asile représente un énorme défi pour la sécurité publique». La loi prévoit cependant l’accueil de jusqu’à 30 000 demandeurs d’asile supplémentaires en 2017.

Un projet qui divise

Sous l’impulsion du parti d’extrême droite FPÖ, le texte divise toutefois la grande coalition gauche-droite au pouvoir. Le chancelier social-démocrate Christian Kern souhaite que le décret d’urgence ne soit activé qu’une fois le plafond de migrants atteint. Le parti chrétien-démocrate ÖVP exige pour sa part qu’il le soit à titre préventif. Norbert Hofer, candidat du parti d’extrême droite FPÖ, soutient le projet et aspire à être élu à la présidence le 2 octobre.

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Fervent partisan de ce texte, le ministre de l’Intérieur Wolfgang Sobotka (ÖVP) est resté évasif mercredi sur les modalités concrètes de sa mise en pratique, a fortiori si les pays voisins de l’Autriche, notamment la Hongrie, refusaient de réadmettre les migrants refoulés. «On verra», a-t-il déclaré à la radio publique. Christian Kern n’a de son côté pas exclu que le décret puisse être invalidé par la Cour européenne de justice, un scénario «auquel personne n’a intérêt» selon lui.

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