Helen Christen, avec son équipe à l'Université de Fribourg, a, dans le cadre du Programme national de recherche sur la diversité linguistique, cherché à savoir dans quelles constellations les Suisses allemands parlent le dialecte ou l'allemand. Cette professeure de germanistique a notamment observé des policiers au téléphone avec des personnes ayant appelé les urgences.

Le Temps: La forte présence des Allemands a-t-elle changé quelque chose dans les habitudes au sein des entreprises?

Helen Christen: Dans les sondages, les Suisses indiquent qu'ils utilisent davantage le hochdeutsch sur leur lieu de travail. Ils sont prêts à accorder un sursis aux Allemands, et, par égard, à parler l'allemand standard durant les premiers temps de leur arrivée dans l'entreprise. Mais ils attendent qu'après un certain temps ces Allemands s'assimilent pour être au moins en mesure de comprendre le dialecte.

- L'heure est-elle encore aux égards, ou plutôt à la réaction de rejet?

- Si je veux me faire comprendre de quelqu'un, et notre projet avec les policiers répondant aux urgences l'a montré, j'adopte la langue et la forme linguistique qui est la meilleure. Mais il y a quelque chose d'ambivalent à passer au hochdeustch. On fait un effort de politesse, certes, mais on signale en même temps à l'autre qu'il reste un étranger. Car entre eux, les Suisses ne parlent jamais le hochdeutsch.

- Que se passe-t-il si le patron est un Allemand? L'usage du hochdeutsch va de soi...

- Le statut de la personne joue un rôle. La plus haut placée a le pouvoir de définir quelle langue va être utilisée. En cas de conflit, on peut sciemment choisir une langue qui ne correspond pas aux besoins de l'autre.

- Les Romands espèrent que la forte présence des Allemands renforce la pratique du hochdeutsch...

- C'est une illusion! Les Alémaniques considèrent le dialecte comme la manière la plus normale de communiquer. Il y a des raisons pour dévier de cette règle, mais cela reste l'exception. Si je vais à la boulangerie, que je connaisse la vendeuse ou non, je vais commander mon pain en dialecte.

- Dans les grandes entreprises, le hochdeutsch pourrait-il déloger l'anglais?

- Je ne le pense pas. Dès qu'il y a d'autres nationalités, l'anglais s'impose comme la première langue de communication.

- La forte présence des Allemands va-t-elle encore renforcer la crispation des alémaniques envers l'allemand?

- Dans notre enquête, nous n'avons pas trouvé trace de crispation. Les policiers parlent un hochdeutsch suisse, mais de manière spontanée. Je n'avais pas le sentiment qu'ils devaient se faire violence. Si l'on est habitué à devoir parler l'allemand standard selon les occasions, cela devient normal. Je ne vois pas où est le problème dont tout le monde parle.