Les Etats-Unis ont exprimé lundi leur «grave préoccupation» face à la violence croissante à Hong Kong. «Nous condamnons la violence de toutes les parties, nous exprimons notre sympathie pour les victimes de la violence quelles que soient leurs options politiques et appelons toutes les parties -police et protestataires-, à faire preuve de retenue», a déclaré le porte-parole du département d'Etat Morgan Ortagus dans un communiqué.

«Assassins», «violeurs», depuis le second étage du parking de Sheung Tak dans l’est de Hongkong, les insultes fusent contre la police. Les lacrymogènes pleuvent en retour, enfument la rue et recouvrent le parfum des milliers de lys déposés sur la dalle où a chuté Alex Chow. Tombé il y a une semaine dans des circonstances mystérieuses en marge d’une manifestation, l’étudiant de 22 ans a succombé à ses blessures vendredi, déclenchant une vague de colère contre la police, accusée d’avoir retardé l’intervention des secours.

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Lundi à 11h, l’hommage vire à la panique. La police antiémeute encercle le bâtiment, puis charge. Certains badauds s’échappent du parking pour se réfugier dans les tours de la résidence Sheung Chun House voisine. Mais la police les poursuit, jusque dans un hall, sans mandat. «C’est totalement illégal! La police ne respecte plus rien. Ils veulent nous tuer, nous et nos libertés», tempête une retraitée les yeux rougis par les lacrymogènes. La rage est partagée autour d’elle, plus vive encore depuis qu’a été rendue publique par la presse dimanche la plainte d’une jeune fille de 18 ans. Elle accuse quatre policiers de viol en réunion dans un commissariat fin septembre.

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Dehors, les trottoirs ont des airs de champ de bataille. Briques, vélos, barrières jonchent le bitume, obstruent les carrefours. Ailleurs dans le territoire secoué depuis juin par une crise politique sans précédent, les mêmes scènes de chaos se répètent. L’opération «Aube» a été lancée au petit matin. Elle consiste à bloquer des routes pour permettre la grève générale. Des centaines d’employés sont bloqués, des universités vandalisées ferment et la bourse de Hongkong dégringole.

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Vidéos choquantes

La tension n’est pas retombée de la journée, qui a offert les pires images depuis le début de la contestation lancée au printemps pour défendre l’autonomie de Hongkong. Une vidéo montre un policier tirant quasi à bout portant sur un manifestant masqué et désarmé. Un policier antiémeute tente ensuite sans ménagement de mettre debout le blessé. Le manifestant est hospitalisé dans un état critique.

Dans une autre vidéo particulièrement choquante, on peut voir un homme en pleine dispute avec des pro-démocratie être aspergé d’un liquide par une personne qui l’enflamme. L’homme d’âge mûr est lui aussi dans un état très grave.

Jamais les affrontements n’avaient atteint ce niveau de violence. Jusqu’à présent la contestation avait opposé des manifestants pro-démocratie à la police, et le combat se menait lors d’occupations coups-de-poing ou via des campagnes de harcèlement sur les réseaux sociaux. Il y a déjà eu des rixes entre citoyens, des passages à tabac, des agressions d’hommes politiques (essentiellement des pro-démocrates appartenant à l’opposition), mais pas d’agression aussi violente que lundi et jamais un étudiant n’était mort en marge d’une manifestation. Jusqu’à vendredi.

«Point de non-retour»

La violence semble donc avoir basculé dans une autre dimension. Elle a atteint «un point de non-retour», a asséné devant la presse Carrie Lam, la cheffe du gouvernement local: «Nous nous demandons si nous pouvons vivre dans cette ville en sécurité.» «Les actions des émeutiers ont plus que largement dépassé leurs prétendues demandes et ils sont des ennemis du peuple», a-t-elle fustigé dans des mots très durs, qui ne sont pas sans rappeler la rhétorique du gouvernement central chinois quand la sécurité nationale est en jeu. Les manifestants réclamaient initialement le retrait du projet de loi sur l’extradition vers la Chine, avant de défendre des réformes électorales et surtout une enquête indépendante sur les méthodes policières.

«Certains croient que par la violence ils pousseront le gouvernement à satisfaire leurs exigences prétendument politiques, cela n’arrivera pas», a martelé la dirigeante désignée par Pékin en 2017, qui s’en est par ailleurs prise aux «netizens». Des restrictions temporaires d’internet sont déjà en vigueur depuis dix jours. Les salves de Carrie Lam suggèrent peut-être des mesures plus sévères encore dans les jours à venir, des mesures d’autant plus faciles à faire adopter que l’opposition n’a guère de pouvoir au parlement et vient d’être mise à genoux par l’arrestation depuis samedi de sept de ses députés.

La justice a également été pressée par les autorités de se mettre au diapason pour aider à restaurer le calme. Mais le chemin s’annonce très long tant la confiance est irrémédiablement rompue entre les autorités et une partie des 7,5 millions d’habitants.