• Genève contre Genève: la fin du conflit?

Le bout du Léman est célèbre dans tout le pays pour l'éternel conflit qui oppose le canton et la Ville, donnant lieu à d'innombrables blocages. Les doublons sont légion, notamment en matière d'aménagement du territoire, et chacun défend âprement ses prébendes. Un exemple? Le lifting de la Rade est pris en otage par la municipalité et le canton, qui se partagent en termes de compétences le lac et ses rives.

Dès lors, faut-il supprimer la Ville de Genève, du moins dans sa forme actuelle? La municipalité héberge actuellement la moitié de la population du canton, et c'est la seule à être gouvernée par un exécutif professionnel. Pour le candidat radical Thomas Büchi, il n'y a pas de doute: il faut scinder la Ville en plusieurs communes, pour revenir à une situation similaire à celle qui prévalait avant la fusion de 1930. Autre avis, émanant d'un observateur qui n'est pas en lice: «Il faudrait instaurer des contrats de quartier pour renforcer la démocratie locale», estime René Longet, président du Parti socialiste genevois.

De plus, la Ville de Genève assume aujourd'hui des responsabilités qui dépassent son territoire, surtout dans le domaine culturel. Ses compétences seront sans doute remises en question. Par exemple, certains candidats aimeraient confier au canton la gestion du Grand Théâtre, qui draine des spectateurs de toute la région.

• Canton- communes: qui fait quoi?

Il n'y a pas que la Ville de Genève qui mérite que l'on se penche sur son cas. Les quarante-quatre autres communes du canton attendent depuis une éternité que leurs charges et compétences soient redéfinies. Le délicat débat a toujours été repoussé «au jour où l'on révisera la Constitution.» Et bien, nous y sommes!

Sécurité, aménagement, école... Tout le monde a hâte que l'on y comprenne enfin quelque chose. Pour limiter les blocages, surtout en matière d'aménagement, certains sont partisans d'un renforcement des compétences du canton. D'autres en revanche veulent donner plus de pouvoir aux communes. Responsable de campagne pour le PDC sans être candidate, Patricia Solioz Mathys verrait par exemple d'un bon œil la création d'une «Chambre des communes», sur le modèle du Conseil des Etats.

Le redécoupage des quarante-cinq communes du canton sera aussi mis sur la table. Certains candidats, comme ceux du PS et du parti radical, militent pour une réduction de leur nombre: à l'issue des débats, les communes pourraient se réduire à dix, voire six. De nombreux candidats sondés estiment cette nouvelle organisation territoriale devra s'accompagner d'une révision de la péréquation financière intercommunale, jugée actuellement inéquitable.

• Environnement: des avancées exemplaires?

«Genève, qui réécrit sa Constitution après les autres cantons, peut en tirer avantage en se montrant avant-gardiste en matière d'environnement, s'enthousiasme le candidat radical Thomas Büchi. C'est l'occasion de générer une grande prise de conscience.»

De nombreux candidats insistent en effet sur la nécessité d'ancrer dans la charte fondamentale le devoir du canton de tout mettre en œuvre pour réduire sa consommation d'énergie: «On doit se fixer l'objectif d'une société à 2000 watts», selon le candidat vert Boris Drahusak. Autre impératif évoqué: le renforcement des dispositions interdisant le nucléaire à Genève.

De manière générale, la PDC Patricia Solioz Mathys souligne qu'il faut inscrire dans la Constitution le principe du développement durable dans ses trois dimensions: économique, social et écologique.

• Des droits politiques à créer et attribuer?

Au cœur des discussions: la révision du nombre de signatures à récolter lors du lancement d'un référendum (7000) et d'une initiative (10000). A la hausse, comme le préconisent certains candidats de droite, ou à la baisse, comme le revendique Pierre Vanek, qui se présente sur la liste de SolidaritéS: «Il faut maintenir les droits acquis, et si possible les renforcer.»

Autre point incontournable dans un canton qui compte 40% d'étrangers: le droit de vote et d'éligibilité de ces derniers, que les constituants décideront peut-être d'étendre au plan cantonal. «La constituante devrait commencer par voter cette disposition, puis se dissoudre pour que soit réélue une assemblée qui tienne compte de la nouvelle donne», se prend à rêver Pierre Vanek. Actuellement, les étrangers établis à Genève depuis huit ans ne bénéficient que d'un droit de vote communal. Plus globalement, l'UDC est convaincue qu'il faut transformer le droit de vote en devoir des citoyens genevois. «A l'avenir, ceux qui ne votent pas devront être amendés», clame le candidat Soli Pardo.

• Un nouveau chapitre dédié au social?

Les constituants plaideront pour l'introduction de nouveaux droits dans le domaine social, comme le revenu minimal obligatoire. Selon Souhail Mouhanna, candidat de l'Association des défenses des retraités (Avivo), ce revenu devrait s'élever à environ 3500 francs, et être gravé noir sur blanc dans la Constitution.

Autre proposition, émanant des rangs UDC: créer un chèque parental, que toucheraient les parents à partir du deuxième enfant: «Il s'agit d'inciter la mère ou le père à s'occuper des enfants au lieu de les placer dans ces crèches coûteuses», explique Soli Pardo.

A côté des nouveautés, il y a aussi les acquis, que certains voudraient renforcer. Le droit au logement, par exemple, est déjà inscrit dans la Constitution, «mais il faut le rendre justiciable», estime le socialiste René Longet. Autrement dit: un citoyen sans logement devrait avoir la possibilité de saisir la justice pour se plaindre.

• Huiler les rouages du pouvoir?

Genève pourrait être gouverné de manière radicalement différente dans quatre ans. Certains candidats veulent revoir le mode d'élection des conseillers d'Etat, d'autres entendent rallonger la législature d'une année, et quelque-uns voudraient réduire de sept à cinq le nombre de départements et de ministres genevois. «On pourrait désigner un même président pour toute la législature», propose le candidat libéral Jacques-Simon Eggly.

Plus aventureux, le radical Thomas Büchi imagine «un exécutif à cinq, mais complété par deux conseillers aux Etats qui joueraient un rôle de courroie de transmission en siégeant également au sein de l'exécutif cantonal.»

Avec son inépuisable ordre du jour et ses députés surchargés, le Grand Conseil n'échappera pas non plus aux réformes. Plusieurs candidats estiment qu'il est temps de le professionnaliser.

Autre chantier, la justice: le mode d'élection du procureur général est remis en cause, et les magistrats devraient être moins politisés, estiment certains.

• Faut-il créer un parlement régional?

Avant même d'être sortie des limbes, la nouvelle Constitution genevoise est-elle dépassée? A l'heure où l'on ne parle que de région franco-suisse, les constituants devront travailler avec le souci constant de livrer un projet en phase avec le développement de l'agglomération. Pourtant, pour l'heure, peu de candidats parmi les sondés citent la région comme une priorité. Les verts ont toutefois leur idée, qui passe par la création d'un nouvel échelon institutionnel, explique Boris Drahusak: «Nous allons proposer la création d'une assemblée générale transfrontalière, qui devra être opérationnelle dans une dizaine d'années.» Dans la même veine, Thomas Büchi propose «un parlement régional». Sans doute le meilleur moyen d'ancrer la nouvelle Constitution dans le XXIe siècle.