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«Foire du chrome»: carte blanche au photographe David Wagnières

Cet été, «Le Temps» propose chaque semaine une carte blanche à une ou un photographe romand. Deuxième épisode: David Wagnières

J’ai parqué mon break roumain d’entrée de gamme pas tout près, afin de ne pas faire mauvaise impression, ne pas dévoiler que je ne partage pas forcément la passion et les valeurs du nombre de visiteurs endimanchés comme on l’était avant le Flower Power (dont les idéaux me correspondent plus).

 

Je suis à St. Stephan, dans l’Oberland bernois, près de la piste de l’aérodrome sur laquelle s’étale chaque année le festival Hangar Rockin’ (grande concentration d’anciennes voitures américaines).

 

Ma portière fermée, je pars à la découverte d’un monde que je ne connais qu’à travers les miniatures suspendues devant les caisses des supermarchés.

 

Comme toujours dans mes reportages, j’aime laisser mes réticences dans la boîte à gants.

 

J’aime écarquiller les yeux, les embrumer d’un bonheur malicieux qui me transporte assez vite dans une compréhension bienveillante et amusée qui finalement m’amène à réellement croire que la ferveur des fidèles est bien la seule qui vaille.

 

Une fois le filtre d’amour bien en place, je fais un pas en arrière et oublie la finalité qui les réunit et me concentre sur ce qui m’émeut, ce qui n’avait rien à y faire la veille, ce qui contraste avec l’immuable, ce qui me rappelle mon enfance ou les films que j’ai vus ou les livres que j’ai lus ou mes références photographiques.

 

Même l’épais nuage de fumée n’est plus une source de pollution mais d’embellissement de la scène. L’odeur des pneus chauffés s’ajoute à mon plaisir.Je tourne une dizaine d’heures, reviens sur mes pas, fais trois fois le tour de l’ensemble, histoire de ne rien manquer.

 

Quand les barils d’essence vintage parsemés entre les voitures me rappellent l’amusante campagne «Sion 2026», c’est que je redeviens moi-même. Il est temps de quitter la scène, je suis exténué.

 

Manque de m’acheter deux dés en peluche noirs pour décorer mon break (gris). M’endors dans ce dernier.

 

David Wagnières, né en 1967, est un photographe vivant à Genève. Ses engagements actuels l’amènent vers la photographie expressive et documentaire, 
qu’il explore à travers des mandats d’illustration de portraits de publicité ou de travaux pour la presse, notamment pour Le Temps, rédaction dont il a fait partie durant 
plus de dix ans comme iconographe. Lauréat de l’Enquête photographique genevoise 2017. Son travail sur le territoire sportif genevois sera exposé au parc des Bastions dés la mi-août. www.davidwagnieres.ch

 

Carte blanche précédente:
Une histoire d'eaux, par Léa Kloos