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Gianmarco Maraviglia raconte les «Monastères de la Covid»

Le photojournaliste italien Gianmarco Maraviglia signe le travail «Covid Monasteries» (Les monastères de la Covid) paru dans le «Washington Post», où il aborde les effets de la Covid sur les communautés religieuses 

Trente. Monastère des Frères mineurs capucins. Frère Luca Trivellato a pris les rênes de la collectivité après le décès de deux des leurs et la contagion de huit autres, durant la première vague. Leurs relations avec la population locale sont très intimes mais la communauté, décimée par la mort de deux frères et la relocalisation des malades de la Covid, a presque disparu.

Trente. Vue depuis le monastère des Frères mineurs capucins.

Milan. Maison de retraite religieuse Giuseppe Ambrosio. Dans cette institution dédiée aux Missionaires comboniens, l'un des ordres qui suscite le plus de vocations parmi les catholiques, Mario, Antonio et Gino se racontent leurs expériences, vécues dans les zones les plus reculées du monde, dans l'une des chambres de l'établissement leur permettant de respecter la distanciation sanitaire nécessaire. Ils ont autrefois vécu dans la forêt amazonienne, parmi les guerrilleros équatoriens, au Soudan ou en Ouganda en temps de guerre. Certains y ont subis des  empoisonnements, d'autres ont été emprisonnés. Lors de cette pandémie, ils vivent ce repos forcé comme «une punition».

Milan. Maison de retraite religieuse Giuseppe Ambrosio. Le lit du père Bepi Simoni, décédé à l’hôpital en mars 2020, missionnaire en République démocratique du Congo où il vécut jusqu’en 2007. Lorsqu’il tomba malade, les frères le portèrent sur un brancard en pensant qu’il ne s’agissait d’une grippe jusqu'à l'ambulance qui devait l’amener à l’hôpital où il décéda, sans pouvoir le revoir.

Milan. Maison de retraite religieuse Giuseppe Ambrosio. Stefano Cavallini, membre du personnel médical depuis 21 ans, y a contracté la maladie en mars 2020. Il y est resté en isolation jusqu’à la guérison, suite à laquelle il décida de poursuivre son engagement au sein de l’établissement car sa relation aux frères s’est approfondie: «Je soigne les corps. En retour, ils soignent mon âme». 

Communauté religieuse de Mortara. Sœur Teresa Colombo, en quarantaine dans un immeuble où les sœurs testées positives à la Covid sont isolées de celles qui ont guéri, communique avec elles par visio-conférence. 

Trente. Monastère des Frères mineurs capucins. La cantine du monastère des Capucins de San Lorenzo, fondée il ya 20 ans, sert des repas chauds, tous les soirs, aux pauvres de la ville, majoritairement des migrants. Le frère Giampiero Vignandel, décédé en mars à l'âge de 47 ans, en assurait la charge.

Trente. Abbaye de Saint Laurent. Le frère Erminio Gius, 82 ans, s'y rend tous les jours depuis le monastère des Frères mineurs capucins, où il y prodigue le service de la confession. Professeur en sociologie et en psychologie sociale des universités de Padoue et de Trente, il a assisté à la mort de ses frères, et affirme que «les croyants sont pétrifiés par la peur de manière exacerbée. Alors qu'il suffirait de faire preuve de davantage de compassion».

Trente. Monastère des Frères mineurs capucins. Le frère Ezio Tavernini, l’aumônier de l’hôpital Saint-Claire de Trente, a vécu dans le monastère pendant 10 ans. Lorsqu’il parle des personnes rencontrées durant sa vie, dans et en dehors du couvent, qu’il a accompagnées jusqu’à la mort, il dit que «là est le véritable temps du deuil. Nous sommes comme les feuilles des arbres. Nous ne savons pas quand nous tomberons, mais cela arrivera».

Mortara. Monastère des Soeurs missionnaire de l'immaculée Reine de la Paix. Le corps momifié de Francesco Pianzola, fondateur de la communauté, est exposé dans la chapelle du monastère, ouverte au public. Chaque année, le 4 octobre, les habitants s'y réunissent pour une commémoration en masse. Sauf en 2020 où la pandémie a explosé parmi les nonnes, appelées «pianzoline. En 2020, les croyants ont prié pour le Saint depuis chez eux et demandé la guérison des 15 nonnes les plus âgées.

Mortara. Monastère des Soeurs missionnaire de l'immaculée Reine de la Paix. Soeur Nadegé Ki s’apprête à entrer dans la zone du couvent où sont isolées une quinzaine de soeurs infectées par le virus. Elle est consciente des risques qu’elle court: «Je n’arrête pas de courir mais la pandémie m’a appris qu’il faut savoir s’arrêter. Et, lorsque je finis mon service, je m’asseois sur les escaliers et pense au temps qu’il me reste qui doit être vécu jusqu’au bout».

Cimetière de Mortara où reposent les nonnes décédées du virus de la communauté religieuse de Mortara.

Gianmarco Maraviglia est un photojournaliste milanais qui travaille principalement sur des histoires sociales et environnementales. Ses projets ont été publiés par les titres de presse les plus importants, telles que Der Spiegel, le Washington Post, CNN, National Geographic, Vanity Fair, Bloomberg, Newsweek et bien d'autres. 

«Je travaille depuis des mois sur la pandémie en cherchant à montrer d'autres aspects que ceux strictement liés à l'urgence des soins intensifs et des masques. Avec une collègue journaliste, qui a eu l’idée de base, nous nous demandions comment aborder ses effets dans les communautés. Et les couvents se sont alors imposés. Car, d'une part, le virus frappe davantage les anciens, majoritaires dans ces collectivités délaissées par les jeunes et minées par la baisse des vocations. D'autre part, le rapport à la mort des personnes confrontées au concept de l'au-delà au quotidien, nous semblait intéressant à explorer. Je ne suis pas moi-même religieux mais j'ai été surpris de constater à quel point la crise avait été affrontée de manière plus que pragmatique, mais avec tendresse, jusque dans l'urgence médicale.».

Exploration photographique dans les monastères du nord de l’Italie en novembre 2020.