«Nous vivons une situation en maints points semblable à celle de 1929 et visons un nouvel équilibre financier et monétaire tel qu'instauré en 1945 - en espérant éviter les convulsions qui se sont produites entre deux.» Même si la crise financière est vite jugulée - ce qui reste à voir -, la crise économique ne fait que commencer et pourrait, dans plusieurs pays, devenir sociale et politique. «L'idéologie de nos sociétés insouciantes sera remise en cause. On cherchera des boucs émissaires au lieu de chercher des causes et des solutions. La démocratie elle-même risque alors d'être menacée.»

C'est la raison pour laquelle Jacques Attali préconise, outre une relance planétaire de type keynésien, un programme axé sur le rééquilibrage du pouvoir des marchés financiers par celui de l'Etat de droit.

Un nouveau Bretton Woods? Ce n'est pas le plus urgent, même si la question d'une monnaie de référence mondiale succédant au dollar, déjà posée par Keynes, reviendra sur le tapis tôt ou tard.

La priorité doit aller, selon lui, à une régulation plus exigeante du système financier. Attali réfute l'objection de ceux qui dénoncent une nouvelle «bureaucratie». Il ne s'agit pas de tuer le goût du risque - «le monde a plus que jamais besoin que des centaines de millions de créateurs, d'innovateurs, d'entrepreneurs, puissent prendre des risques en toute liberté» -, mais il faut se rendre à l'évidence: le capitalisme financier ne se moralisera pas tout seul. Le couple formé par le marché et la démocratie n'est pas, par nature, harmonieux. En conséquence, «une réglementation planétaire, détaillée et sans cesse remise en cause, devrait permettre d'anticiper les déséquilibres, pour que les fonds publics n'aient pas à être utilisés pour recapitaliser les banques ni payer ex-post les bonus et les primes».

Il faudra remettre de l'ordre dans chaque économie nationale. L'Union européenne devra compléter sa monnaie unique par une approche plus cohérente des produits financiers et des paradis fiscaux. Elle devra constituer «sa propre capacité d'endettement pour renforcer le cas échéant le système bancaire, car un sauvetage à l'échelle nationale est chargé de risques».

A plus long terme, ces efforts devraient déboucher sur une gouvernance mondiale renforcée. Son embryon pourrait être l'élargissement du G8 au G20 et la fusion de celui-ci avec le Conseil de sécurité onusien en un «Conseil de gouvernance», sous l'autorité duquel seraient placés le FMI et la Banque mondiale, aux droits de vote plus justes. Cette ébauche de gouvernement mondial piloterait des grands travaux à l'échelle internationale, permettant d'investir à contre-cycle, réorientant l'économie vers des activités non polluantes et vers les énergies renouvelables.