Syrie

«Jaish al-Islam? Ce sont les enfants de la Ghouta»

Deux grands groupes se partagent le contrôle de ce fief de la rébellion, où Al-Qaida est pratiquement inexistant

Mouawia Hammoud a perdu son frère aîné. Il a été tué par les forces pro-gouvernementales de Bachar el-Assad. Il a perdu, aussi, un frère cadet: assassiné par les combattants du Front Al-Nosra, l’émanation d’Al-Qaida en Syrie. «Des deux côtés, j’ai été mis sur la liste des hommes à abattre», note-t-il. Il s’en est fallu de peu. Hammoud était à la Ghouta, dont il est originaire, lors de l’attaque chimique au gaz sarin qui fit plusieurs centaines de morts en août 2013. L’homme est désormais réfugié en France. Et c’est de là qu’il voit s’abattre la nouvelle tragédie sur la Ghouta orientale.

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«Les islamistes? Ils me détestent, et je ne les porte guère dans mon cœur», explique Mouawia Hammoud, qui se définit lui-même comme un «activiste laïc». Pourtant, à l’heure où se déchaînent non seulement les bombardements mais aussi la propagande, il tient à être précis: «La principale faction qui tient une grande partie de la Ghouta, c’est Jaish al-Islam, rappelle-t-il. Or, ils n’ont rien de djihadistes importés. On peut ne pas les aimer, mais ce sont des enfants de la Ghouta. Ils sont installés chez eux, aux côtés de leur famille et de leurs proches.»

De la Goutha à Genève

C’était l’un des chefs de Jaish al-Islam, Mohammed Allouche, qui menait un temps la délégation de l’opposition lors des pourparlers de Genève sur la Syrie. Mais c’est surtout son cousin lointain, Zahran Allouche, qui avait atteint le statut de héros incontesté, au sein du fief rebelle. Libéré de prison par le régime Assad en 2011, au début de la révolution syrienne, aux côtés d’autres islamistes, le futur fondateur de l’Armée de l’islam avait combattu par la suite avec la dernière énergie les djihadistes de l’organisation Etat islamique (Daech), qui tentaient de prospérer dans la Ghouta. Acquis progressivement à la cause des négociations de paix de Genève (sur l’insistance notamment de ses parrains saoudiens), il avait été tué par l’aviation syrienne lors d’un raid ciblé, fin 2015. «La Ghouta est très loin des frontières. Il n’y a pas moyen d’envoyer ici des combattants étrangers, comme cela s’est fait depuis la Turquie ou le Liban», insiste Mouawia Hammoud.

On peut ne pas aimer Jaish al-Islam, mais ce sont des enfants de la Ghouta, pas des djihadistes importés

Mouawia Hammoud, habitant de la Ghouta

Jaish al-Islam fait face à l’autre grand groupe présent dans le sud de la Ghouta: Faylaq al-Rahmane, lui aussi religieux au point d’être intégriste, mais non djihadiste. Al-Nosra, qui reste l’un des groupes les plus puissants dans le nord de la Syrie, ne dispose ici que d’environ 200 combattants.

Mouawia Hammoud a vécu lui aussi de longues années de siège à la Ghouta, au point d’être transformé en une sorte de carcasse après avoir perdu près de 50 kilos. «Mes amis me demandent ce que je mangeais. Mais ils ne me croient pas lorsque je leur réponds: je mangeais de l’herbe. C’est tout ce que nous avions.»

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