Le Temps: La recapitalisation massive des banques est-elle indispensable? Avec quel argent?

Jean Imbs: Celui des impôts et de la dette. Cette mesure va sans doute alourdir le fardeau de la dette, avec des conséquences à long terme sur l'économie. C'est le prix à payer pour éteindre l'incendie au court terme. Malheureusement, le dérapage du secteur bancaire va coûter cher à l'économie et cela arrive au moment où un ralentissement de l'économie mondiale est déjà amorcé. Mais la bonne nouvelle est que le danger inflationniste semble s'éloigner. Le ralentissement a fait baisser la demande du pétrole et d'autres matières premières, tirant les cours vers le bas. Une politique de relance aurait été nécessaire de toute manière; elle est maintenant cruciale pour pouvoir sortir de la spirale de la crise.

- Quels sont les défis que pose la participation de l'Etat dans les banques privées?

- Ce n'est pas facile d'imaginer la nouvelle configuration qu'imposent ces mesures d'urgence. Il faudra voir comment cela se passe dans la pratique. Plusieurs années seront sans doute nécessaires avant d'avoir les repères qui nous aideront à décider du rôle que pourraient les Etats dans la gestion des banques.

- Et si le Fonds monétaire international (FMI) participait à la recapitalisation des banques en difficulté?

- Cela n'est simplement pas prévu dans son mandat et il n'en a pas les moyens. Nous avons vu ce week-end que lors de son assemblée générale annuelle, le FMI n'a pris aucune décision significative pour intervenir dans la crise financière, sauf l'expertise pour lire et comprendre la situation. L'institution a d'ailleurs tout à fait l'expertise et les talents nécessaires. Le FMI peut proposer des solutions. Aux Etats d'en tenir compte ou non.

- N'est-ce pas la raison pour laquelle il est question de refonder les institutions de Bretton Woods et de donner de nouvelles responsabilités au FMI?

- Oui, c'est un objectif à long terme. Outre l'expertise qu'il pourrait fournir, le FMI, en tant qu'institution globale et reformée, pourrait devenir une sorte de régulateur du système financier mondial. Dans l'immédiat, il faut éteindre l'incendie en assurant la liquidité et en injectant de nouveaux capitaux dans les banques. Le FMI n'en a pas les moyens.

- Que pensez-vous de la réunion du G7 de ce week-end?

- Un gâchis et c'est inquiétant. Les grands argentiers avaient l'occasion de montrer une unité et de proposer des solutions précises et cordonnées. Tel n'a pas été le cas. Les décisions de l'Eurogroupe sont plus rassurantes. Les pays européens ont réalisé qu'il faut passer à l'action et ils vont apparemment suivre le modèle britannique pour sauver les banques en difficulté. Propos recueillis par Ram Etwareea