Participant à la réunion annuelle du FMI et de la Banque mondiale à Washington, Jean-Pierre Roth, président de la banque nationale suisse (BNS), et Doris Leuthard, cheffe du Département de l'Economie, ont pris la mesure de la crise qui sévit sur les marchés financiers mondiaux. Ils ont aussi évoqué les conséquences qu'elle peut avoir en Suisse.

Le président de la Direction générale de la BNS et membre du Conseil des gouverneurs du FMI souligne que «le franc suisse s'est comporté de façon remarquable dans un contexte de turbulences extraordinaires. La relation du franc à l'euro est restée stable. Par le passé, il n'en aurait pas forcément été ainsi. Aujourd'hui, on voit que la monnaie suisse n'est pas déboussolée par la crise.»

La conseillère fédérale Doris Leuthard porte un double regard sur la situation économique de la Confédération. «Jusqu'en août, nous avons enregistré des surplus dans le secteur des exportations. Mais aujourd'hui, il faut être réaliste. Plus la crise financière actuelle dure, plus les risques qu'elle se répercute sur la croissance sont élevés. Le secteur textile est déjà touché par l'annulation de commandes. Plusieurs entreprises n'arrivent plus à financer leurs investissements.» Pour 2009, la conseillère fédérale prédit un taux de croissance aux alentours de 1%, voire en dessous. «Tout dépend de la manière dont notre premier partenaire économique, l'Allemagne, sera touché», relève-t-elle.

La Suisse risque-t-elle la récession? Doris Leuthard ne cache pas qu'il puisse y avoir «techniquement» une récession, mais elle en relativise la nature: «Nous avons un taux de chômage de 2,4%. Les prévisions pour l'an prochain sont de 2,7-2,8%. On le constate, le ralentissement ne touchera pas vraiment le marché du travail.»

Au cours du week-end, le FMI a-t-il pensé à une refonte complète, telle que cela a été proposé par plusieurs responsables politiques? Jean-Pierre Roth relativise la capacité du FMI à se créer un nouveau rôle: «Ce n'était pas un nouveau Bretton Woods. Nous n'avons pas décidé de la nouvelle structure que devrait adopter le FMI. Nous avons dressé un constat de la crise. Ce sont les problèmes à court terme qui ont dominé.» Le responsable de la BNS s'est toutefois félicité de l'action concertée des banques centrales au cours des 12 derniers mois, mais aussi des mesures préconisées à Washington: garantir la liquidité des marchés par le biais des banques centrales, renforcer la capitalisation du système bancaire mondial et enfin ne laisser tomber aucune banque, dans quelque pays que ce soit. «Nous devons penser à relever durablement le niveau de recapitalisation du système bancaire, recommande Jean-Pierre Roth. Car à l'avenir, face à une nouvelle situation difficile, les banques doivent être prêtes à absorber un tel choc financier. Pour ce qui est des banques suisses, leur situation est relativement confortable. Leur taux de capitalisation est supérieur à celui des autres pays.» S. Bu.