Jean-Quentin Châtelain, bourlingueur au nom de Cendrars

Le comédien suisse prête voix à «Bourlinguer», ode voyageuse

Bourlinguer. Ce verbe suggère tout: le roulis du bateau et les langues qui se mêlent en écume. On n'y résiste pas. Fracassé de partout, Blaise Cendrars a vagabondé de ports en villes fantômes, d'hôtels nyctalopes en gares interlopes. Ces zigzags, qui composent la trame de ses jours, ont nourri des textes qui sentent l'encens, le charbon et l'eau-de-vie - ils sont réunis sous ce titre, Bourlinguer, justement. Parce que Jean-Quentin Châtelain est sans doute lui-même bourlingueur, parce que d'une scène il fait un territoire, d'un texte une ligne de fuite, d'une phrase un garde-fou; parce qu'il a été blessé, parce qu'il s'est cru maudit peut-être, il paraît prédestiné à dire ces vies bourlinguées.

Il y a une vingtaine d'années, il prêtait corps à Fritz Zorn, ce jeune bourgeois zurichois qui raconte avant de mourir comment son milieu l'a détruit. Le livre s'appelle Mars. Il fait date et stèle. Le spectacle bouleversait, grâce à l'acteur et à son metteur en scène Darius Peyamiras. C'est ce dernier que Jean-Quentin Châtelain retrouve pour Bourlinguer. Le comédien mettra ses pas dans ceux de Cendrars, comme naguère dans ceux de Samuel Beckett - se rappeler sa randonnée irlandaise, dans Premier Amour, au Théâtre de Vidy en 1999. Il poursuivra des paquebots, fraternisera avec des culs-de-jatte, s'enivrera d'un parfum, prendra le large, puis reviendra sur ses pas. Jean-Quentin Châtelain sait faire ça: s'échapper, mais en spirale.

Photo©Augustin Rebetez

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