Portrait

Jérémy Seydoux et sa télé à lui

Jérémy Seydoux a essayé la politique. A été déçu. Il présente Geneva Show sur Léman Bleu. Aime cela. Il a 20 ans. Le nouveau Darius?

Étonnante cette ressemblance avec Jacques Chirac jeune. Comme lui grand, le visage carré, des montures de lunettes larges et noires, une voix grave et cette façon de foncer vers les gens, leur serrer la poigne avec belle humeur. De plus il l’imite, et plutôt bien. Il en imite d’autres comme Darius Rochebin. Le présentateur est pour lui une sorte de modèle.

En juin 2013, le 15 précisément, Jérémy Seydoux, 17 ans à l’époque, l’invita sur son plateau. Le jeune monsieur avait en effet déjà son émission appelée «Staël TV» du nom de son collège carougeois. Darius se confronta en direct aux questions de l’apprenti-animateur qui se fit reporter puisque sa caméra pista toute une journée le journaliste, des tréfonds de la tour de la RTS jusqu’au mythique studio du 19h30. Un joli coup. Jérémy accéda ainsi à un début de notoriété, tant parmi les collégiens et les collégiennes que dans l’étroit monde médiatique genevois. Pascal Décaillet le reçut sur Léman Bleu. L’homme, on le sait, a du flair. Il pressentait que le gamin avait quelque chose de spécial, un don précoce pour l’interview et cet art d’être bienveillant face au vis-à-vis tout en l’égratignant sans jamais faire couler le sang.

Deux années plus tard, le voilà le vendredi soir aux commandes du Geneva Show qui est un peu au Genève à chaud de Pascal Décaillet ce que le Petit Journal de Canal + est au Grand Journal. Jérémy a, pour ce faire, poussé le jeu loin, la volonté aussi. Ils sont nombreux à rêver de directs, de questions percutantes posées à la face d’un dinosaure de la politique tout à coup fragilisé. Jérémy Seydoux l’a fait. Il raconte: «On m’a dit: propose un pilote mais c’est du do-it-yourself, il faut tout imaginer, tout faire. J’ai travaillé tout seul dans mon coin, tranquillement. J’ai repris ici et là des choses vues sur Léman Bleu, les meilleurs moments, les pépites. J’ai monté tout cela et ça a donné des minutes assez drôles mais aussi sérieuses».

Le novice a su saisir et reproduire le ton de la chaîne. Banco. Pascal Décaillet le prend comme chroniqueur, six minutes de temps en temps. Puis vient Geneva Show en mai 2015, les premiers mois en extérieur au bord du lac. La télé qui se positionne au dehors puisque la vie y passe et s’y passe. Ça plaît. Cet hiver, il a réintégré les studios de la Praille. Mais promet, dès juin, d’autres belles échappées.

Jérémy dit qu’il doit à Laurent Keller, le directeur de la chaîne, cette présence à l’antenne et la confiance mise en lui. «Mon papa de la télé» confie-t-il. Il en a un autre prénommé lui aussi Laurent. Son vrai papa. Plutôt connu. Commençons par les jambes: jadis sprinter de haut niveau, désormais très honnête marathonien. La tête: chef d’entreprise, maire deux fois de Plan-les-Ouates, ex-vice-président des Vert’libéraux suisses. Un battant, un décideur, un ambitieux. Laurent Seydoux a emmené son fiston jusqu’aux coulisses du pouvoir.

Tout juste majeur, Jérémy (vert’libéral lui aussi) est élu conseiller municipal de Plan-les-Ouates. Dans la foulée, il manque de peu l’exploit de devenir le plus jeune élu au Grand Conseil. Pas grave. Le gamin a du bagout, du charme et de beaux lendemains. Mais lorsque en mars 2016, papa (Seydoux) jette l’éponge et se détourne de la politique (plusieurs revers électoraux), le fils fait de même. Blasé si jeune? «Non. Les Vert’libéraux ont une vraie place, ils occupent un juste milieu entre l’attention portée à l’environnement et la liberté d’entreprendre. Ils sortent des dogmes, des clichés verts trop à gauches et pas accessibles à tout le monde. Mais la vie politique genevoise est trop figée, l’entre-soi et le côté calculateur m’insupportent». Un soulagement on dirait. Vivre libre, indépendant.

Jérémy habite chez papa-maman mais subvient à ses besoins. Une vie à mi-temps. 50% à étudier à l’Ecole de Management et de Communication, 50% à parler sur Léman Bleu qui l’a salarié. Il s’imagine désormais journaliste, entrer en stage bientôt. Il vient de populariser le reportage au smartphone. Une innovation de Léman Bleu qui a vu affluer à la Praille la BBC, BFM TV, la télé camerounaise, Canal + qui souhaitent s’inspirer de la méthode.

Jérémy s’en va avec son téléphone tel un reporter chevronné capter des instants, des mots, des scènes. La police lui dit souvent que les badauds doivent s’éloigner. Il doit montrer sa carte de Léman Bleu. Pas pris au sérieux avec sa mini-caméra. Mais les images et le son sont là, dans la boîte comme on dit. Le vendredi de 18h30 à 19h30 ils les diffusent dans le plus pur style Barthès (Yann, du Petit Journal), décalé, un brin irrévérencieux, caustique, rapide. Aller chercher l’entre-parenthèse, le off, le palabre entre deux portes se pratique peu ou prou à Genève. Jérémy Seydoux s’y emploie pour dépoussiérer, même si le débat politique en Suisse est moins passionné, moins clivant qu’en France. «Rien de malveillant, je ne piège pas les gens, je les chatouille» rassure-t-il.

Sur le plateau, bien souvent du beau monde face ce garçon de 20 ans qui fait à peu près tout seul et «en toute liberté». Jean Ziegler par exemple, colosse de l’éloquence, qui parle de l’accord «scandaleux» entre l’Union européenne et la Turquie pour stopper l’afflux de migrants. Luc Barthassat qui en direct promet une traversée du lac de son vivant.

Yann Arthus Bertrand, invité exceptionnel, rencontré au Palais des Nations, à l’occasion de la sortie de son documentaire Human. Et puis ces gens de tous les jours, que l’on croise et qui à leur façon sont peu ordinaires. La Comtesse Catherine Donin de Rosière venue avec Elvis son bichon maltais né à Singapour et Lapinou, une lapine toute blanche dont elle a appris sur le tard qu’il s’agissait en fait d’un mâle. A ses côtés, Ophélie Plaà, communicatrice animale qui parle avec les bêtes petites ou grandes et rapporte aux propriétaires leurs sentiments.

Jérémy Seydoux inclassable ne cherche pas, pour l’heure, de case. Il est jeune, brasse large, apprend le métier et la vie comme on écoute, le coude posé sur le zinc d’un bar, les rumeurs du monde. On nous l’avait dépeint «féru dingue» des réseaux sociaux. Il n’en parla pas.


Profil

1995: Naissance à Genève

2013: Candidat vert’libéral au Grand Conseil

2014: Chroniqueur sur Léman Bleu

2015: Producteur, éditorialiste, présentateur de Geneva Show

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