Tous les ans, un artiste est invité à exposer dans l'abbatiale de Bellelay, suite à un concours lancé l'année précédente. Le dialogue entre l'architecture baroque et les œuvres, ou l'installation, est souvent surprenant. Cette année, c'est le duo biennois Haus am Gern, formé de Barbara Meyer Cesta et Rudolf Steiner, qui transformera le regard des visiteurs sur l'harmonieux édifice conçu par l'architecte autrichien Franz Beer il y a trois siècles. Un duo formé en 1998 et qui depuis ne s'est jamais établi dans un médium, préférant chercher la meilleure réponse à chaque situation.

Ainsi, Haus am Gern n'a pas choisi de poser des œuvres dans l'abbatiale mais bel et bien d'en concevoir une spécialement pour ce lieu sans pareil. Au premier abord, il s'agit d'un monolithe noir, un objet qui rompt avec les courbes baroques. Et qui éveillera peut-être pour certains l'image d'une autre religion que celle qui a régné en ces lieux jusqu'à la fin du XVIIIe siècle et depuis que - selon la légende - en 1136, Siginand, prévôt du chapitre de Moutier-Grandval, promit d'y élever une chapelle s'il retrouvait son chemin, égaré qu'il était en chassant une belle laie.

Mais de l'autre côté le monolithe noir devient miroirs. Et le visiteur se voit multiplié par quatre dans la blancheur retrouvée des lieux. Marina Porobic, commissaire de l'exposition, évoque l'impression de «pénétrer dans une pièce virtuelle, résultat de l'intrication de l'espace réel et de ses reflets».