En janvier 1966, la Guilde du film de Soleure organise un séminaire de fin de semaine consacré au «cinéma suisse d'aujourd'hui». Les participants remettent en cause le Heimatfilm des années 50 et l'image idyllique du pays qu'il véhicule. Marqués par La Course au bonheur d'Henry Brandt, présenté à Expo 64 et rompant avec la mythologie alpestre, Alain Tanner fait sensation avec Les Apprentis et Alexandre Seiler avec Siamo Italiani. A l'origine simple rencontre des professionnels, la manifestation accueille désormais 50 000 spectateurs

Sous le règne de ses trois directeurs, Stephan Portman (1967-1986), Ivo Kummer (1987-2011) et Seraina Rohrer (depuis 2012), le festival a connu une histoire mouvementée, marquée par «d'intenses discussions et de vives polémiques» portant sur le fond (l'engagement, camarade!), la forme (Dögmeli, trop riquiqui), le financement (jamais assez de subventions!), le support (pellicule, vidéo, numérique)

Pour retracer ces décennies de revendications et d'anathèmes, la directrice a imaginé «L'expérience Soleure», une sélection de quatorze films qui ont fait des étincelles. On y trouve naturellement Siamo Italiani, ainsi que Charles mort ou vif, de Tanner, qui marque le début du cinéma d'auteur romand engagé, mais aussi d'autres grand moments de crispations idéologiques. Schatten der Engel (1976), de Daniel Schmid, fait scandale: non seulement le réalisateur, accompagné d'Ingrid Caven et de Fassbinder, arrive avec trois heures de retard à la conférence de presse, mais le film est jugé coupable de sacrifier le politique à l'esthétique. Exaspéré, Daniel Schmid jure qu'il ne remettra jamais les pieds à Soleure. A contrario, parce qu'il rouvre les plaies de la Seconde Guerre mondiale, L'Exécution du traître à la patrie Ernst S. (1976), de Richard Dindo, se fait étriller par la critique conservatrice, tandis que le Conseil fédéral dénonce la «subversion idéologique» du cinéaste zurichois.

La section «L'écran démocratique» propose au public de voter on line (www.journeesdesoleure.ch ou www.cineman.ch) pour quinze films ayant marqué l'histoire. Quant aux prestigieux Cahiers du cinéma, ils célèbrent «Les 3 Suisses». Leur brelan: Höhenfeuer, Home et Les Petites Fugues. La Ville de Soleure retrace l'histoire du festival à travers une exposition de photos et, le 24 janvier, met le feu à la nuit.